Il y a 84 ans, le 26 Adar 1, disparaissait une grande figure féminine du judaïsme orthodoxe polonais, Sarah Schenirer z’l, qui a œuvré avec courage et détermination pour procurer une solide éducation juive aux jeunes filles religieuses.

Sarah Schenirer est née à Cracovie en Pologne en 1883 dans une famille de la Hassidout Belz. Dotée d’une grande intelligence, elle avait soif d’apprendre mais elle a dû quitter l’école à l’âge de 13 ans pour aider ses parents qui vivaient dans la pauvreté. Elle est alors devenue couturière.

Après la Première Guerre mondiale, elle s’est installée à Vienne. Elle a alors suivi régulièrement les cours du Rav Moshé Flesh qui lui a recommandé de s’intéresser également à l’enseignement du Rav Shimshon Raphael Hirsch, ce qu’elle fit.

Quelques mois plus tard, elle était de retour à Cracovie et réunissait autour d’elle un premier groupe de jeunes filles auxquelles elle enseigna les matières juives en s’inspirant des connaissances qu’elle avait acquises à Vienne. Elle a ainsi réussi à inciter ses jeunes élèves à aimer la Tora et les Mitsvoth, créant le concept de ‘Beth Yaakov’ dès 1918.

C’était le début des écoles pour filles qui, jusqu’à présent, n’avaient que des connaissances très restreintes en judaïsme leur permettant de tenir un foyer conforme aux traditions juives. Mais au départ, elle a dû se battre pour faire accepter ce type d’enseignement.

Les difficultés qu’elle rencontrait ne provenaient pas des milieux laïcs mais plutôt des cercles orthodoxes qui faisaient preuve d’indifférence. Comment pouvait-elle, alors qu’elle était une femme, convaincre les rabbins que les filles avaient, elles aussi, besoin d’un ‘Heder’ ? En 1923, elle a ouvert son premier séminaire de formation d’enseignantes.

Grâce à sa persévérance, de nombreuses écoles de ce type ont vu le jour avant la Shoah en Europe. Son initiative a été saluée par les grandes autorités rabbiniques de l’époque telles que le Gerrer Rebbe, le Rav Avraham Mordeh’aï Alter et le Rav Israël Meir Hakoen, plus connu sous le nom de Hafetz Haïm.

Lorsqu’elle est décédée en 1935, près de 300 Batei Yaakov existaient, accueillant près de 35 000 élèves. L’une d’entre elles, la Rabbanit Vichna Kaplan, a été ensuite la fondatrice du premier lycée-Beth Yaakov et séminaire pour enseignantes d’Amérique.

Dans son testament, Sarah Schenirer avait écrit : « Mes chères filles, vous sortez maintenant dans le vaste monde. Votre tâche consiste à planter la graine sacrée dans les âmes des enfants purs. Dans un certain sens, on peut dire que la destinée d’Israël est entre vos mains ».

Le jour où elle a quitté ce monde, des centaines de jeunes filles juives de Varsovie ont suivi son cercueil à travers la ville de Varsovie, pleurant sa disparition prématurée comme s’il s’agissait de leur propre mère. Et quand la nouvelle de son décès s’est propagée en Pologne, des milliers de femmes ont déchiré le pan de leur vêtement et ont observé la semaine de deuil en son souvenir.

La même année, des centaines de mères ont nommé leur fille Sarah pour honorer la mémoire de celle qui était devenue un personnage légendaire pour avoir créé une nouvelle génération de femmes juives instruites en Europe avant la terrible Shoah.

Après la guerre, alors que toutes ces écoles étaient anéanties, des anciennes élèves de Sarah Schenirer qui avaient survécu à la tourmente ont tenu à reprendre le flambeau. A l’heure actuelle, ce type d’écoles orthodoxes existent dans de nombreux pays tels que l’Angleterre, la France, la Belgique, la Suisse, les Etats-Unis, l’Amérique Latine et, bien entendu, Israël où plus de 55 000 jeunes filles juives étudient aujourd’hui dans des centaines de Batei Yaakov du réseau d’éducation orthodoxe ‘Hinouh’ Atsmaï.

Dans un hommage rendu à cette femme remarquable, le Rav Yossef Friedenson z’l écrivait il y a quelques années : « Sarah Schenirer n’a pas eu le bonheur d’avoir elle-même des enfants. Pourtant, elle a été une mère. En fait, on pourrait dire qu’aucune mère de notre génération n’a eu autant d’enfants qu’elle ».

Yehi Zih’ra Barouh’.

Claire Dana-Picard