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BEHAR : UNE CONFIANCE ABSOLUE Version imprimable Suggérer par mail
 

Commentaires sur la Parachat Behar

Une confiance absolue

En nous offrant le Chabbath et l’année sabbatique, D.ieu nous donne l’occasion d’accéder à une compréhension métaphysique du monde, et de ressentir une sensation unique : une confiance absolue, qui se passe de toute question…

Notre paracha commence par l’ordre divin qui concerne l’année sabbatique (chemita), année pendant laquelle la terre d’Israël doit rester en friche.

« La terre sera soumise à un chabbat pour l’Eternel » (Lévitique 25 ; 2)

Dans son commentaire, Na’hmanide cite les mots du Sifra à ce sujet :

« ‘Chabbath pour l’Eternel’ : Au sujet du jour du chabbat, il est mentionné : ‘chabbat pour l’Eternel ‘ (Exode 20 ; 10). De même, cette expression revient au sujet de l’année sabbatique. »

Na’hmanide interprète cette analogie en établissant le rapport entre le jour du chabbat (où le Créateur s’est reposé après les six jours de la création du monde) et l’année sabbatique (qui correspond au septième millénaire, époque à laquelle, d’après la tradition, le monde reviendra à son état initial après six millénaires d’existence)

« Rav Katina dit : ‘Le monde va exister pendant six millénaires pour ensuite être détruit, comme l’exprime le prophète. « D.ieu seul sera grand en ce jour » (Isaïe 2 ; 11). Ce jour faisant allusion au septième millénaire.

Une Braïta (enseignement des Tannaïms), confirme ces paroles :

La septième année est une année sabbatique. Ainsi, sur ce modèle, la création suit le même cycle, et après six millénaires, le septième sera en chômage. C’est ainsi qu’il faut comprendre les versets des Psaumes :

« Psaume. Cantique pour le jour du chabbat » (Psaume 92 ; 1).

Ce psaume faisant référence au septième millénaire, car comme le précise un autre verset :

Mille ans sont à tes yeux comme une journée’ (Psaume 90 ; 4). » (Talmud Sanhédrin 97a).

Na’hmanide conclut :

« Prête attentivement l’oreille à ce que j’ai été autorisé à dévoiler, et si tu le mérites, tu en saisira le sens profond. J’ai déjà expliqué dans le commentaire sur la Genèse (2 ; 3), que les six jours de la création contiennent en puissance la période d’existence du monde. Chacun de ces jours a un rapport direct avec le millénaire correspondant.

Le septième jour est le chabbat pour l’Eternel, car il sera entièrement consacré au dévoilement de l’unité total de D.ieu.

Il faut le savoir : le concept des jours renvoie à ce qui a été créé pendant la genèse. Celui des années à ce qui va se produire durant la période de l’existence du monde. »

Un jour pour mille ans

C’est ainsi que Na’hmanide comprend les mots de la Genèse :

« D.ieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu’en ce jour, il se reposa de l’œuvre qu’il avait produite et organisée (acher bara Elokim laassoth) » (Genèse 2 ; 3).

« Produite et organisée » semble être une répétition.

Mais dans la mesure où la Thora ne peut se répéter, Na’hmanide comprend que la Thora nous présente ici un deuxième aspect de la création.

De cette répétition, il comprend que les six jours de la création contiennent les six millénaires d’existence du monde, chaque jour correspondant à un millénaire.

Ainsi, le septième jour, celui de chabbath, correspond au septième millénaire. Mais on le sait, la Thora n’est pas un livre d’histoire, ni un manuel scientifique.

Ce qu’elle nous transmet à pour but de nous faire intérioriser les notions qui vont nous rapprocher de D.ieu.

Les lois de chabbath et de l’année sabbatique viennent fixer en nous la foi absolue en deux concepts : celui de la création du monde par D.ieu, et celui de l’existence du monde futur.

