Si la Torah souligne avec tant d’insistance que le désert fut le lieu d’accueil des enfants d’Israël après la sortie d’Egypte et l’endroit choisi pour donner la Torah, ce n’est certainement pas fortuit. Le désert constitue en effet l’une des dimensions propres à la Torah…

Notre paracha – et le nouveau livre de la Torah que nous entamons avec elle – se nomme Bamidbar, c’est-à-dire le désert, au nom du verset par lequel elle débute : « L’Éternel parla en ces termes à Moïse, dans le désert de Sinaï, dans la tente d’assignation… ». Loin de se résumer à un repère géographique, cette indication souligne que la parole divine – ou du moins l’une de ses dimensions – est symbolisée par le désert.
Le Midrach Rabba énonce en effet : « La Torah fut donnée au travers de trois éléments : l’eau, le feu et le désert » (Bamidbar Rabba 1, 7). Le Midrach étaye son propos à l’appui de différents versets : « Or, la montagne de Sinaï était toute fumante, parce que l’Eternel y était descendu dans le feu » ; « Eternel ! Quand Tu sortis de Séir, quand Tu T’avanças de la région d’Edom, la terre frissonna, les cieux se fondirent, les nuages se fondirent en eau », et enfin le premier verset de notre paracha, dans lesquels on voit que la Torah est intimement liée à ces dimensions. Quelle est la nature de ce lien ?


Le Ktav Sofer met en évidence, à l’aide de cette exégèse, une perspective très intéressante. L’eau, remarque-t-il, est un élément qui symbolise la réserve et l’humilité. Nos Sages disent en effet : « Pour quelle raison les paroles de la Torah sont-elles comparées à l’eau ? Parce que de la même manière que l’eau s’épand d’un lieu élevé vers un lieu bas, ainsi les paroles de la Torah, elles délaissent les personnes fières et se rendent chez les personnes humbles ». En ce sens, la Torah fut donnée précisément sur le mont Sinaï, l’une des montagnes les plus discrètes du globe.
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Par ailleurs, la Torah est comparée au feu, comme nous le voyons du verset : « La mitsva est une bougie et la Torah est une flamme ». La Torah est en effet comme un phare, qui éclaire le chemin des hommes en quête de vérité ; c’est grâce à sa lumière que l’on peut connaître le droit chemin et c’est elle qui nous épargne des pièges du mauvais penchant.
Et à l’image du feu, la Torah peut être également à double tranchant : lorsqu’un homme l’étudie tout en refusant de suivre le droit chemin, elle peut devenir pour lui un mal qui le précipitera jusqu’à sa perte. De ce fait, le prophète dit : « Ma parole est comme le feu » (Yirmiyahou 23, 29), dans la mesure où la Torah « consument » ceux qui n’en font pas un usage convenable. Nos Sages disent en ce sens que les Tables de l’Alliance étaient écrites comme « un feu noir surmontant un feu blanc » (Talmud de Jérusalem Chekalim 25/b) – la Torah est une source de vie pour ceux qui l’étudient en lui étant fidèles, et se changent en poison pour ceux qui ne la méritent pas. On apprend également ailleurs que « le Livre et l’épée étaient enroulés l’un dans l’autre lorsqu’ils descendirent du Ciel », pour dire que le Livre renferme lui-même l’épée qui frappera ceux qui l’étudient sans respecter ses enseignements.
Enfin, la Torah possède également la dimension du désert, car elle ne s’adresse qu’aux personnes qui font fi de tout luxe superflu. C’est la raison pour laquelle on peut lire dans les Maximes des Pères : « Telle est la manière d’étudier la Torah : mange du pain trempé dans du sel, bois de l’eau modérément, vis dans le dénuement et absorbe-toi dans Torah » (6, 4). En outre, D.ieu vient en aide à ceux qui se consacrent à la Torah, comme Il le fit pour Rabbi Chimon bar Yo’haï et ses compagnons, et comme nous le voyons dans chaque génération où D.ieu assiste miraculeusement ceux qui s’adonnent à la Torah.

C’est là le symbole du désert, un lieu aride et dépouillé, dans lequel l’homme ne peut survivre que grâce à l’intervention divine. Telles sont les explications du Ktav Sofer.
Dans le Midrach en exergue, on lit en conclusion : « De la même manière que ces trois éléments sont gratuits pour tous les êtres de la terre, ainsi la Torah s’offre-t-elle gratuitement à tous ceux qui le souhaitent ». La « gratuité » dont parle le Midrach ne se résume pas à l’offre gratuite de ses enseignements. Elle est le reflet de ces trois dispositions dont nous parlions plus haut : l’humilité, la soumission et la frugalité.
En d’autres termes, appartenir au monde de la Torah engage l’homme à se dévouer pour elle corps et âme, au point de fuir les honneurs (l’humilité évoquée par l’eau), de se consacrer à elle avec désintéressement (la soumission représentée par le feu) et à renoncer aux plaisirs matériels (le symbole du désert). En ouvrant une page de Guémara, l’homme doit être imprégné de ces trois qualités, pour être capable de « recevoir » la Torah convenablement.
Si la Torah est gratuite par essence, c’est parce qu’aucune « contrepartie » ne doit venir perturber son étude. Son principe est à sens unique : si l’homme se voue corps et âme à l’étude, sans attendre en échange ni honneur, ni luxe, ni par une quelconque motivation externe, il méritera de s’en imprégner. Dans le cas inverse, celle-ci risque au contraire de devenir un « poison », susceptible de le perdre.

Par Yonathan Bendennnoune,en partenariat avc Hamodia.fr