Dans les communautés juives de diaspora, cette célébration est faite de façon très diverse, certains allant même jusqu’à ne rien célébrer du tout… Transformer ce constat en polémique me paraîtrait être dommageable, et les traiter d’« antisionistes » ou de « non-sionistes » serait un bien « mauvais procès. »


Transformer ce constat en polémique me paraîtrait être dommageable, et les traiter d’« antisionistes » ou de « non-sionistes » serait un bien « mauvais procès. »
Je crois en effet que beaucoup de communautés dites « orthodoxes » ne font rien de particulier ce jour-là du fait que la célébration de Yom Haatsmaout n’a pas été décidée par les grands rabbanim de la génération et que, de surcroît, ce jour tombe pendant la période du Omer, un moment précisément de deuil pour notre peuple qui est observé par les rites ashkénaze et séfarade.

Par contre, je crois que cette célébration mérite une petite réflexion. En dépassant toute polémique, je voudrais m’attarder sur deux points…
Le premier concerne les modalités de fixation d’un événement dans le calendrier juif. Tout comme Yom HaShoah, il s’agit d’événements contemporains dont l’initiative revient non pas à des rabbanim, mais à d’autres institutions. Certes, cela n’enlève rien à leur importance ni à leur pertinence, mais dès lors qu’un événement a des implications hala’hiques comme celle d’interrompre la période du Omer (par exemple en se rasant), il est légitime de s’interroger sur l’origine et la viabilité de cette fixation… Mais en fait, on constate également que la fixation définitive des événements décisifs de l’histoire juive a toujours pris un certain temps. Or nous sommes sans doute de ce point de vue dans une période transitoire, encore non définitive…

Ma deuxième réflexion revient à se poser la question suivante : que représente pour nous tous la célébration de Yom Haatsmaout ? Est-ce un simple anniversaire ? Une commémoration ? Un défilé ? Une simple partie de barbecue… ? Ou bien est-ce l’occasion de nous interroger en profondeur sur la signification véritable de l’État juif ?
En effet, notre tradition évoque souvent ce qu’elle appelle les « orot » et les « kélim » – autrement dit : les « lumières » et les « récipients ». Dans tous les domaines de la vie, le mot « or » désigne l’énergie fondamentale et donc le sens (avec ses étapes) d’une chose ou d’un événement donné, pendant que le « kéli » désignera l’apparence que cette chose prendra, sa forme.
Prenons un exemple : le mariage. Cette mitsva de s’unir, ce sont les « orot » de la vie commune d’un couple. Et c’est le mariage lui-même – en tant que « kéli » – qui vient consacrer et donner une forme à cette union. Si bien que les membres d’un couple qui ne se remettraient pas en question régulièrement en s’interrogeant sur le sens de leur vie et la forme qu’elle a prise au fil des années, risqueraient très vite d’arriver à une véritable sclérose !
Justement, il ne faut jamais confondre la forme et le sens. Dans notre monde d’ultra-consommation, la publicité joue d’ailleurs systématiquement et en permanence sur cette dualité. Par exemple, quand on nous présente le « bonheur » comme reposant sur l’incontournable acquisition de la maison « untelle », qui est plantée dans un jardin avec des fleurs et du gazon et une famille – un couple et des enfants  qui y jouent gaiement. Persuadé qu’en acquérant cette maison on décrochera réellement le bonheur, on va donc s’endetter et payer toute sa vie un énorme crédit. Ce faisant, on aura ainsi commis l’erreur de confondre le bonheur avec cette maison !
Cela prouve que nous ne devons jamais nous contenter de la forme, mais que nous devons nous interroger toujours sur le sens de tout ce qui fait notre vie…
Quand nos parents ont fondé l’État d’Israël, ils avaient attaché à cette réalisation courage et esprit pionnier. Et il est vrai que les premiers fondateurs de l’État d’Israël ont asséché des marais, construit des routes, édifié des villes et donné une forme à leur idéal. Mais lorsque tout cela est construit, l’idéal pionner ne risque-t-il pas de s’évanouir avec la réalisation même de ce rêve ?


Et pour que le rêve et les idéaux restent intacts, il nous faut donc à nouveau, encore et toujours construire avec ce même esprit : celui d’un peuple qui a tant souffert dans son histoire et qui est prêt à édifier un État unique et ne ressemblant à aucun autre, dans lequel les idéaux, la morale – et disons-le – la Torah soient la véritable règle de vie.
Ainsi, la fraternité devrait nous habiter tous et le sincère « souci de l’autre » devrait être notre préoccupation quotidienne !
Le « risque » d’un État qui réussit c’est de devenir chaque jour plus performant, plus puissant, et plus beau. Point final ? Non ! Pour nous, Yom Haatsmaout est donc l’occasion de réfléchir à tout cela et de réaliser que nous avons encore beaucoup de choses à faire sur ce long chemin, et qu’il faut les réaliser ensemble et surtout avec l’aide de D.ieu pour nous permettre d’accomplir la haute promesse annoncée par nos prophètes : à savoir qu’un jour, la maison de D.ieu – le Temple de Jérusalem – sera appelée « Maison de prières pour tous les peuples » et que le monde affluera en Israël, non dans l’intention de nous détruire, mais pour s’inspirer de notre idéal.

Rav  Sitruk zatzal