La Torah et la science peuvent-elles aller de pair alors que la première parle de création et la seconde d’évolution ? Quel est l’âge du monde ? Les dinosaures ont-ils existé ?   A l »occasion de ce début du mois de Tichri,  le rav Zamir Cohen, auteur du best-seller « La révolution », a répondu à ces questions et à bien d’autres encore.

–  On a souvent l’impression que la Torah et la science sont des antithèses. Est-ce la faute de la science ou des scientifiques ?
– Rav Zamir Cohen : Notre génération a le mérite d’assister à de profonds changements dans cette approche puisqu’il est de plus évident que non seulement la Torah ne contredit pas la science, mais qu’au contraire, elle l’a devancée de plusieurs millénaires.
Je crois qu’il faut établir une distinction entre les théories scientifiques et les faits scientifiques. Les théories – émises par les scientifiques – changent chaque jour tandis que les faits sont prouvés. Et en ce qui concerne les faits scientifiques, la Torah et plus particulièrement la Kabbale sont des mines de savoir. Le Zohar va beaucoup plus loin que les limites actuelles de la science, que ce soit dans le domaine de la physique, de l’astronomie, de la biologie…

– Est-il important « d’infirmer » les contradictions entre la science et la Torah, entre la théorie du big-bang et celle de la création ex nihilo ? Certains pensent qu’il n’est pas nécessaire de se préoccuper de ce genre de sujets et qu’il vaut bien mieux se concentrer sur son rapprochement à Hachem…
– Il est évident que la Torah n’a pas besoin de la science et qu’elle a encore moins besoin de savoir ce que disent les scientifiques. Toutefois, de très nombreuses personnes sont désemparées face à ces « contradictions » et s’éloignent de la Torah parce qu’elles pensent à tort qu’il s’agit d’une religion et d’un savoir archaïque. Notre rôle est de leur prouver le contraire ! Le public qui nous lit et regarde notre chaîne de télévision Hidabrout est un public intelligent et cultivé en quête de réponses. Lorsque nous abordons des sujets liés à la science et à la Torah, nous les lui donnons.

– Une Emouna basée uniquement sur ce genre de « preuves » est-elle suffisante ?
– Dans toutes mes conférences, je souligne qu’un Juif ne peut pas se contenter de renforcer sa Emouna uniquement par le biais de preuves basées sur l’intellect. Il doit bien entendu également apprendre la Torah elle-même, consacrer des moments de sa journée à l’étude de la hala’ha, de la michna, de la Guémara. C’est cette étude qui est le plat principal, le reste n’est qu’un hors-d’œuvre…
Mais d’un autre côté, il ne faut pas oublier que le judaïsme est une religion qui se base beaucoup sur le « sé’hel », sur l’intellect. Nos Sages se sont mesurés aux questions les plus difficiles et y ont répondu. Nous ne sommes pas comme les autres religions qui recommandent de ne pas poser de questions. Au contraire !
Toutefois, il faut avoir que cette approche qui met en exergue l’intelligence infinie du Créateur et cherche à en révéler une infime partie ne convient pas à tout le monde. Hachem a créé deux types de personnes : celles qui ont besoin d’explorer, de questionner, de débattre, de comparer et celles qui sont plus « calmes » dirons-nous dans leur approche au Créateur, qui vivent leur relation avec Lui dans la sérénité, qui ne comprennent pas la nécessité de « prouver » l’existence de D.ieu puisqu’elles la ressentent 24h/24. À ces deux types de personnes conviennent deux types de rabbanim : les premiers iront vers un rav qui aborde la Torah comme une recherche intellectuelle et va approfondir des sujets très « pointus » tandis que le second sera attiré par un rav complètement différent, qui parlera davantage du lien avec le Créateur, de Son amour pour son peuple… Ceux-ci et ceux-là sont les paroles du D.ieu vivant.

– Comment en êtes-vous arrivés à consacrer tant de temps et d’énergie à ce sujet ?
– J’ai suivi le cursus inverse à celui des scientifiques : eux commencent par la science et aboutissent à la fin de leurs recherches à la Torah et moi, j’ai commencé par la Torah pour accéder ensuite à la science. Je suis né dans le quartier orthodoxe de Beth Israël, à Jérusalem et j’ai étudié à la yéchiva de Porat Yossef, si bien que ce n’est qu’après avoir reçu mon diplôme de rav que j’ai commencé à croiser un public non religieux. Et là, j’ai pris conscience de l’incurie qui régnait et la méconnaissance de ce public face au monde religieux.
J’ai étudié chez le kabbaliste rav David Batsri, chlita, et j’ai rencontré des concepts très intéressants comme « la luminosité du commencement » ou encore la définition du concept de matière qui est selon la kabbale « une lumière qui n’éclaire pas ». J’ai trouvé cette définition très intéressante et j’ai cherché dans des livres scientifiques pour apprendre que c’était là également la définition que lui donnait la science. Sauf que le Zohar date de plusieurs millénaires et que cette théorie date de quelques années…
Pour tenter de répondre aux nombreuses questions que l’on me posait, j’ai publié un fascicule qui était en fait un recueil de prophéties qui s’étaient réalisées. Ensuite, j’ai publié une brochure sur la Torah et la science et les réactions que j’ai reçues m’ont fait prendre conscience à quel point, ce sujet était « brûlant ». Des soldats qui ont lu cette brochure avaient fait Téchouva, des scientifiques également… J’ai compris que je devais m’investir dans ce domaine et j’ai étudié ces sujets très profondément. C’est ainsi qu’a été publié le livre « La révolution » – qui a été traduit en une dizaine de langues, parmi lesquelles le français – qui a été suivi par « La révolution 2 », qui se penche plus précisément sur le processus de création du monde. « La révolution 3 », qui devrait sortir dans quelques semaines, est consacré à la physique et la mécanique quantique.

