Les sacrifices se divisent en trois catégories générales : les sacrifices de bêtes – gros ou menu bétail –, les sacrifices de volailles, et les ména’hot qui englobent à la fois les oblations (offrandes à base de farines) et les libations (à base de liquides, généralement du vin).

Le Talmud nuance cependant cette classification en énonçant : « Il est dit au sujet des sacrifices de bêtes : ‘Combustion d’une odeur agréable [Réa’h Ni’hoah] pour l’Eternel’ ; il est dit au sujet des sacrifices de volaille : ‘Combustion d’une odeur agréable’ et au sujet des ména’hot : ‘Combustion d’une odeur agréable’. Ceci nous apprend que celui qui offre peu n’est pas moindre que celui qui offre beaucoup, l’essentiel étant que l’intention soit vouée au Ciel » (Ména’hot 110/a).

En réalité, le principe énoncé par cette michna est évident : il n’y a fondamentalement aucune différence entre un sacrifice de grande valeur et une offrande modeste. Comme l’annonça le prophète Michée : « Comment puis-je aller au-devant de l’Eternel ? (…) D.ieu voudra-t-Il de mille boucs, de myriades de torrents d’huile » (6, 6-7). Car lorsqu’un homme ne peut pas offrir davantage qu’un don minime – simplement parce qu’il n’en a pas les moyens –, son offrande n’est pas moindre aux yeux de D.ieu que le trésor offert par une personne riche, à partir du moment où leur intention est pure.
D’après le Bet Yossef (Ora’h ‘Haïm 1), la même règle s’applique à la prière, ce qui l’amène à trancher dans le Choul’han Arou’h : « Mieux valent quelques courtes prières prononcées avec ferveur, que de nombreuses prières dites sans intention ». Le Taz précise que cette décision survient dans le cas particulier où la multiplication des prières interfère avec la ferveur ; si l’on doit choisir entre la quantité et la qualité, il faudra opter pour des prières prononcées avec conviction, plutôt que pour de longues récitations dénuées de cœur.
Ne pas perdre l’objectif de vue
On rapporte au nom de rabbi Bounam de Pchis’ha une approche légèrement différente de cette décision : d’après lui, le Choul’han Arou’h vient ici mettre en garde celui qui se repose sur les nombreuses prières qu’il prononce, pour se permettre de diminuer la ferveur qui les accompagne. En effet, nous avons parfois tendance à nous permettre quelques absences de concentration, en les « compensant » par des prières plus longues que de coutumes. La Hala’ha insiste donc sur le fait que ce calcul est totalement erroné : seule l’intention compte dans une prière, et rien ne pourra jamais s’y substituer.
Dans la suite de cette pensée, le Sfat Emet rapporte une parabole mettant en relief l’importance de la qualité face à la quantité : deux hommes doivent entreprendre un long voyage vers une même destination, mais chacun décide d’emprunter un chemin différent. Le premier ne rencontre aucun obstacle sur sa route et arrive à destination rapidement et sans encombre. Quant au second, sa route s’avère longue, difficile et semée d’embûches. Mais au final, il arrive lui aussi à bon port.
Si l’on examine la situation de ces deux hommes a posteriori, il s’avère que tous deux se trouvent à l’endroit où ils doivent être. Il en va de même de nos actions : certains offrent à D.ieu de grandes sommes, s’épandent en de longues prières, d’autres, qui n’en ont pas les moyens, doivent se contenter de contribution beaucoup plus modestes ; mais au final, tous atteignent le même objectif, car l’essentiel est de se rapprocher du Créateur par la ferveur et la pureté du cœur qui accompagnent nos actions.
Deux approches du service divin
D’ailleurs, le Sfat Emet écrit à ce sujet que bien qu’il faille généralement aspirer à toujours progresser dans notre quête spirituelle, certaines circonstances exigent au contraire une certaine réserve, et éviter de « forcer » le passage.
C’est ainsi, explique-t-il, que Moché notre maître, quelle que fût la grandeur de son niveau spirituel, qui aspirait plus que tout homme à se rapprocher de son Créateur, ne pénétra pas dans le sanctuaire aussitôt l’œuvre du Tabernacle finie. Il attendit d’y être convié par un appel divin : « L’Eternel l’appela »… Même si cette retenue peut paraître, a priori, comme une forme de flegme à l’égard du service divin, il s’agit en fait de l’expression d’une profonde crainte du Ciel, par moins importante que la plus ardente des ferveurs (cf. Sfat Emet sur Vaykra 5642).
Le Chem Michmouel raconte que, dans son enfance, il questionna un jour à son père, l’auteur du Avné Nézer, au sujet de la prière où l’on dit : « Tous [ces anges] acceptent le joug de la Royauté divine l’un de l’autre ». Que signifie pour un ange « accepter le joug divin », alors que toute son essence et sa nature ne sont que réalisation de la volonté de D.ieu ? L’Avné Nézer lui avait expliqué que chez les anges, le ol mal’hout réside en cela qu’en dépit de leur volonté de s’élever, ils ne cherchent pas à voir et à saisir davantage que ce que leur rôle leur impose.
Tout ceci exprime l’idée que « D.ieu ne recherche que la sincérité du cœur », et que quelles que soient les « quantités » engagées à Son service, c’est finalement la qualité qui prime.Par Yonathan Bendennnoune,hamodia.fr