« Elé toldot Noa’h : Noa’h ».
A propos du verset : « Ceci est la descendance de Noa’h – élé toldot Noa’h : Noa’h était un homme juste, intègre dans ses générations ; Noa’h s’acheminait avec D.ieu » (Béréchit 6, 9), l’auteur du Or ha’Haïm, le rav ‘Haïm Ben Attar s’interroge : « L’emploi du terme « ceci » indiquant une exclusion [c’est-à-dire : « ceci mais pas cela »], il y a lieu de penser, écrit-il, que le verset cherche à décrier [puisqu’il les exclut] les hommes de la génération de Noa’h.

Or, un tel enseignement n’était pas nécessaire dès lors que ces hommes avaient déjà été discrédités et condamnés à être effacés [comme il est dit : « J’effacerai l’homme que J’ai créé de dessus la face de la terre ; depuis l’homme jusqu’à l’animal, jusqu’à l’insecte, jusqu’à l’oiseau du ciel, car Je regrette de les avoir faits » (Béréchit 6, 7), Ndlr. ».

A cause de cette question, le rav Ben Attar propose alors l’explication suivante : nos Sages, rappelle-t-il, enseignent que « l’essentiel de la descendance des hommes pieux, ce sont leurs mitsvot et leurs bonnes actions » (Midrach Béréchit Raba 30, 6). Non pas seulement que les bonnes actions accomplies par les justes font aussi partie de leur descendance, ce qui est déjà en soi une idée novatrice, mais de manière plus radicale encore qu’il s’agit là de « l’essentiel » de leur descendance !
En interprétant alors l’expression « Ceci – élé toldot Noa’h » de cette manière, c’est-à-dire en référence à l’essentiel [de la descendance] des justes, on comprend donc en quoi l’Ecriture – en les excluant de l’essentiel de la descendance de Noa’h – aurait pour but de jeter l’opprobre sur la valeur des fils de Noa’h cités dans le verset qui clôt la section précédente, comme il est dit : « Et Noa’h étant âgé de cinq cent ans, il engendra Chem, ‘Ham et Yafèt » (Béréchit 5, 32).
Une deuxième explication du terme « ceci » est encore proposée par le rav, et ce, conformément à cet autre enseignement de nos Sages (Midrach Devarim Raba 11, 3) : « Noa’h a dit à Moché : « Je suis plus grand que toi ! » Sur quoi Moché lui a répondu : « Tu as sauvé ta propre personne, mais tu n’as pas eu la force de sauver toute ta génération ! » ». Ainsi, il est dit : « Ceci est la descendance de Noa’h – élé toldot Noa’h », sous-entendu : Noa’h, et lui seul ! Une formulation excluant l’autre homme, puisque Noa’h ne fut d’aucun secours pour les hommes de sa génération, dans la mesure où ses mérites ne lui permirent que de se sauver lui, et lui seul. Un enseignement qui rend compte par ailleurs de la répétition du nom propre Noa’h, comme il est dit : « Ceci est la descendance de Noa’h : Noa’h était un homme juste, intègre dans ses générations » (Béréchit 6, 9), c’est-à-dire : Noa’h, et lui seul ! Et s’il est dit par la suite « dans ses générations » c’est, explique le Or ha’Haïm, afin de nous rappeler que Noa’h ne fut d’aucune utilité pour ramener sur le droit chemin « ses générations », à l’exception de lui-même et de ses fils.