Exilé de sa terre

Na’hmanide conclut : C’est la raison pour laquelle la Thora est très sévère envers ceux qui transgressent les lois de l’année sabbatique (chemita). Si le peuple juif ne respecte pas ces lois, il sera exilé de sa terre (Lévitique 26 ; 34), car celui qui n’accepte pas cette mitsva renie la création de notre monde par D.ieu, et renie l’existence du monde futur. »

Nous allons tenter de comprendre en quoi respecter chabbath et la chemita renforce notre foi dans la création de l’univers par D.ieu et dans le monde futur.

Les mots du Décalogue vont nous y aider.

« Durant six jours, tu travailleras et achèvera toute ta tâche, mais le septième jour est la trêve de l’Eternel ton D.ieu » (Exode 20 ; 9-10).

Pourquoi le repos du chabbat serait-il lié à l’achèvement de toute notre tâche ? En outre, cet achèvement est inconcevable…

Rachi (ibid.) cite la Méhilta qui interprète ce verset de la façon suivante :

« Lorsque le chabbath arrive, considère que toute ta tâche a été achevée, et ne garde pas à l’esprit ce qu’il te reste à faire.

Le Rav E.Dessler zatsal, nous offre une piste pour comprendre la profondeur de cette idée.

Ce qui est demandé à l’homme, c’est de prendre conscience que ce ne sont pas son travail et ses efforts qui sont l’origine véritable de ses réussites.

Nos efforts, appelés hichtadlouth dans le langage de nos maîtres sont exigés après la faute d’Adam et d’Eve, à la suite de laquelle il a été décrété : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain » (Genèse 3 ; 19).

Mais ils ne sont qu’un moyen pour obtenir ce que D.ieu a décidé de toute façon de nous accorder.

Sans avoir compris ce fonctionnement, l’homme ne pourra en aucun cas accomplir l’ordre qui lui a été donné de considérer que toute la tâche a été achevée, car effectivement, à priori, le travail de l’homme n’est jamais terminé, mais seulement interrompu.

En revanche, l’effort s’il a été fait dans cet esprit, connaît une limite, une fin.

D.ieu juge et décide

Ce que la Thora nous demande, c’est d’intérioriser cette conviction profonde : nos efforts ne sont qu’un moyen, et ce ne sont pas eux qui entraînent la réussite d’une entreprise. C’est seulement la volonté divine.

Dans cette optique, on peut s’arrêter au milieu d’une action, et considérer qu’elle est terminée, puisque cette action consiste à fournir un effort, et non à parvenir au résultat concret. C’est D.ieu seul qui ensuite juge et décide.

Le Sforno exprime également cette idée dans son commentaire sur le verset :

« Pense au jour du chabbath pour le sanctifier » (Exode 20 ; 8).

Le célèbre commentateur s’adresse à nous et traduit la pensée de la Thora :

« Garde toujours à l’esprit la notion du chabbath pendant les jours de la semaine, c’est ainsi que tu agiras concrètement pour le sanctifier.

Organise tes affaires pour que tu puisses les oublier pendant chabbath. Pendant la semaine, tu t’occuperas de ce qui est passager et tu réaliseras que ce travail est un travail d’esclave, puisqu’il est lié à un monde qui ne t’appartient pas vraiment.

Achève donc ton labeur : cela est possible si tu fournis seulement les efforts minimaux, ceux qui sont indispensables à celui qui se suffit de ce que D.ieu lui accorde » (Sforno ibid.).

Nous retrouvons une approche similaire en ce qui concerne les lois de la chemita :

« Exécutez mes édits, observez et pratiquez mes lois (il s’agit des lois de la chemita et du jubilé - Rachi ibid.) et vous demeurerez dans le pays en sécurité. La terre donnera ses fruits dont vous mangerez à satiété, et vous y résiderez en toute quiétude.

