Pendant cette période consacrée au deuil de Jérusalem, il serait certainement opportun que nous nous remémorions l’importance de la ville sainte et de son Sanctuaire, pour attiser dans notre cœur la flamme pour ce lieu de tous nos espoirs…

Dans son Michné Torah (Hil’hot Bet haBé’hira), Maïmonide statut en ces termes : « C’est une mitsva positive que de construire une demeure pour D.ieu, qui sera destinée à l’offrande des sacrifices et à la célébration des trois fêtes de pèlerinage ». Comme preuve à l’appui, le Rambam invoque le verset qui stipule : « Vous construirez pour Moi un sanctuaire », (Chémot, 25, 8). Ce qui signifie que l’édification du Tabernacle – le sanctuaire du désert – fut en quelque sorte remplacée à l’entrée en Eretz Israël par la construction d’un Temple. Il nous incombe donc d’éprouver dans toutes les fibres de notre être l’appel de cette mitsva qui nous impose d’accueillir parmi nous la Présence divine
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Dix miracles
La michna nous enseigne que dix miracles se déroulaient continuellement dans le Temple de Jérusalem (Pirké Avot, 5, 5). Fondamentalement, ces miracles n’étaient en rien  » inéluctables  » : s’ils avaient lieu, c’est uniquement pour apporter prouver au peuple d’Israël que la présence du Temple était destinée à l’élever dans une dimension surnaturelle où les règles ce bas monde n’ont plus du tout cours…
Cette réalité prend une toute autre signification lorsqu’on l’associe à la mitsva dite de « pèlerinage », qui était l’un des objectifs pour lequel le Bet Hamikdach fut construit.
Le Sfat Emet (sur Pessa’h, 5639) explique en effet que pendant ces périodes où le peuple tout entier se rassemblait à Jérusalem autour du Temple, on atteignait de formidables niveaux de spiritualité. Tant et si bien que la condition matérielle de chacun était totalement dépassée, au point où les membres du peuple pouvaient « se tenir debout serrés les uns contre les autres, mais se prosterner pourtant avec aisance ». Et ce, précisément parce que pendant ces périodes, le corps de ces hommes occupait – physiquement et spirituellement – moins de place…
Ailleurs, le Sfat Emet ajoute : « Ce n’est pas en vain que ces fêtes étaient appelées des ‘ montées ’ : ‘ Lorsque tu monteras voir la Face de l’Éternel ton D.ieu ’ – parce qu’elles représentaient de véritables élévations spirituelles pour le peuple (…) », (ibid. 5644). Or, ces formidables « élévations » embrassaient le peuple tout entier, même les personnes n’ayant qu’un niveau moral de base !
Nos Sages ajoutent que ces fêtes de pèlerinage avaient une double fonction : elles permettaient non seulement aux enfants d’Israël de venir « voir » la Présence divine à Jérusalem, mais c’est aussi grâce à elles qu’ils se « faisaient voir » à Elle. Un peu à l’image d’un père qui reçoit ses enfants et se rapproche davantage d’eux.
Combien devons-nous donc nous affliger d’avoir perdu la possibilité de réaliser cette formidable mitsva, et ce par nos fautes et à cause de la destruction du Temple…
Le Psalmiste évoqua cette nostalgie profonde de manière très éloquente : « Mon âme a soif de D.ieu, du D.ieu vivant ; quand reviendrai-je pour paraître en présence de D.ieu ? ». Il ajoute ensuite : « Mon âme se fond au-dedans de moi quand je me rappelle le temps où je m’avançais au milieu de rangs pressés, marchant en procession avec eux vers la maison de l’Éternel, au rythme des chants et des actions de grâce d’une foule en fête ». Et naturellement, ces souvenirs provoquent en lui une profonde mélancolie : « Pourquoi es-tu affaissée mon âme ? Pourquoi t’agites-tu dans mon sein ? » (Psaumes, 42).
Un détail révélateur…
De prime abord toute simple, une loi relative au Birkat haMazon [les  » actions de grâce  » après le repas] recèle en vérité un message très profond, tout en témoignant des proportions que peut prendre cette mélancolie chez un homme droit.
Ainsi est-il statué dans le Choul’han Arou’h (Ora’h ‘Haïm 180, 5) qu’au moment où l’on prononce le Birkat haMazon, il convient de couvrir les couteaux. Différentes explications furent données à cette loi, et c’est l’une de celles citées par le Bet Yossef au nom de Rabbénou Sim’ha qui retiendra ici notre attention : on raconte en effet qu’un homme prononçait un jour cette prière lorsqu’il arriva à la troisième bénédiction où l’on mentionne la « Reconstruction de Jérusalem ». À cette évocation, l’homme fut envahi par une profonde consternation et perdant soudain le contrôle de lui-même, il se planta un couteau dans le ventre… C’est donc pour éviter ce genre « d’accident » qu’il fut décidé de recouvrir les couteaux pendant cette prière.
Certes, ce niveau de conscience dépasse totalement notre entendement. Néanmoins, nous ne pouvons par ailleurs nous contenter d’accomplir cette coutume « machinalement » ! Car en couvrant les couteaux à chaque fin de repas, nous devons réaliser que ce faisant, nous nous protégeons de cette tristesse qui, portée à l’excès, put conduire un jour un homme à commettre l’irréparable. Cette loi est donc bien un  » petit détail « , mais qui révèle dans quelle mesure la nostalgie du Temple et de Jérusalem doit sans cesse nous habiter.
À l’évocation de ces quelques idées, cette prière extraite du Moussaf des trois fêtes de pèlerinage prendra à nos yeux une nouvelle connotation : « Reconstruis Ta demeure comme aux premiers temps, rétablis Ton Sanctuaire dans ses fondations, montre-nous sa construction et réjouis-nous par son édification ! ».
ParYonathan Bendennnoun,avec l’accord exceptionnel d’Hamodia-Edition Française