– Le livre de Béréchit et la paracha de Béréchit sont très difficiles d’accès et des livres entiers de kabbale ont été écrits uniquement pour apporter un petit éclaircissement sur le premier verset de la Torah. Où la science et la Torah se rencontrent-elles lorsqu’on parle de la création du monde ?
– Jusqu’à il y a 80 ans, les scientifiques affirmaient que l’univers avait toujours existé, car le concept d’ex nihilo était impossible de leur point de vue. Mais la découverte de la « fuite des galaxies » ou « expansion de l’univers », ainsi que théorie de la relativité d’Einstein – selon laquelle la matière pouvait produire de l’énergie et vice-versa – ont conduit les scientifiques à changer de théorie et à adopter celle du big-bang, qui implique que le monde a été créé. Pas par D.ieu, D.ieu préserve, mais par une concentration colossale d’énergie qui a créé la matière ayant servi de base à l’univers.
Mais le peuple juif n’a jamais eu besoin de l’astronome américain Edwin Hubble, et de ses découvertes sur l’expansion de l’univers pour savoir que l’univers avait été créé ex nihilo, par D.ieu !
Il y a 80 ans, on nous traitait de primitifs parce que nous parlions de création, concept antagonique à toutes les lois de physique.
Aujourd’hui, la création est devenue la théorie en vogue, mais nous sommes à nouveau traités de primitifs parce que nous parlons de Créateur… Les scientifiques ont-ils découvert quelque chose que la Torah ne connaissait pas ? Cette énergie qui a créé le monde n’apparaît-elle pas dans nos écrits ? Bien sûr que si : c’est la fameuse lumière créée le premier jour, le « Or Haganouz », la lumière cachée et qui, selon la kabbale, a permis la formation des mondes (Ichtalchélouth Haolamot).

– Qu’en est-il de l’âge de l’univers ? Nous allons fêter dans quelques jours le 5772e anniversaire de la Création tandis que les scientifiques parlent de milliards d’années…
– Le Midrach nous enseigne que l’Homme a été créé le sixième jour et que Roch Hachana célèbre cet événement. Avant la création de l’homme, le temps se mesurait de manière différente. Les 24 heures de chacun des jours qui ont précédé la création de l’homme n’étaient pas les 24 heures que nous connaissons aujourd’hui. C’est pourquoi si un scientifique s’entête à dire que le monde est âgé de plusieurs milliards d’années, nous ne considérons pas que cela va à l’encontre de notre Emouna.

– Les dinosaures ont-ils existé selon la Torah ?
– Le récit de la Création (Béréchit 1, 20) est clair : le cinquième jour, D. créa les oiseaux, une « multitude animée et vivante » dans les eaux, et les « taninim guédolim » que l’on peut traduire par reptiles géants. Ensuite, le sixième jour, D.ieu créa les mammifères et enfin, dans l’après-midi du sixième jour, Il créa l’Homme, afin « qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail ; enfin sur toute la terre, et sur tous les êtres qui s’y meuvent ». Ce qui veut dire qu’à un moment, le Monde était « dirigé » par des animaux de mer, des oiseaux et des reptiles géants.
Cela signifie qu’encore une fois, non seulement la Torah confirme que les animaux sont apparus dans le monde de manière échelonnée, mais elle devance la science dans ce domaine. L’erreur des scientifiques réside dans le fait qu’ils affirment que les animaux ont subi une évolution et des mutations tandis que la Torah affirme que tout comme les reptiles et les poissons ont été créés à partir du minéral, ainsi les mammifères et l’Homme également ont été créés par D.ieu à partir du minéral. Dans mon livre, « La révolution 2 », j’explique plus en détail tout ce qui a trait à la fossilisation et la raison de la disparition de ces « reptiles géants ».
Ces sujets sont bien entendu passionnants, mais, je le souligne à nouveau, ils ne sont qu’une infime partie de la sagesse de la Torah.

Par Laly Derai, en partenairat avec Hamodia.fr