L’année dernière, nous nous sommes entretenus ensemble de ce que Chavouoth, en tant qu’anniversaire de la Révélation au Mont Sinaï, fournissait à l’éducation juive toute sa substance, tout son contenu, à savoir l’étude de la Tora et la pratique des Mitsvoth.

Cette année, essayons d’examiner ensemble un détail de l’immense fresque que constitue Matane Torah, la Révélation au Sinaï. Nos Sages rapportent dans la guemara Zevahim (11/1) que lorsque Hachem a donné la Tora à Israël, la voix de Hachem s’est fait entendre d’une extrémité à l’autre du monde. A tel point que tous les rois du monde en ont tremblé dans leurs palais, ainsi qu’il est dit (Tehillim (29/9) « Ouveheyhalo koulo omer kavod » «Dans son palais – le palais de chacun des rois – tout proclame la gloire de Hachem». Puis, les rois se sont réunis en conférence au sommet sous la présidence de leur prophète Bilame, afin d’entendre le commentaire de ce dernier pour expliquer la nature de cette clameur qu’ils avaient perçue. Ils ont fait part, en effet, de leur crainte qu’un nouveau déluge ne s’abatte sur le monde. La totalité des medias de l’époque s’était fait l’écho de ces soucis, et contribua à répandre la panique dans tous les peuples. Mais Bilame rassura les rois, en leur disant « Hachem Oz leamo yitèyne » Simplement, c’est «Hachem qui donne la puissance à Son peuple.» Il donne la Tora à Israël. Alors, les rois, apparemment soulagés, s’écrièrent «Hachem yevarèh èt amo vachalom» « Hachem bénit Son peuple par la paix.» Et certainement les medias publièrent ensuite de gros titres pour rassurer le monde et faire oublier les nouvelles alarmantes de leurs gros titres de la veille.

Certes, les rois qui se sont réunis chez Bilame ne se comportaient pas toujours entre eux comme de grands amis. Loin de là. Mais Rav Meyer Schapiro z.ts.l. de Lublin, explique que, quelquefois, c’est la frayeur et la panique, suscitées par un danger qui plane sur eux tous, qui réunit ceux qui avaient l’habitude de s’affronter dans des guerres interminables. Comprenons bien qu’une telle paix, celle qui est provoquée par la peur, n’est pas une paix véritable. Le prophète Yechaya (Isaïe) parle d’une paix dans laquelle le loup se trouverait paisiblement avec l’agneau. Un exemple de cette situation s’est présenté dans l’arche de Noah, dans l’atmosphère de la crainte qu’inspirait le déluge. La peur empêchait les bêtes féroces d’agresser les bêtes domestiques. Mais, dans le peuple d’Israël, on ne place pas son espérance en une paix pareille. Car ce n’est pas une paix véritable.

En fait, que s’était-il passé? C’est qu’au moment où Israël a reçu la Tora, l’unanimité dans notre peuple était tellement parfaite, que la Tora conjugue au singulier le verbe vayihane, dans le verset « Vayihane cham Israël » «Israël campa là-bas.» Non pas campèrent, mais campa. Ainsi donc, notre peuple fut un exemple extraordinaire de bonne entente collective, lorsqu’il reçut la Tora. Comme nous l’indiquent nos Sages, ils étaient tous comme un seul homme, d’un seul coeur.

Lorsque les autres peuples eurent vent de cette atmosphère d’entente merveilleuse et d’unité parfaite qui régnait en Israël, ils se sont dit que probablement il doit y avoir un danger extraordinaire, devant lequel la peur soude les gens, et les unifie. A force de penser que l’unité en Israël était issue de la peur, de la panique, ils paniquèrent tous et se réunirent d’urgence chez Bilame. Ils se disaient que peut-être un nouveau déluge ou un autre cataclysme de portée mondiale les attend. Ils ont sûrement interrogé avec insistance la météo…

Mais la réponse qu’ils reçurent de Bilame fut que l’unité d’Israël n’était pas fausse, ni inspirée par une peur. Elle était authentique, et inspirée par le don de la Tora par Hachem. Or, la Tora unifie Israël en une union authentique, pas de façade, mais pleine de sincérité. Le but commun de faire un monde dans lequel la royauté de Hachem serait acceptée de tous, réunissait et unifiait tout Israël dans un enthousiasme admirable. Très impressionnés par ce commentaire de l’actualité qu’ils venaient d’entendre de la bouche de Bilame, les rois s’écrièrent «Hachem yevareh et amo vachalom» Hachem bénit Son peuple par la paix nous n’avons pas de malédiction à craindre, ni déluge, ni autre. Au contraire, la Tora apporte au monde une ère de bénédiction et de paix.

Le Rabbi de Piltz, Rabbi Pinhas Menahem Elazar, dans son ouvrage Siftey Tsadik, rappelle le chemin qu’Israël a parcouru pour se rapprocher de Hachem et recevoir la Tora au Sinaï. Ceci nous apprend qu’à notre tour, nous devons faire du chemin, afin de parvenir à notre part de Tora. Quel chemin. Non seulement le trajet géographique des autostrades reliant Raamses en Egypte au désert du Sinaï. Mais surtout le chemin qui nous rapproche de Hachem! Vous avez deviné que c’est celui qui, sur les panneaux des autoroutes, indique la direction vers «Techouva» , le retour vers Hachem. Aucun chemin ne mène vers Hachem, sans passer d’abord par Techouva.

Plus précisément, Hachem a chargé Moché Rabénou d’annoncer au peuple qu’en acceptant la Tora, Israël devenait un royaume de prêtres, «mamléheth cohanim» ce que Rachi explique par le mot «sarime», des princes. A ce sujet, Rabbi Chemouel, auteur du Chem Michemouel, précise bien qu’il ne s’agit pas d’être des princes qui imposent leur autorité à d’autres, pour en faire leurs vassaux. De toute façon, Israël n’a jamais caressé un tel désir, ni nourri pareille ambition. Il s’agit pour chaque personne en Israël d’exercer son autorité sur sa propre personne. Nous parlons ici de princes qui se maîtrisent parfaitement, et qui imposent leur volonté à leurs défauts de caractère, jusqu’à les faire reculer, puis disparaître. C’est ainsi qu’en Israël, on parvient à un comportement véritablement princier. C’est d’une majesté qui ne porte pas la moindre trace d’orgueil. Au contraire, elle est toute faite de la modestie, inspirée par la conscience que l’on a prise de la grandeur de Hachem.

A l’occasion de Chavouoth, reportons-nous aux documents historiques de l’époque de Mattan Tora. Référons-nous aux medias à la solde de Bilam, et imprégnons-nous de l’importance du sentiment de l’unité d’Israël, autour de la Tora. Nous aurons alors vraiment une merveilleuse fête de Chavouoth.

Par Rav Hayim Yacov Schlammé