Le tailleur Eliahou Herman, qui vit aujourd’hui à Jérusalem, est un rescapé de la Shoah. Il travaille dans sa petite échoppe, près de la place Davidka, confectionnant des costumes pour enfants et réparant des vêtements.

Personne ne connaissait son histoire jusqu’à ce qu’elle soit révélée dans le cadre d’un projet intitulé ‘Guinezah’ Kidouch Hachem’. Filmé pour un documentaire, il a montré ce qui est, pour lui, l’une des choses les plus chères qu’il possède : une paire de Tefilin reçue pour sa Bar Mitzva.

Il a raconté qu’au moment de la libération du camp où il était interné, les gardiens ont pris la fuite, laissant les déportés livrés à eux-mêmes. Eliahou Herman n’a pas hésité une seconde, comprenant que c’était sa seule chance de survie : il est sorti dans la forêt sans savoir quelle destination prendre, entouré de gens qui étaient dans la même situation que lui.

« Soudain, a-t-il indiqué, j’ai aperçu une voiture allemande renversée, sans occupants, dans laquelle étaient entassés de nombreux habits neufs. J’ai pris tout de suite la décision de m’en revêtir, étant couvert de haillons pleins de poux. Mais c’étaient des uniformes SS et j’ai mis mes Tefilin dans une des poches ».

Il a poursuivi : « J’ai alors vu arriver une voiture bizarre avec des hommes noirs et blancs. Ils sont sortis avec leurs armes. Je ne savais pas de quelle nationalité ils étaient : s’agissait-il de Français, d’Anglais, d’Américains ? Je n’étais sûr que d’une chose : cela ne pouvait pas être des Allemands. Mais vu les habits que je portais, ils pensaient avoir affaire à un officier nazi ».

« L’un d’entre eux, a ajouté Eliahou Herman, a commencé à me fouiller et a senti que j’avais caché quelque chose dans ma poche. Il craignait de me voir sortir une grenade pour la faire exploser. Il a alors découvert mes Tefilin. Il m’a pris la main, qui était noire puisque cela faisait des mois que je ne m’étais pas lavé, et m’a demandé en Yiddish : ‘Vous êtes juif ?’ Je n’en croyais pas mes oreilles, persuadé d’avoir rencontré le Mashiah’ ou son émissaire ».

Eliahou Herman a continué son récit : « Il m’a alors demandé: ‘Davenen, vous savez prier’ ? Je lui ai répondu par l’affirmative et j’ai commencé à réciter le Shema. Il a complété et c’était sans doute la seule prière qu’il connaissait. J’ai senti que la Gueoula était arrivé ».

Qui était donc ce soldat américain qui a sauvé Eliahou Herman ? Un jeune homme qui n’avait aucun signe extérieur témoignant de ses origines juives.

Soixante-quatre ans plus tard, Eliahou Herman a enfin rencontré son sauveur … à Jérusalem. Il s’agit du Rav Birnbaum qui a écrit un livre sur sa vie, racontant ‘l’histoire d’un soldat qui a grandi en tant que juif aux Etats-Unis’, sa participation à la libération des camps de personnes déplacées en Allemagne et son installation à Jérusalem. Ils ont alors échangé leurs souvenirs, en tenant entre leurs mains les Tefilin.

Eliahou Herman a relaté une nouvelle fois leur rencontre, rappelant que le soldat américain, très ému, l’avait serré dans ses bras ‘alors que j’étais noir de saleté’. « Qui m’embrassait là-bas ? On voulait me tuer, a-t-il souligné. Et soudain, un homme m’exprime son affection ».

Le Rav Birnbaum, l’ancien soldat américain devenu un Juif orthodoxe, s’est souvenu de ce premier contact : « Ma première impression, lorsque je l’ai vu et lorsqu’il m’a dit en Yiddish : ‘Je suis juif’, a été que je me trouvais devant un squelette. Je me suis mis à pleurer ».

Montrant son uniforme couvert de médailles, il a conclu en disant : « J’ai été décoré mais c’est Eliahou Herman qui est un vrai héros de la Seconde Guerre mondiale parce qu’il a sauvé son âme, il est une Mezouza. Il venait de perdre toute sa famille mais il est resté croyant en D. et pratiquant ».

Claire Dana-Picard