« N’accepte de sa part ni intérêt ni profit, et crains ton D.ieu », (Vayikra, 26, 36) : c’est en ces termes que la Torah, dans la paracha de Béhar, énonce l’interdiction de pratiquer l’usure. Toutefois, la conclusion de ce verset – « Et que ton frère vive avec toi » – amena nos Sages à statuer sur des circonstances nettement plus tragiques…

« Deux hommes allaient en chemin et un seul d’eux possde une gourde d’eau. Si les deux hommes boivent de cette eau, tous deux meurent et si un seul en boit, il pourra atteindre la ville »… C’est ainsi que le Talmud (Traité Baba Métsia, page 62/a) énonce le problème de cette situation qui, malheureusement, peut concrètement se produire jusqu’à nos jours dans de nombreuses circonstances… La réponse à ce problème fut l’objet d’une âpre discussion talmudique : « Ben Patoura dit : «Il est préférable qu’ils boivent et qu’ils meurent tous deux, plutôt que l’un voit son prochain mourir sous ses yeux !». [Cette réponse prévalait] jusqu’à ce que vint rabbi Akiva et qu’il déclara : «Que ton frère vive avec toi» – Ta vie passe avant celle de ton ami ! ».

Comprenons bien : le dilemme en jeu ici concerne le cas précis où un homme possèderait lui-même une gourde d’eau – autrement dit qu’il serait en pleine possession de sa vie – et que le danger de mort désignerait la seconde personne en particulier. Par conséquent, si ce dernier venait à saisir la gourde du premier pour sauver sa propre vie, il serait de toute évidence considéré comme responsable de la mort d’autrui (Chita Mékoubétset sur place).

Cette analyse nous éclairera peut-être sur la raison pour laquelle ce cas de conscience apparaît précisément dans le contexte des prêts avec intérêt. Selon Ben Patoura, la raison pour laquelle il convient de partager cette gourde d’eau résulte du fait que tout Juif est tenu « d’aimer son prochain comme luimême » ; or selon rabbi Akiva, ce principe n’est applicable que si sauver son prochain n’implique pas de sacrifier sa propre vie. Mais au demeurant, ces deux Sages s’accordent à penser que c’est l’égalité des vies qui est ici en cause, et à aucun moment il serait concevable que l’on en vienne à ôter la vie de l’un de manière active pour épargner celle du second. Tous les Juifs étant parfaitement égaux, le principe énonce donc : « Qu’est-ce qui nous permet de croire que le sang du premier est plus rouge ? Peut-être est-ce plutôt le sang du second qui l’est davantage ! », (Talmud Sanhédrin, page 74/a).

Or, c’est précisément cet aspect des choses que l’on retrouve dans le principe des prêts avec intérêt : en effet, prêter signifie comprendre et accepter de partager ses biens avec tout être humain puisque celui-ci n’est certainement pas moins méritant que soi-même. Par conséquent, se servir d’un prêt – supposé être gratuit – pour obtenir des intérêts trahit un manque d’égard total pour la vie d’autrui, puisque le prêteur prouve alors qu’à ses yeux, ce qu’il possède lui revient davantage qu’à toute autre personne !

 

Y. Bendennoune
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