Dès son plus tendre âge, Yaacov consacrait déjà son existence à l’étude de la Torah. Pourtant, avant de partir fonder chez Laban les futures douze tribus d’Israël, il eut à cœur de passer encore quatorze années dans la maison d’étude de Chem et Ever qu’il voua à cette cause au point de ne pas même s’accorder quelques heures de sommeil… (voir Rachi Béréchit, 28, 12).

Conscient du fait qu’il se dirigeait vers un tournant majeur dans sa destinée – c’est-à-dire à l’édification de la future nation juive –, Yaacov comprit que cela ne pourrait se faire convenablement que sur des bases solides, dont la pierre angulaire serait justement l’étude de la Torah.
En agissant de la sorte, Yaacov lança un message aux générations futures auxquelles il enseigna qu’un foyer juif ne peut trouver son véritable équilibre que sur les bases de l’étude de la Torah.

 

L’étude dans la joie

Juste auparavant, après que Yaacov ait reçu les bénédictions de son père It’shak, Essav envisage carrément de le tuer : « Le temps du deuil de mon père approchant, je pourrais alors tuer Yaacov mon frère ! », (Béréchit, 27, 41).
De nombreuses explications furent avancées pour comprendre pourquoi Essav tenait tant à attendre le décès d’Its’hak pour mener ses projets à bien. L’une d’elles, fort intéressante, est énoncée dans le Targoum de Yonathan ben Ouziel : Essav savait que tant que Yaacov se consacrerait à l’étude de la Torah, il n’aurait aucune possibilité de l’atteindre. C’est pourquoi il choisit d’attendre les jours du deuil d’Its’hak – pendant lesquels la hala’ha interdit que l’on se consacre à l’étude de la Torah – pour concrétiser ses projets…
Le Bet Israël s’interrogea sur cette réponse : nous savons pourtant que, bien que l’étude de manière générale soit interdite pendant la période de deuil, certains thèmes peuvent encore être étudiés. C’est notamment le cas des lois spécifiques au deuil et de tous les textes liés à ce sujet. Par conséquent, que valaient les sombres calculs d’Essav, attendu que jamais son frère ne se dessaisirait de sa chère étude ?
Selon ce maître, il nous faut en conclure que bien que l’étude de ces thèmes soit autorisée pendant le deuil, la joie qui l’accompagne est quant à elle proscrite. Or, une Torah dénuée de cette joie nécessaire perd de son authenticité et de son pouvoir protecteur.
De fait, nos Sages établissent à 48 le nombre des dispositions incontournables pour l’étude de la Torah : « La crainte, la modestie et la joie (…) », (Pirké Avot, 6, 7). Rachi explique cet impératif du fait que « la Présence divine ne se manifeste que dans un climat de joie ». Il s’avère donc qu’une étude dépouillée de ce sentiment ne mérite pas d’être accompagnée par la Présence divine et elle ne peut donc protéger celui qui s’y adonne.

 

Les préceptes de D.ieu réjouissent le cœur !

En réalité, l’ensemble des mitsvot de la Torah doivent être impérativement réalisées dans la joie, comme on le déduit de ce verset : « Parce que tu n’auras pas servi l’Eternel ton D.ieu dans la joie et le contentement de cœur », (Dévarim, 28, 47). Pourtant, l’étude de la Torah est encore plus spécifiquement marquée sur ce point puisque pour la mener à bien, l’impératif de la joie doit l’accompagner encore davantage. En témoigne cette sentence du Midrach : « La Torah et la joie sont deux sœurs qui ne peuvent être dissociées, car ‘les préceptes de D.ieu sont droits, ils réjouissent le cœur’ (Psaumes 19, 9) ».
Dans le commentaire Roua’h ‘Haïm (du rav ‘Haïm de Volhozin), une autre perspective est mise en lumière : « De plus, la Torah est considérée comme le ‘divertissement’ [chaachoua] du Saint béni soit-Il, et de ce fait, chacun doit se réjouir d’elle ».
A cet égard, on ne sera pas étonné d’apprendre du même enseignement des Pirké Avot que celui qui étudie la Torah de manière désintéressée mérite « de réjouir D.ieu et de réjouir les créatures », dans la mesure où il se révèle être à lui seul un faisceau de joie et de bonheur qui se reflète sur tout son entourage.

Goûtez et voyez…

Bien plus : la Torah doit être étudiée dans une volonté d’acquérir la plénitude spirituelle. Nos Sages se sont en effet exprimés avec la plus grande rigueur envers ceux qui ne se consacrent à cette étude que dans le but de s’enrichir intellectuellement. On peut notamment lire ces mots dans le commentaire du Maharal de Prague (Dére’h ‘Haïm sur les Pirké Avot) : « La joie est une qualité de première importance, car lorsqu’un homme éprouve de la joie, c’est qu’il est en phase de plénitude, et c’est ainsi qu’il peut recevoir la Torah, car elle conduit l’homme à la perfection. Mais lorsque l’homme souffre, c’est qu’il éprouve un manque, et il ne peut recevoir la Torah qui est synonyme de perfection. Le principe qui en résulte est donc que cette substance de perfection divine – à savoir la Torah – ne peut échoir à l’homme que s’il connaît la joie, qui constitue la perfection de l’âme humaine ».

 

Que nous nous réjouissions dans l’étude !

La joie étant une composante si essentielle dans l’étude de la Torah, nous implorons D.ieu chaque jour, avant la lecture du Chéma, de nous prêter assistance sur ce point.
Comme son nom l’indique, cette bénédiction clame « l’éternel amour » que D.ieu nous porte et qui s’exprime par le Don de la Torah. A cet égard, nous L’implorons de nous prendre en pitié et de nous laisser « nous réjouir et nous délecter dans les paroles de la Torah ».
Adapté par Y. Bendennoune à partir d’un article du rav Moché Reiss pour Hamodia en hébreu