La paracha Vayétsé commence par le rêve prophétique de notre patriarche Yaacov, avec la vision de l’échelle posée sur le sol et dont le sommet parvenait au ciel. Dans ce rêve, Hachem assurait Yaacov Avinou de le protéger durant son voyage chez Laban et de le ramener ensuite sain et sauf en Eretz Israël…

Après ce rêve prophétique, Yaacov avinou promet que si D.ieu maintient toujours Son nom sur lui (« Vehaya Hachem li lélokim »), alors en cet endroit sera un jour construite la demeure divine. Pour ce faire, il prélèvera une dîme de tout ce qu’il possédera.

Rachi explique l’expression « Vehaya Hachem li lélokim » dans le sens que Dieu assurera à Yaacov une descendance valable qui Lui sera fidèle : une descendance ne comportant en fait personne comme Ichmaël ou Essav !

Le Midrach (Beréchit Rabba 70, 6) approfondit le sens du terme « Vehaya » grâce à la paraphrase suivante : D.ieu a pris l’expression employée par les Patriarches et en a fait une clé de la délivrance pour leurs descendants. Hachem dit ainsi à Yaacov Avinou : « Tu as dit Vehaya Hachem li lélokim [en ce sens que Yaacov Avinou avait pris sur lui avec joie de servir Hachem]. Tu peux donc être sûr que tous les bienfaits dont Je comblerai tes descendants, Je les introduirai par ce mot Vehaya ». Ainsi avec le fameux verset « Vehaya bayom hahou yétseou mayim ‘hayim miyerouchalayim », (Zacharie 14, 8) : ce qui se réalisera à l’époque messianique où de nombreuses « eaux vives » jailliront de Jérusalem.

De même avec le verset d’Isaïe (27, 13) : « Vehaya bayom hahou yitaka bechofar gadol » – lors de la venue du machia’h, retentira alors le son du grand chofar sonnant le rassemblement de tous les exilés !

C’est D.ieu Lui-même qui nous réconfortera lors de la Délivrance ! Le Sfat Emet donne un éclaircissement fort intéressant de ce Midrach. La consolation qui nous vient de la part d’un être humain, dit-il, sert à apaiser quelque peu la douleur d’un deuil. Mais un tel réconfort ne peut jamais être complet. Or, lorsque c’est D.ieu qui apporte Sa consolation, il ne s’agit plus seulement d’« atténuer » une souffrance : ainsi nous montret- Il que tout ce qui nous semblait être un malheur, n’était en vérité que pour notre bien ! De même, lorsque adviendra la délivrance définitive, Hachem nous montrera que tous les malheurs que nous avons endurés à travers tous les longs siècles de notre exil en les vivant et les considérant comme de véritables malheurs, ne nous avaient en fait été envoyés que pour notre bien… Ce sera donc là une vraie consolation, entière et complète !

Quand le passé se transforme en avenir…

Le Séfer Or Guedalya explique quant à lui que le mot « Vehaya » se compose du vav « conversif » qui transforme un passé en futur, et de « haya » qui est au passé. Ainsi ce terme « Veh haya » est-il le terme le plus parfait pour annoncer que les événements qui ont été vécus au passé comme des malheurs, trouveront toute leur signification telle qu’elle se projette sur l’avenir messianique. Tout aura été pour le bien. Tout ce qui nous semblait être peines et souffrances était en fait une préparation à la délivrance définitive.

Dans la paracha Vaét’hanan (Devarc rim, 4,7), il est écrit : « Oumi goy gadol acher lo Elokim kerovim élav ! » [Existe-t-il un peuple dont le D.ieu est si proche, chaque fois que nous L’implorons] Il nous faut souligner qu’Elokim est le nom divin faisant référence à Sa justice et à Sa sévérité. Donc, même dans Sa justice et jusqu’aux événements les plus pénibles qu’Il nous envoie, Hachem reste proche de nous. En effet, toutes les situations difficiles émanent de la clémence de Hachem comme on ne le comprendra vraiment lors de la délivrance définitive.

Le sens caché de chaque chose…

Or, la qualité principale (midda) de Yaacov Avinou est la « vérité «, alors que pour Avraham Avinou, c’était sa bonté et pour Yits’hak Avinou, sa rigueur. Si bien que dans toutes les situations – même dans l’adversité la plus effrayante – , Yaacov Avinou percevra toujours la « vérité » : à savoir que le jour viendra où toutes ces difficultés seront bel et bien comprises comme des effets de la bonté même de Hachem ! L’expression « Vehaya Hachem li lélokim » s’en trouve donc à présent mieux éclairée : Hachem sera mon D.ieu, en exil comme au moment de la délivrance. Il n’existe là plus aucune contradiction en profondeur…

Nous voici invités à méditer sur les notions si profondes contenues dans cette « paracha de l’exil » afin de bien comprendre le sens des événements qui y sont relatés et de ne pas nous laisser prendre de panique par le déluge des informations et de l’actualité qui, sans Torah, sont à vrai dire complètement « informes ». Tandis que notre vérité, nous la trouvons bel et bien chez Yaacov Avinou, et chez tous nos maîtres.
Rav Hayim Yaacov Schlammé