TFILOT DE ROSH HASHANA 5781 et CORONA

 

Quels sont les consignes pour les offices de Rosh Hashana cette année? Comment s’organiser ?

Voici la réponse de Rav Wattenberg Chlita sur le sujet:

Différentes personnes, responsables communautaires comme simples fidèles, m’ont demandé comment fallait-il s’organiser pour les prières de Rosh Hashana étant donné la situation sanitaire.

J’ai systématiquement répondu en préambule que je sais que ma réponse ne va pas plaire et qu’elle ne sera pas suivie par nombre de fidèles, voilà pourquoi je ne voulais pas la diffuser ici.

Mais comme le Rav David Yossef de Jérusalem m’a téléphoné ce matin pour me donner son avis qui s’avère concorder avec le mien à 95% et qu’il me charge de le diffuser en son nom, je vais donc présenter ce qu’il m’a dit au téléphone en plusieurs points (en précisant par la suite notre point de divergence).

1) Faire au plus rapide ( לקצר כמה שיותר).
Au Beit Hamidrash de Rav David Yossef, ils vont prier en extérieur et malgré tout faire au plus rapide.

2) « Il faut bien comprendre que sur une prière qui dure 2 à 3 heures, il va y avoir un certain pourcentage du public qui va utiliser les toilettes, mais sur 5 heures, c’est la majorité qui va y passer ». Or, selon ce que des médecins ont dit à rav D.Y., la contagion est encore plus à craindre en utilisant les WC qu’en parlant avec quelqu’un qui n’aurait pas de masque.

[j’ajoute à cela que sur 5 heures de présence à la synagogue, il est évident qu’une grande partie du public va être amenée à rabaisser un peu son masque au moins une fois pour pouvoir respirer, c’est suffocant de rester masqué tout en parlant et récitant des prières. Une heure c’est possible, 2 ou 3 heures consécutives c’est très dur, mais 5h c’est quasi-impossible.]

3) C’est pourquoi il faut veiller à faire court et rapide.
Le Shema, ses brakhot et la Amida doivent être récités normalement, c’est ce qui constitue l’ossature et le Ikar de la Tfila, mais pour tout le reste, il faut se dépêcher, ne rien sauter mais ne rien chanter.
Il faut LIRE sans chanter du tout.

4) Aucun Mi Shebérakh.
Et si c’est trop difficile : faire UN seul Mi Shebérakh à la fin pour tout le monde.

5) La Kdousha devra être récitée SANS chanter, juste dire le texte, « בלי שום מנגינה ».

6) Si la synagogue est dotée d’une cour utilisable, il est préférable d’y tenir les offices (en veillant à ne pas déranger d’éventuels voisins).

7) Rav D.Y. ne fera pas de Drasha cette année à Rosh Hashana (mais ne dit pas qu’il faille l’interdire, à chaque rabbin de voir les besoins de sa communauté) et il se permet de faire durer la prière de sha’harit et Moussaf de Rosh hashana sur 4 heures en tout -shofar inclus (comme ils sont en extérieur, à l’air libre, il estime qu’il peut faire durer les offices 4h). Ils vont prier de 5h15 à 9h15.

8) Rav David Yossef a donc ajouté que je peux diffuser le contenu de notre discussion téléphonique et en son nom.

Son frère, Rav Its’hak Yossef, grand-rabbin d’Israël, a diffusé une lettre avec des recommandations pour les offices.

Lui ne m’a pas téléphoné, mais sa lettre se trouve ici : https://moreshet-maran.com/downloads/%d7%a0%d7%92%d7%99%d7%a3-%d7%94%d7%a7%d7%95%d7%a8%d7%95%d7%a0%d7%94-%d7%9e%d7%95%d7%a8%d7%a0%d7%95-%d7%94%d7%a8%d7%90%d7%a9%d7%95%d7%9f-%d7%9c%d7%a6%d7%99%d7%95%d7%9f-%d7%94%d7%a8%d7%91-%d7%99%d7%a6/

J’y souligne les points suivants :

1) Il est indispensable de porter le masque durant toute la prière

2) Il est indispensable de garder une distance de « plusieurs mètres » ( !)  entre chaque fidèle. [je crois que si on arrive déjà à respecter une distance de 2 m, c’est extraordinaire].

3) Il est indispensable d’ouvrir toutes les fenêtres de la synagogue (hélas de nombreuses synagogues en France en sont dépourvues ou presque… c’est un réel souci).

