L’un des thèmes majeur de la tradition juive est résumé dans la formule « Maassé avot simane labanim [la conduite des pères est un signe pour leurs enfants] ». Cela signifie donc que l’attitude des Juifs doit s’inspirer, durant toute l’histoire, du comportement des Avot. 

Parmi les passages bibliques fondateurs de cette idée, on trouve notre paracha ‘Hayé Sarah. On y voit ainsi Avraham s’acharner à trouver une sépulture pour son épouse Sarah. Refusant pour cela d’accepter un cadeau, il devra payer le « prix fort » et finira par acquérir la « Méarat Hama’hpéla », le « Caveau double ».
Nos sages déduiront alors que ce site – qui s’appellera plus tard ‘Hévron (le lieu de la « jonction ») – sera celui par lequel les âmes rejoignent directement le Ciel après leur départ de ce monde. Or, ce « parfum d’éternité », Efron ne l’avait pas senti, alors qu’Avraham l’avait aussitôt perçu ! Pour que Sarah puisse reposer près d’Adam et de Hava, il payera donc le prix demandé par Efron, et plus tard, il l’y rejoindra ainsi que Itsh’ak et Rivka, puis Yaacov et Léa.

Or, ces quatre couples constituent les « âmes collectives » d’Israël permettant en permanence cette jonction avec « l’Au-delà ». Bien plus que l’achat d’une parcelle du pays d’Israël – qui lui avait été promis par Hachem -, Avraham recherchait donc le seul endroit de la terre duquel le Ciel est si proche. Tout le monde sait que Hévron demeure le lieu le plus saint pour le peuple juif après le mont du Temple, à Jérusalem.

Avec le mariage de son fils, Avraham nous donnera une autre très grande leçon ! Conscient du fait que les filles de Canaan n’étaient pourvues d’aucune garantie morale, il va se tourner vers la famille de son père, et en envoyant son fidèle serviteur Eliézer à ‘Haran, il trouvera finalement l’épouse d’Its’hak : Rivka. Or, c’est là aussi une grande histoire qui commence… On aborde donc successivement dans cette paracha la mort et la vie : en fait, la fin suivie… du début !

Comment ne pas évoquer alors la parabole rapportée dans le Traité talmudique Roch Hachana où un homme aperçoit sur le quai d’un port une foule accompagnée d’une fanfare venue assister au départ d’un nouveau bateau. Ce navire tout neuf est à quai, pendant que son équipage se tient devant lui dans des uniformes immaculés… si bien que tout le monde est en émoi. Cependant, constate notre homme, personne n’accorde d’importance à un autre navire rentrant au port. Certes, sa coque est défoncée, ses voiles sont déchirées, ses marins aux yeux cernés et à la barbe mal rasée portent des uniformes défraîchis, mais il rentre sain et sauf d’une mission accomplie !
Ainsi va la vie, diront nos Sages. Combien se réjouit-on pour une naissance qui ressemble tant au départ d’un nouveau bateau ! Mais lorsqu’une vie s’achève comme la traversée accomplie d’un navire, on pleure en oubliant de réaliser qu’une page d’éternité vient d’être écrite. Et si c’était là l’occasion de se réjouir, surtout quand la personne laisse un « chem tov » ?
Certes, notre souci doit être l’avenir de nos enfants, mais aussi leur parcours et leur aboutissement, autant que les nôtres. Comme nous le signale la guémara Béra’hot, l’homme doit prier « jusqu’à la dernière pelleté de terre qui recouvrira son cercueil ». Et cela, Avraham le savait pertinemment !
Par le grand rabbin Yossef ‘Haïm Sitruk Avec l’accord exceptionnel d’Hamodia-Edition Française