Celles-ci sont les paroles que Moché a dites à
tout Israël. (1, 1)
Nos Maîtres (Meguila 31b) soulignent
une différence fondamentale entre le livre de Devarim et les quatre autres
‘houmachim de la Tora : Alors qu’il est interdit d’interrompre la lecture du
chapitre des malédictions dans Wayiqra, on a le droit de le faire dans le
passage qui lui correspond dans Devarim. Le premier, qui s’exprime au pluriel, a
été écrit par Moché sous la dictée de Hachem, explique la Guemara, tandis que
celui dans Devarim, qui est au singulier, a été rédigé par Moché lui-même qui,
expliquent les Tossafoth (ad loc.), s’est exprimé sous l’inspiration divine du
roua‘h haqodèch (« esprit de sainteté »).\r\n
Le Maguid de Doubno demanda un
jour au Gaon de Vilna de lui expliquer la dissemblance entre Devarim et les
autres ‘houmachim de la Tora, s’agissant pour les uns comme pour les autres de
livres prophétiques.
Les quatre premiers, lui répondit le Gaon, ont été
énoncés par Hachem par l’intermédiaire de Moché, nos Maîtres nous ayant appris
que la Chekhina s’est exprimée depuis sa gorge. Ce degré de communication divine
n’a plus jamais été atteint par un être humain. Quant aux prophéties de Devarim,
elles ont été transmises à Israël dans la même forme que celles des générations
postérieures, Moché recevant une révélation et la transmettant ensuite à Israël.
Voilà pourquoi il est question, dans notre verset, des « paroles de Moché
».
Celles-ci sont les paroles. (1,
1)
Dans son introduction au commentaire de Devarim, le
Ramban (Na‘hmanide) écrit ce qui suit :\r\n
« On connaît le thème général de
ce livre : Il inclut la répétition de [nombreuses lois de] la Tora [ainsi que
des chapitres] où Moché a expliqué à la génération qui allait entrer en Erets
Yisrael la plupart des mitswoth qu’elle devrait y observer. Il ne s’y trouve, en
revanche, aucune mention des commandements [applicables aux] kohanim.
»\r\nPourquoi Moché n’a-t-il pas jugé nécessaire de répéter ces mitswoth
spécifiques ? s’interroge Rav Mordekhaï Yaffé. Ce Maître répond en citant un
midrach selon lequel aucun membre de la tribu de Léwi n’est mort dans le désert,
celle-ci ayant été la seule à ne pas calomnier Erets Yisrael quand les
explorateurs sont revenus de leur mission. Il n’était donc pas nécessaire de
rappeler les lois propres aux kohanim, puisque ceux-ci les avaient toutes
apprises de la bouche même de notre prophète. Seules les autres tribus ont dû
réétudier les commandements qui leur étaient applicables. En effet, leurs
membres qui les avaient recueillis de Moché étaient morts dans le désert. La
conquête du pays allait être opérée par une nouvelle génération qui n’était pas
encore née lorsque celui-ci avait énoncé ces mitswoth. C’est pourquoi il a dû
les lui répéter et procéder à cette mise au point.
Celles-ci sont les
paroles que Moché a dites à tout Israël. (1, 1)\r\nCe verset, fait remarquer Rav
Yonathan Eybeschuetz, diffère des autres, nombreux, où Moché a pris la parole :
Il s’est adressé ici « à tout Israël », et non, comme à son habitude, « aux
enfants d’Israël ».
Moché, nous apprend le Talmud (Mo‘èd Qatan 21b), a
commencé de transmettre le livre de Devarim trois jours après la mort d’Aharon.
Or, comment a-t-il pu être autorisé à enseigner, se demandent les Sages de la
Guemara, étant de principe que celui qui est en deuil ne peut ni enseigner ni
étudier la Tora ? Et de répondre : comme son enseignement était nécessaire à la
communauté dans son ensemble, cette interdiction n’était pas applicable. Voilà
pourquoi le verset précise qu’il s’est adressé « à tout Israël » :
dans cette
situation, il lui était permis, malgré son deuil, de dispenser un
enseignement.
Rav Dov Lumbroso-Roth
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