En contemplant les merveilles de la nature, la complexité et la perfection de chacune des créations et l’harmonie régnant au sein d’elles, on ne peut envisager que tout ceci ait été créé par le plus pur des hasards. Il est indéniable qu’un Créateur en est à l’origine, un Créateur à la sagesse infinie.

Maïmonide formule cette idée avec une grande éloquence : « Lorsque l’homme médite sur l’œuvre et les actions aussi grandes que merveilleuses – du Saint béni soit-Il, il y découvrira une Sagesse infinie et inestimable. Aussitôt, il sera emporté par un élan d’amour pour le Grand Nom, il Le louera, Le glorifiera, désirera ardemment Le connaître (…) Après avoir médité sur ces pensées, il sera secoué par un brusque soubresaut et saisi d’une immense frayeur, prenant conscience qu’il n’est qu’une créature infime, méprisable et sombre, se tenant avec ses faibles facultés devant l’Omniscient parfait » (Yessodé HaTora 2, 2).
Une idée particulièrement brillante fut formulée à ce sujet par Rabbi Sim’ha Bounam de Pchis’ha. Citant le verset des Psaumes : « Lui Qui fit les cieux avec sagesse » (136, 5), il s’interrogea : que nous apprend au juste ce verset ? En quelque sorte, c’est comme s’il louait un tailleur d’avoir confectionné un habit avec des fils. Or, de la même façon qu’il ne viendrait à l’esprit de personne qu’on puisse fabriquer un vêtement sans fil, il est tout aussi évident que les cieux ne purent être créés qu’avec une immense sagesse.

Que vient donc nous apprendre ce verset ?
Rabbi Sim’ha Bounam répondit en expliquant que la sagesse particulière présente dans les cieux réside en cela qu’en les observant, on peut découvrir Celui Qui les créa. S’adressant à l’humanité entière, le prophète Ichaya s’exclama à ce titre : « Levez vos regards vers les cieux et voyez : Qui les a donc créés ? » (40, 26).
L’apanage de l’être humain Il n’est donc pas étonnant que, tout au long de l’œuvre de la Création, la Torah répète à de multiples reprises : « L’Eternel vit que c’était bien. » Mais à ce sujet, on note une anomalie : bien que l’homme représente l’élite de toutes les créatures, on note qu’il n’est dit nulle part à son sujet : « L’Eternel vit qu’il était bien. » Certes, lorsque toute l’Œuvre fut achevée, la Torah annonce effectivement que « D.ieu vit tout ce qu’Il avait créé, et c’était éminemment bien ». Mais ceci se rapporte à l’ensemble de la Création, et non à l’homme en particulier dont il n’est jamais dit qu’il était une « bonne création ». Que devons nous en déduire ?
Rabbi Yossef Albo soulève ce problème dans son Séfer HaYikarim (part. III, chap. 2), et y répond de la manière suivante : dire d’une création qu’elle est « bonne » signifie qu’elle sortit de la main du Créateur parachevée. C’est-à dire que D.ieu la réalisa de façon parfaite, sans qu’elle ne souffre du moindre manque. Tous les êtres du monde sont en effet dotés de toutes les facultés qui leur seront nécessaires, et l’on ne peut attendre d’eux davantage que ce qu’ils possèdent à leur genèse. Et pour preuve, tous les animaux sont, à leur naissance, quasiment achevés ; s’ils souffrent certes d’une certaine faiblesse par rapport à leurs congénères adultes, ce défaut se dissipe en un temps relativement court. Sur ce point, l’être humain diffère totalement des autres créations. Si Adam fut créé parfaitement achevé, sa nature est cependant telle que sa progéniture souffre de nombreux manques à la naissance.
Même d’un point de vue physique, les êtres humains se développent à un rythme extrêmement lent : les enfants sont totalement dépendants de leurs parents et de leur entourage, ils sont exposés à de nombreux dangers et avant qu’ils ne parviennent à exploiter leur potentiel convenablement, une bonne partie de leur vie s’est déjà écoulée. Bien plus : D.ieu créa l’homme « à Son image » et à cet égard, celui-ci est censé évoluer vers un très haut niveau spirituel, contrairement aux autres êtres de la Création.
Or, tant que l’homme n’a pas développé ses capacités intérieures, il reste semblable à un « monceau de chair », n’étant pas parvenu à sa forme finale (selon l’expression de Maïmonide, commentaire sur la Michna, Avot 5, 6.) Il est donc évident qu’au premier stade de sa création, l’être humain ne mérite guère d’être considéré comme une « bonne création »…

Le nom de tous les animaux

Nos Sages accordent la plus haute importance au fait qu’Adam imposa un nom à tous les animaux de la terre. Dans le Midrach, il apparaît que – si l’on peut s’exprimer ainsi – même D.ieu fut émerveillé à ce constat : « Rabbi A’ha dit : Au moment où D.ieu S’apprêta à créer l’homme, Il prit conseil auprès des Anges du service. Il leur annonça : ‘Faisons l’homme.’ Ils Lui demandèrent : ‘Cet homme, quelles sont ses qualités ?’ Il leur répondit : ‘Sa sagesse est supérieure à la vôtre.’ D.ieu amena devant les anges tous les animaux, les bêtes sauvages et les oiseaux et leur demanda : ‘Quel est leur nom ?’ Mais ils ne surent répondre. Il les fit alors passer devant Adam et lui dit : ‘Quel est le nom de celui-ci ?’ et Adam répondit : ‘Celui-ci est un taureau, celui là un âne, celui-ci est un cheval et cet autre un chameau.’ » A la lecture de ces lignes, on ne peut qu’être surpris : quelle est donc la sagesse particulière à donner un nom aux animaux ? Les commentateurs expliquèrent qu’effectivement, inventer simplement des noms ne reflète pas une grande intelligence. Mais chez Adam, il s’agissait de tout autre chose : chaque nom qu’il donna en hébreu aux différents animaux contenait en substance toutes les qualités et les spécificités de chacun d’eux. Ce même Midrach poursuit en affirmant que D.ieu demanda à l’homme quel nom lui convenait le mieux. A quoi celui-ci répondit : « Adam, car je suis issu de la terre [adama]. » C’est-à-dire que chez l’être humain, la spécificité la plus dominante est d’avoir été créé à partir de la terre (bien que tous les autres animaux fussent également créés de la terre). Le Maharal de Prague (Tiféret Israël 3) explique qu’en effet, l’homme s’identifie à la terre plus que tout autre être en cela qu’il est capable d’amener ses facultés du potentiel au concret, à l’instar de la terre qui porte ses fruits à partir d’une graine.
Si la bête est appelée « béhéma », c’est parce que « ba-ma » – « tout est en elle ». C’est-à-dire qu’aucun apport supplémentaire ne surviendra au cours de son existence : elle demeurera toujours telle qu’elle était à sa naissance.

A contrario, l’homme est un concentré de potentiel qui, bien exploité, peu le conduire jusqu’aux plus hautes sphères de spiritualité.

Adapté à partir d’un article du rav Moché Reiss, pour Hamodia en hébreu.