Mais si vous dites : ‘Qu’aurons-nous à manger la septième année, puisque nous ne pouvons ni semer, ni rentrer nos récoltes ?’, Je vous octroierai ma bénédiction dans la sixième année, à tel point qu’elle produira la récolte de trois années » (Lévitique 25 ; 18 ; 21).

Rachi (ibid.) interprète l’expression ‘vous mangerez à satiété’ ainsi : même une très petite quantité de nourriture aura la capacité de rassasier.

Le Sforno précise encore :

« Les fruits de la terre auront une valeur nutritive similaire à la manne, dont une petite quantité, identique pour tous (le omer), suffisait à nourrir et rassasier chacun, du bébé à l’homme adulte !

« On mangera peu, mais cette nourriture sera bénie. C’est ainsi que les fruits de la terre de la sixième année seront suffisants pour la septième aussi. »

Mais alors, une question se pose.

Si la quantité n’a rien à voir avec la qualité nutritive, et que même peu de nourriture rassasiera celui qui garde la chemita, pourquoi D.ieu précise-t-Il que la récolte se multipliera par trois (« … à tel point qu’elle produira la récolte de trois années »), introduisant l’idée que c’est la profusion qui permet de se nourrir ?

Une vérité universelle

Dans son style concis, le Sforno répond à cette question (cf. Malbim).

Ici, D.ieu agit avec nous en fonction de notre propre attitude.

Car la chemita est aussi l’occasion de renforcer en nous l’idée et la conviction que notre action n’est pas l’élément réel qui permet le résultat.

L’année de chemita vient nous montrer que les mêmes résultats matériels peuvent être obtenus sans aucun travail de notre part, à partir du moment où D.ieu en a décidé ainsi.

Et si notre conviction est sans faille, notre foi en la toute-puissance de D.ieu inébranlable, nous ne ressentirons aucune angoisse, et nous ne poserons aucune question à D.ieu sur le dénouement de cette situation.

Alors le phénomène se manifestera de façon éclatante : la valeur nutritive des aliments augmentera suffisamment pour que la récolte d’une seule année suffise pour deux.

Si toutefois nous n’avons pas atteint ce niveau élevé de foi en D.ieu, et que malgré notre envie d’accomplir cette mitsva, nous ressentons une angoisse, nous risquons d’être amenés à exprimer cette angoisse par une question à D.ieu :

« Mais si vous dites : ‘Qu’aurons-nous à manger la septième année, puisque nous ne pouvons ni semer, ni rentrer nos récoltes ?’ »

Alors D.ieu nous rassure : « Je vous octroierai Ma bénédiction ».

Le Créateur agit avec nous en fonction de notre niveau.

Face à une foi moins forte, à un doute quand à la capacité de D.ieu pour qui tout est possible, Il va utiliser un moyen plus naturel pour réaliser Sa promesse de nous sustenter malgré la chemita.

La récolte de la sixième année sera trois fois plus importante qu’à l’habituée, ce qui est une forme moins miraculeuse que celle citée plus haut.

En outre, trois fois plus de récolte signifient trois fois plus de travail de moisson, de stockage, de conservation…

Celui qui n’a aucun doute et qui accomplit l’ordre de D.ieu dans la certitude de Sa toute-puissance mérite une bénédiction divine qui ne lui cause aucun travail, ni aucune dépense supplémentaire !

On le voit, les deux chabbath, celui qui vient clôturer les sept jours de la semaine et celui qui clôt les six années de travail de la terre, n’ont qu’un seul but commun : nous imprégner d’une vérité universelle.

C’est le Maître du monde qui décide du résultat de nos efforts et de nos actions. Le but atteint ne tient qu’à Sa seule volonté.

Ce n’est qu’en étant pénétré de cette vérité que nous pourrons jouir pleinement de la sainteté de chabbath et de l’année sabbatique, et de la bénédiction qui l’accompagne, à l’instar de celui qui n’a aucun doute envers la toute-puissance de D.ieu.

Par le Rav Eliahou Elkaïm  de la Yéchiva

 à Jérusalem

   

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