Peu avant son décès, Yaacov rassembla ses douze fils et leur offrit une bénédiction, inspirée par l’Esprit divin, qui se perpétuerait à travers les générations.

À son quatrième fils, Yéhouda, Yaacov déclara : « Yéhouda, tu es un jeune lionceau » (Béréchit 49, 9) – lui attribuant par ces mots une vigueur semblable à celle du lion. Yaacov expliqua cette comparaison en rappelant que « mon fils s’est sorti des griffes du prédateur » – lors de la vente de Yossef, Yéhouda avait annoncé à ses frères – les « prédateurs » – qu’il refusait de prendre part à son exécution. C’est d’ailleurs sous son impulsion qu’il fut finalement décidé de seulement le vendre.
Par cette bénédiction, Yaacov rappela que l’unique force véritable est celle qui se manifeste intérieurement, par laquelle un homme est capable de surmonter ses désirs et ses pulsions. La vraie force consiste à résister autant à l’influence extérieure qu’à celle de son cœur, et de n’agir que selon ce que la raison dicte.
Dominer son penchant
C’est au sujet de ce type particulier de force que la michna parle lorsqu’elle affirme : « Qui est l’homme fort ? Celui qui domine son penchant » (Maxime des Pères 4, 1). Pour preuve, la michna rapporte un verset explicite allant en ce sens : « Qui résiste à la colère l’emporte sur le guerrier, qui domine ses passions surpasse le conquérant d’une ville » (Proverbes 16, 32).
Le Midrach Chmouel explique qu’à la différence d’un guerrier, l’homme qui domine ses passions est pourvu d’une force morale et intérieure, et non de capacités physiques. Or, est-il encore nécessaire de rappeler combien, chez l’être humain, les valeurs morales priment l’aspect physique et corporel ?
Le Sfat Émet poursuit cette idée en notant que chez le guerrier puissant, capable de vaincre et de conquérir une ville entière, sa victoire n’est que ponctuelle, et se limite à l’instant de sa prouesse. Par contre, lorsqu’un homme domine ses propres tendances, c’est un monde tout entier qu’il maîtrise, attendu que chaque homme est semblable à un monde. Il ne fait donc aucun doute que le « guerrier moral » maîtrise un domaine nettement plus important que son homologue martial.
Faire volte-face
En voyant Yossef arriver, ses frères décidèrent de le condamner à mort. Cette décision n’était nullement précipitée, ou dictée par l’effet d’une colère soudaine. Il ne fait aucun doute que ces dix hommes, que la Torah considère comme des Justes intègres, n’auraient jamais cédé à une pulsion que même les hommes les plus ordinaires savent contenir. Tous les commentateurs s’accordent à dire que cette décision avait été mûrement réfléchie, qu’elle était issue d’un jugement en bonne et due forme. Dans leur verdict, les frères étaient parvenus à la conclusion que Yossef avait le statut de rodef, c’est-à-dire qu’il cherchait à attenter à leurs jours. Et de ce fait, la décision de l’exécuter relevait, à leurs yeux, d’un authentique cas de légitime défense.
Mais après coup, Yéhouda retourna une fois de plus le problème dans tous ses sens, et conclut qu’ils avaient fait une erreur de jugement : « Que gagnerons-nous à le tuer ? » Par ces mots, Yéhouda admit qu’il s’était trompé auparavant, ce qui révèle assurément une très grande force intérieure.
Un peu plus tard, nous retrouvons des circonstances semblables : après que Tamar a désigné l’homme dont elle était enceinte en exhibant son sceau et son bâton, Yéhouda reconnut : « C’est elle qui a raison ! » Une fois de plus, il démontra une force hors du commun, qui lui permit de passer outre son propre honneur pour faire resplendir la vérité.
Tes frères te rendront hommage
C’est au nom de Yéhouda que la nation juive tout entière est appelée : « Yéhoudim ». Selon le Midrach, ceci apparaît dans la bénédiction de Yaacov, lorsqu’il lui annonça : « Yéhouda, tes frères te rendront hommage ! » Dans le targoum d’Onkelos, il apparaît que ce privilège est, lui aussi, dû à la force morale de Yéhouda, lorsqu’il avoua humblement son acte lors de l’épisode de Tamar. Et si le peuple juif est appelé précisément en son nom, c’est bien la preuve que chaque Juif porte en lui une étincelle de la force de Yéhouda, qui peut se manifester à tout moment.
C’est notamment le cas lorsqu’un homme entreprend un processus de téchouva. Combien de forces un Juif doit-il engager pour être capable d’opérer une soudaine volte-face, et admettre qu’il regrette son passé ! Mais c’est précisément là l’héritage de Yéhouda : il sema dans le cœur de chaque Juif une recherche farouche de vérité, et une détermination qui lui permettra de faire fi des difficultés, de la honte et du malaise de reconnaître qu’il fait fausse route.
À l’approche de la fête de ‘Hanouka, il convient de rappeler que les ‘Hachmonaïm se distinguèrent également par leur bravoure de cœur. Bien qu’ils fussent physiquement les plus faibles et le nombre le plus petit, leur force morale leur permit de surmonter toutes les difficultés et leur révolte, bénie par le Ciel, mit un terme à la domination de leurs ennemis.Par Yonathan Bendennnoune,en partenarizt avec Hamodia.fr