4) Répartir les fidèles en 2 minianim par salle, l’un commencera tôt (Hanets ha’hama) et se dépêchera de finir pour laisser la place au second. [je crois que cette directive, énoncée dans un plan global, ne concerne pas Rosh hashana où la prière semble trop longue pour pouvoir caser ainsi deux offices à la suite…]

5) Raccourcir les ventes des Mitsvot ainsi que les Mi Shebérakh.

6) Abréger les chants et Piyoutim, ne pas seconder le ‘Hazan comme on le fait d’habitude pour les fins de phrases.

7) Etre très bref dans la Drasha précédant le Shofar, se contenter de rappeler les points halakhiques nécessaires.

8) Ne dire qu’une seule fois (et non sept) le Mizmor qui précède les Tkiot.

9) Sauter (=ne pas dire) le Leshem Yi’houd. Dire seulement Viyehi Noam et sonner.

10) On veillera à s’éloigner physiquement du Tokéa au moment des sonneries.

11) Les femmes ne sont pas tenues d’aller à la synagogue et on pourra organiser pour elles des sonneries de Shofar en après-midi.

Le point de divergence essentiel que j’ai avec Rav David Yossef est qu’il préconise de ne pas chanter du tout afin de tout pouvoir réciter/lire.
Pour ma part, je pense qu’il est préférable de sauter certains passages (comme l’écrit aussi son frère rav Its’hak) afin de permettre au Tsibour de pouvoir chanter -sans traîner- les passages importants.

Il faut savoir qu’il y a énormément de Piyoutim qui sont très tardifs, qui n’étaient pas du tout récités par les les Tanaïm et Amoraïm ni même par les Rishonim.
Ils ne constituent pas à proprement parler la prière, ce sont des ajouts.
Ils ne sauraient donc être indispensables ou rédhibitoires.

J’estime qu’il est préférable d’en sauter une partie (il faudrait aussi établir un ordre de priorité, on ne sautera pas n’importe quel passage) afin de pouvoir en dire une autre partie avec le Nigoun et ne pas transformer la prière de Rosh hashana en course contre la montre où l’on s’efforcerait de lire rapidement des tas de textes sans prendre conscience de ce que l’on dit.

De manière générale, chaque année, je trouve que la prière de Rosh Hashana est trop longue. A peine l’office « matinal » terminé, on rentre manger le repas de « midi » (ou plutôt le quatre heures), suivi du Birkat Hamazon et il faut déjà retourner à Min’ha.

Certains trouvent que c’est bien, que ça rend la journée plus spirituelle.
Pour ma part, je trouve que c’est très négatif au niveau spirituel, cela empêche quasiment d’étudier en cette journée si importante où l’on ne fera que prier, manger et courir.
Et puis Rosh Hashana est (-à l’origine du moins) un jour festif, or nous sommes en train de le transformer en une sorte de Yom Kippour avec un break pour casser la croûte vers 16h.

S’il est difficile de faire entendre ce message auprès des personnes qui se sentent (étrangement) très bien dans leur peau après avoir passé toute une journée sans Limoud hatorah, il convient tout de même de tirer la sonnette d’alarme lorsqu’il y a -en plus- un danger de contamination accentué par la longueur des offices.

Voilà pourquoi, à mon sens, il conviendrait d’écourter les Piyoutim et ajouts tardifs de la Tfila, se concentrer sur l’essentiel de la prière et sauter certains passages ajoutés notamment dans la ‘Hazara.
[je parle pour le Nossa’h Ashkenaze où l’on ajoute énormément de textes dans la ‘Hazara, les Yotsrot.
Et il faut remarquer que -chaque année- on en saute plusieurs de toute façon.
Quasiment personne ne les récite tous, ça prendrait un temps fou -à moins de se résoudre à les lire en mode TGV (Tfila Grande Vitesse), c-à-d à sacrifier la kavana ou au moins l’émotion, afin de pouvoir réciter des formules comme s’il s’agissait de formules magiques.]

Le Rav Mena’hem Mendel Shafran (Rosh yeshivat Noam Hatorah à Bnei Brak, Possek et Av Beit Din pour Dinei Mamonot à Jérusalem et Dayan au Beit Din de Rav Belinow de Kfar ‘Habad -il est lui-même ‘hassid Gour) estime que l’on peut écourter voire sauter ces Yotsrot, même s’il flaire -tout comme moi- qu’il ne va pas être écouté (-mais à tort-) par de nombreux fidèles qui tiendront tout de même à réciter une partie des Yotsrot.
Voici ses mots : « אפשר לקצר ביוצרות או לא לאומרם כלל. אבל חושבני שהציבור לא יוותר על חלק מהיוצרות שהש »ץ אומר בנעימה.»

