Je l’ai rempli de l’esprit de Dieu, de sagesse et d’intelligence et de connaissance et de savoir-faire pour tout travail. (31, 3)

Pour celui qui reçoit directement de Hachem intelligence et savoir, toutes les autres habiletés comme l’art de fabriquer des ornements en or, en argent ou en cuivre, deviennent un jeu d’enfant ! Ainsi, les compétences que d’autres artistes mettent des années à acquérir à force d’études et de pratique ont été directement acquises chez Betsalel.

Un Juif « éclairé » qui se piquait d’être un spécialiste en grammaire hébraïque rendit un jour visite au Beith ha-Léwi. « Permettez-moi de vous poser une question, commença-t-il. Le Talmud (Sanhédrin 92a) se demande ce que signifie le verset (Michlei 30, 16) : « La tombe et la matrice stérile, la terre qui ne s’est pas rassasiée d’eau? » Quel rapport existe-t-il entre la tombe et la matrice ? C’est pour nous apprendre que, tout comme la matrice reçoit et rejette, la tombe, elle aussi, recueille et expulse. Cela pour réfuter l’opinion de ceux qui prétendent que rien dans la Tora ne confirme la résurrection des morts. »
Or, le verset cité mentionne trois choses : la tombe, la matrice et la terre.

Pourquoi le Talmud s’informe-t-il du lien entre les deux premiers, mais pas avec le troisième ? Pour quelle raison ne s’interroge-t-il pas aussi sur le rapport entre la matrice et la terre ?

La lettre waw utilisée comme conjonction sert à deux fonctions, répondit le Beith ha-Léwi. Elle peut constituer un simple lien entre des mots, comme lorsqu’on parle « des Hittites, des Emorites et des Jébusites », sans marquer aucun rapport particulier entre eux. Elle peut aussi indiquer un rapport plus profond, comme dans l’expression : « de sagesse et d’intelligence et de connaissance et de savoir-faire pour tout travail ». La syntaxe du verset dans Michlei montre aussi que le waw est utilisé pour signaler un rapport, puisque la tombe et la matrice sont associés par cette lettre, tandis que la terre ne l’est pas. »
En entendant cet éclaircissement, celui qui avait posé la question en est resté pantois. Il se croyait un grand grammairien, et son problème qu’il croyait difficile avait été résolu sans peine par le Beith ha-Léwi.
« Je m’étais attendu, confessa-t-il finalement, à ce que vous me donniez une réponse théologique ou analytique, alors que vous m’avez fourni une explication strictement grammaticale. Quand avez-vous appris les cheminements tortueux de la grammaire hébraïque ? L’avez-vous étudiée de manière systématique ? – Non. Je ne l’ai jamais fait, répondit le Beith ha-Léwi. Mais cette compétence, comme beaucoup d’autres, s’obtient automatiquement par ceux qui s’adonnent à l’approfondissement de la Tora.

Ce genre d’acquisition peut se comparer à la situation suivante : Un homme entre dans un magasin et y commande une grande quantité de marchandises d’un prix élevé. Le commerçant rassemble les articles, les emballe dans des boîtes en carton qu’il entoure d’une ficelle solide. Les autres clients présents, qui observent l’opération, constatent que le vendeur se fait payer les marchandises, mais pas les emballages.

Après le départ de l’acheteur, le suivant s’approche du commerçant et lui demande une pelote de ficelle dont il a besoin. On la lui apporte, mais en indiquant son prix. »Mais vous venez de donner à celui qui m’a précédé une grande quantité de ficelle, sans rien lui demander ! » s’offusque-t-il.
Le marchand éclate de rire : « Cela n’a aucun rapport ! Il m’a payé de nombreuses marchandises très chères, de sorte que, bien évidemment, je lui ai fourni l’emballage gratuitement. Mais vous qui ne m’avez rien acheté, vous ne pouvez avoir droit à un empaquetage gratuit ! »
Il en va de même pour nous, conclut le Beith ha-Léwi. La principale « marchandise » dans le monde est la Tora. Tout le reste n’est qu’emballage. J’ai chèrement payé pour l’acquérir, par ma sueur et par un travail acharné, ce qui m’a procuré les autres compétences sans devoir rien y investir. Tandis que vous, qui n’avez pas « acheté » la Tora, vous devez payer pour l' »emballage ».

Ce concept est clairement exprimé dans Michlei (31, 24) : « Elle a fait des chemises, et les a vendues ; et elle a donné des ceintures au marchand. » En d’autres termes, elle a vendu chèrement les chemises, en y ajoutant pour rien les ceintures. ».

Le Rema rapporte l’histoire suivante dans Torath ha-Ola : Venu à Jérusalem immédiatement après la destruction du premier Temple par Neboukhadnétsar (Nabuchodonosor), le grand philosophe grec Platon y rencontra le prophète Yirmeya sur le mont du Temple dévasté. Le coeur brisé, celui-ci se lamentait sur la perte de la ville.
« J’ai deux questions à vous poser, lui annonça Platon. D’abord, puisque vous êtes un Sage, pourquoi pleurez-vous sur des pierres et du bois ? En second lieu, n’est-il pas inconvenant de pleurer sur quelque chose qui appartient au passé ?
En tant que penseur, lui répondit Yirmeya, vous avez certainement beaucoup d’énigmes philosophiques que vous n’avez pas encore résolues.
C’est vrai, confessa Platon. J’ai de nombreuses questions auxquelles je crois que personne au monde ne peut répondre.
Posez-les-moi, dit Yirmeya, et je vous répondrai. »
Avec beaucoup de scepticisme, le philosophe soumit ses questions au prophète, lequel, à son grand étonnement, répondit à toutes. Abasourdi par ce discernement supérieur, Platon avait peine à croire qu’il était en présence d’un homme de chair et de sang.« Cette sagesse dans tous ces domaines, conclut le prophète, je l’ai recueillie de ces pierres et de ce bois que vous avez raillés ! »