« Ce fut, comme Isaac était vieux, et que sa vue était troublée, il appela Esaü, son fils aîné? » ( Berèchith 27, 1). De nombreuses explications ont été proposées de la cécité d’Isaac.

Isaac avait réclamé à Hachem l’octroi de souffrances physiques, en arguant : « Si l’homme meurt sans souffrances, son jugement s’exercera contre lui dans l’au-delà dans toute sa rigueur. Mieux vaut qu’il expie sur terre grâce à ses souffrances. » Hachem lui répondit: « Ta demande est justifiée et Je commencerai par toi » ( Berèchith rabba 65).

Au jour du jugement dernier, ajoute la ?Hafets ?hayyim , les fautes de l’homme peuvent l’emporter sur ses mérites et le verdict peut entrainer sa condamnation. Les souffrances physiques, qui ont un effet expiatoire, peuvent alors faire pencher la balance de la justice en faveur de l’homme.

Rachi cite néanmoins d’autres explications du Midrach concernant la cécité d’Isaac :

Sa vue était troublée par la fumée (des offrandes idolâtres) des femmes d’Esaü (auxquelles est fait allusion au verset précédent). Et encore : Lorsqu’Isaac avait été lié sur l’autel, au moment où son père s’apprêtait à l’immoler, les cieux se sont ouverts, les anges attachés au service de Hachem l’ont vu, ils ont pleuré, leurs larmes ont coulé et sont tombées dans les yeux d’Isaac. Depuis lors, il avait la vue faible. Cette interprétation allégorique nous rappelle que l’infirmité d’Isaac date du moment de son sacrifice volontaire au Mont Moria. Hachem avait refusé le don de sa personne. Mais en le rendant infirme, Il lui a montré qu’il avait accepté le sacrifice d’amour que le patriarche avait résolu de lui offrir.

Enfin, le Midrach Tan’houma ( Toledoth 8) évoque un motif qui fait apparaître la cécité d’Isaac comme une conséquence de sa propre faute. Il se réfère à la défense: « N’accepte point de présents corrupteurs; car la corruption trouble la vue des clairvoyants… » ( Chemoth 23, 8). Or, Isaac accepta des présents de son fils impie : le gibier et les ragoûts qu’il aimait (verset 4). Ils le corrompirent, en sorte que « sa vue se troubla ». Cette explication du texte renferme l’idée qu’Isaac était devenu aveugle à l’égard de son fils Esaü. Cette phrase au début de l’histoire qui suit, indique ainsi nettement la cause profonde de la préférence injustifiée du Patriarche pour Esaü. Elle jette une lumière sur l’appréciation par la Tora de la conduite d’Isaac vis-à-vis de ses enfants.

Quoi qu’il en soit, l’infirmité d’Isaac s’avéra être un bienfait pour Jacob qui sans elle n’eût point bénéficié des bénédictions de son père. En l’occurrence, Hachem traita Isaac comme un médecin traite un malade, à qui il est défendu, en dépit de son vif désir, de boire du vin. Le médecin ordonne, afin de l’apaiser, de lui donner dans l’obscurité de l’eau chaude qu’on lui fera passer pour du vin ( Berèchith rabba 65). (En raison de sa cécité, Isaac confondit Jacob et Esaü.)

(D’après le rabbin Elie Munk [ La voix de la Thora vol. I, p. 276]).

Jacques KOHN