Pour ma part, je pense qu’il est bon de dire une partie des Yotsrot, mais qu’il ne faut pas en réciter autant que chaque année, ni à la même cadence où le ‘hazan déclame une phrase (ou en la chantant longuement) et le Tsibour attend qu’il la finisse (en savourant la mélodie) avant de la répéter à son tour très lentement…

Pour Avinou Malkénou, il existe différentes modalités de récitation qui peuvent faire varier sa durée du simple au quintuple.
Certains Sfaradim répondent seulement Amen à chaque phrase au lieu de tout répéter.
Ceux qui répètent tout peuvent commencer en même temps que le ‘Hazan sans attendre qu’il finisse. Et enfin les mélodies varient beaucoup… (selon Rav D.Y. on récitera le texte sans mélodie et sans chanter)

Je dirais aussi de sauter le Leshem Yi’houd (comme l’indique rav Its’hak Yossef, bien qu’il ne faille pas y voir un impératif car ça n’est pas non plus un gain de temps majeur), lorsque c’est fait Leshem Yi’houd Hashem, ça ne peut pas être répréhensible.
D’autant que c’est aussi un ajout tardif qui ne saurait aucunement revêtir un caractère obligatoire.

Pour les Mi Shebérakh et Cie (prières pour les donateurs au moment de l’ouverture du Heikhal qui peut durer 25 minutes…), il est évident que c’est un véritable problème chaque année (et chaque shabbat) au titre de Tir’ha Detsiboura et je pense même en tant que Bitoul Torah.

Il faut donc s’en débarrasser autant que possible, comme l’ont indiqué les deux fils de Rav Ovadia Yossef.

Idem pour les ventes, c’est déjà terriblement problématique sur le plan Halakhique (le Yaabets voulait annuler les ventes et les Mi Shebérakh chaque shabbat), il serait souhaitable cette année au moins de faire l’impasse dessus afin de gagner 30 minutes voire plus.
Si la synagogue ne peut pas se le permettre financièrement (car c’est souvent sur ces ventes qu’elle vie), c-à-d que dire aux fidèles qu’on ne fera pas de ventes ne suffira pas pour les entraîner à faire des dons d’eux-mêmes, dans ce cas, on veillera à écourter tout de même au maximum.
Quitte à prévenir à l’avance que les ventes seront expéditives et que le Tsibour est prié de participer rapidement et ne pas se faire désirer.

La Kriat hatorah peut se lire deux à trois fois plus lentement en fonction des habitudes et de la cadence. C-à-d qu’une lecture de 10 minutes peut en durer 30 si le lecteur traîne et fait entendre sa belle voix.

Je suis pour proposer aussi un programme de Limoud pour combler le temps gagné sur la prière. Cette étude se tiendrait en des lieux et horaires divers et il ne s’agit pas de tous se rassembler comme lors de la Tfila, sinon, on retombe sur le même problème.

Je rappelle encore que tout ceci s’applique même lorsqu’on peut respecter les distances de sécurité de 150cm ou 2m entre les fidèles (et selon Rav Its’hak Yossef il s’agirait de plusieurs mètres !), il faudra malgré tout faire rapidement (Rav David Yossef le fait alors qu’ils prient en extérieur !).

Hélas, je devine -et je redoute- la situation de nombreux Minyanim où il sera impossible de respecter vraiment 2m systématiques de distance.
Dans ce cas, il faudra encore plus veiller au port du masque et à raccourcir les prières.

Mais comme je ne pense pas qu’il y aura une communauté qui m’écoutera totalement, je n’entre pas trop dans les détails des passages qu’il convient ou non de sauter ni à quelle cadence il faut mener la prière, que chacun voie avec son rabbin ce qu’il convient de faire.
Si le rabbin est d’avis de ne rien changer et de prier aussi longuement que possible, vous pouvez lui montrer ce texte et l’avis des trois rabbanim cités (Rav David Yossef, Rav Its’hak Yossef et Rav Mendel Shafran), mais s’il dit qu’il reste malgré tout sur sa position, c’est lui qu’il faut écouter, car personne ne connait mieux les besoins spirituels d’une communauté que son propre rabbin.

Shana Tova Oumetouka
תכלה שנה וקללותיה
תחל שנה וברכותיה
תכתבו ותחתמו לחיים טובים ולשלום

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