De prime abord, tout sépare Avraham de son neveu Lot.
Pourtant arrivés ensemble en terre de Canaan, ils vont d’emblée choisir deux voies et deux mondes diamétralement opposés. Alors que Lot s’installera derrière les murailles de Sodome, Avraham plantera sa tente au cœur du pays et l’ouvrira aux quatre vents.
Alors que Sodome se distingue par son mépris des valeurs, par son égoïsme et son rejet systématique de tout étranger, Avraham, champion de l’hospitalité et du ‘Hessed n’hésitera pas à accueillir, à 99 ans et au lendemain de sa Brit-mila, des visiteurs ismaélites. Alors que Lot, le matérialiste, ne se préoccupe que de son propre sort, Avraham, pionnier du spiritualisme osera interpeller D.ieu pour qu’Il sauve les quelques justes de Sodome.
Pourtant, en consultant la parachat Vayéra, impossible de ne pas s’étonner de l’accueil que Lot va réserver aux deux anges-visiteurs qui viennent le prévenir de la destruction imminente de la ville. Bien qu’il soit devenu, selon le midrach, juge de Sodome, Lot va recevoir ces invités avec une chaleur proche de celle de son oncle: lui aussi se tient à l’entrée de la ville, lui aussi se prosterne à terre, invite ses visiteurs à se laver les pieds et leur prépare un repas copieux !

Rachi explique cet apparent paradoxe : à peine Lot a-t-il aperçu ces visiteurs que la vertu de bonté dont il avait été imprégné lorsqu’il fréquentait Avraham a rejailli, le poussant à se comporter envers son prochain comme son oncle l’avait toujours fait. De facto, Lot a alors fait abstraction de sa culture d’adoption pour accorder la priorité au ‘hessed d’Avraham. Il s’agit là d’une formidable leçon d’éducation. Même dans les profondeurs de l’assimilation, il existe à l’intérieur de chaque Juif une étincelle qui lui rappelle ses origines. Et que même si Lot est loin d’être la personnification d’un juste, il n’en demeure pas moins que cette notion de ‘hessed puisée chez Avraham aura été si puissante qu’elle rayonnera, de nombreuses générations plus tard, dans le cœur de son illustre descendante, Ruth la Moabite, mère de la royauté d’Israël…
Par Daniel Haïk  Avec l’accord exceptionnel d’Hamodia-Edition Française