Un homme, juste, intègre dans ses générations
Mais le verset fait aussi l’éloge de Noa’h, car il était unique en comparaison de ceux qui l’avaient précédé. En effet, bien que d’autres justes aient existé avant lui, ces derniers s’étaient inspirés d’une époque qui comptait parmi elle d’autres justes. Tandis que Noa’h, lui, fut un juste, bien que ses contemporains fussent tous des impies. C’est en référence à cette particularité que le verset précise : « ceci », excluant de la sorte ceux qui l’avaient précédé et qui ne furent pas de sa valeur.
L’ensemble du verset, ajoute par ailleurs le rav Ben Attar, peut encore se lire de cette manière : « Ceci est la descendance de Noa’h – élé toldot Noa’h », sous-entendu : voici l’exposé de ce que Noa’h a engendré (toldot), les bienfaits dont il a été l’auteur.
Le premier n’est autre que Noa’h lui-même. Nos Sages enseignent en effet que « lorsque Dieu créa le premier homme, Il lui accorda une totale maîtrise du monde : la vache et le sillon obéissaient alors à l’agriculteur. Mais lorsque Adam fauta, ni la vache ni le sillon ne lui obéirent plus. Vint alors Noa’h, et ils furent à nouveau dociles. Rèch Lakich a dit : « Avant que ne vienne Noa’h, les eaux montaient et faisaient flotter les cadavres dans leur tombeau. Vint Noa’h et les eaux se calmèrent » (Midrach Béréchit Raba 25, 2). Voilà donc ce qui serait compté dans l’ordre des engendrements de Noa’h, et ce à quoi il est fait référence dans la répétition du nom propre Noa’h, car le nom Noa’h provenant en hébreu de la racine « na’h » (se reposer), il exprime l’idée de bien-être et de contentement. Par ailleurs, lorsque le verset ajoute « un homme », il nous rappelle que Noa’h était un homme de la terre, comme il a été dit au sujet du verset contemporain de la naissance de Noa’h : « « Puisse-t-il nous soulager du labeur de nos mains »(Béréchit 5, 29). Car, avant que Noa’h ne vienne au monde, les hommes ne possédaient pas de charrue, et il leur en fabriqua une… » (Midrach Tan’houma, Béréchit, 11). Et tel serait le deuxième engendrement (toldot), en référence au vocable « un homme », auquel Noa’h donna naissance : le fait qu’il aida les hommes de sa génération à travailler la terre. Le troisième engendrement est à lire dans l’adjectif : « juste ». Un terme qui, pour le Or ha’Haïm, fait allusion au fait que Noa’h était le pilier du monde, comme il est dit : « L’homme juste est le pilier du monde » (Proverbes 10, 25). « En effet, écrit-il, si Noa’h n’avait pas existé, le monde aurait perdu toute réalité, disparaissant avec le déluge. C’est donc sur [l’existence de] Noa’h que Dieu édifia le monde ».

Le quatrième engendrement de Noa’h est exprimé par le terme « intègre », comme nos Sages l’ont expliqué dans le Traité Avoda Zara (p.6/a) : « « Juste » dans ses actions, « intègre » dans ses voies », le vocable « ses voies » ayant été commenté par Rachi de cette manière : « discret et modeste ». « L’Ecriture fait donc ici son éloge puisque, malgré « ses générations » constituées uniquement d’impies, écrit le rav Ben Attar, Noa’h se comportait avec humilité et modestie. Or, un tel comportement va au-delà de la stricte justice (lifnim miChourat haDin) qui nous demande seulement d’être « aimant pour qui t’aime (…), mais tortueux envers le pervers » (Psaumes 18, 26-27). Or, Noa’h n’agit pas de la sorte. De plus, c’est même aux yeux de ses contemporains que Noa’h était considéré humble. C’est ce que dit le verset : « intègre… dans ses générations ». Le verset emploie en outre le terme « générations » au pluriel, afin d’intensifier la louange de Noa’h. Tout homme en effet a au moins affaire à trois générations : celle de son père, la sienne et celle de ses fils. Voilà pourquoi, le verset enseigne ici que, parmi ces trois générations confondues, Noa’h était le plus remarquable d’entre les hommes. Certes Mathusalem vivait aussi à cette époque [il avait en effet plus de 900 ans, Ndlr.], mais lui-même était le dernier survivant des époques antérieures qui avaient précédé Noa’h ».
Le cinquième engendrement de Noa’h est évoqué dans la suite du verset : « Noa’h s’acheminait avec Dieu ». Sous-entendu : c’est à l’Eternel que Noa’h procura par ailleurs de la satisfaction. Ainsi que nos Sages l’ont enseigné lorsque « Rabbi Eliézer a dit que Noa’h porte ce nom en vertu de son offrande comme il est dit : « Et Dieu sentit l’odeur agréable – réa’h ni’hoa’h » (Béréchit 8, 21) » (Midrach Béréchit Raba 25, 2). Une idée évoquée dans la répétition du nom propre Noa’h. De plus, ajoute de le Or ha’Haïm, s’il est question du verbe « s’acheminait », c’est parce que ce dernier fait référence à la bonne conduite de Noa’h, comme il est dit : « Et tu marcheras dans Ses chemins » (Devarim 28, 9). Qui plus est, il est précisément question du vocable « s’acheminait » (hithalekh) afin d’enseigner l’assiduité avec laquelle Noa’h faisait la volonté de son Créateur, son offrande étant révélatrice de son comportement général.

Par Yehuda-Israël Rück, en partenariat avec Hamodia.fr