Dans la ville de Buczacz en Galicie, des étudiants israéliens du collège académique Herzog ont découvert avec beaucoup d’émotion, la semaine dernière, la tombe d’Esther Czaczkes, mère du célèbre écrivain juif religieux Shmouel Yossef (Shaï) Agnon.

Né en 1888 en Galicie (actuellement l’Ukraine), qui faisait alors partie de l’empire austro-hongrois, Agnon est monté en Israël en 1908 mais a ensuite émigré en Allemagne pendant 12 ans avant de retourner en Terre Sainte où il a vécu jusqu’à son décès en 1970. Il a reçu le prix Nobel de Littérature en 1966. Ses nombreux ouvrages avaient essentiellement pour source la littérature juive religieuse, dont le Tanakh, les écrits des H’azal et les histoires hassidiques.

Les jeunes qui ont trouvé la tombe de la mère d’Agnon font partie d’une délégation dépendant d’une association du judaïsme de Galicie et de Bucovine, qui effectue des recherches dans les cimetières juifs de l’ouest de l’Ukraine. Ces deux dernières années, ils ont concentré leurs efforts sur celui de Buczacz, ville où Agnon a vu le jour et qu’il décrit souvent dans ses œuvres littéraires.

Le groupe, dirigé par le Dr Boris Haimowitz, et l’historien Ilya Luria, a été très ému de voir la pierre tombale dissimulée par la végétation, à quelque distance de la tombe du père d’Agnon, Shalom Mordeh’aï Czaczkes, décédé en 1913, quatre ans après son épouse.

Cela fait plus de dix ans que l’association du Judaïsme de Galicie et de Bucovine envoie des délégations pour effectuer des recherches de patrimoine dans les cimetières juifs de l’Ouest de l’Ukraine. Les travaux dans celui de Buczacz ont été effectués en partenariat avec le collège Herzog, avec l’aide active de ‘l’European Jewish Cemeteries Initiative’ (ESJF). Dans le cadre de ce programme, les étudiants consacrent un semestre entier de leurs études à la Galicie et aux cimetières juifs qui s’y trouvent en vue de travaux de recherches sur le terrain.

Esther Czaczkes a quitté ce monde le 11 Nissan 5669 (1909), moins d’un an après le départ de son fils en Terre Sainte. Agnon n’a pas assisté aux obsèques de sa mère et il en aurait été affecté pendant de longues années. D’après les écrits historiques sur sa vie, ce ne serait qu’en 1913 qu’il a pu aller visiter sa ville natale et se recueillir sur la tombe de la défunte.

La découverte de la pierre tombale de la mère d’Agnon a permis d’apprendre certains faits jusqu’alors ignorés: on sait désormais, par exemple, qu’elle est décédée très jeune, à l’âge de 43 ans, apparemment d’une maladie de cœur. On suppose que l’épitaphe gravée sur sa tombe a été réalisée par son mari, qui était un homme très discret.

Claire Dana-Picard