«Leur plainte s’élèverait vers Moi»
La dernière partie de notre maxime (‘ne désespère pas du châtiment divin’) vient répondre à une question fondamentale.
Quand un racha prospère et réussit, celui qui l’observe vient à penser que finalement, l’action de ce dernier n’est peut-être pas aussi mauvaise qu’il le considérait.
Et c’est toute la valeur que nous donnons aux commandements de D.ieu qui est diminuée.
A ces éventuelles constatations, Nitaï d’Arbèle précise que le châtiment divin s’accomplit tôt ou tard.
Parfois, nous n’avons pas la patience d’attendre le dénouement réel d’un événement, mais en réalité, en portant un regard distancié sur l’histoire, on constate que le mal ne reste jamais impuni.
Le ‘Hafets ‘Haïm, qui a vécu près de cent ans, disait souvent qu’il avait vu, au cours de sa longue vie, s’accomplir tous les châtiments annoncés par la Thora.
Et il racontait une anecdote pour illustrer son propos.
Dans le village du ‘Hafets ‘Haïm, à Radin, en Pologne, un homme était propriétaire d’un appartement qu’il louait à une pauvre veuve et ses huit enfants.
Vint un moment où la pauvre femme ne put payer son loyer, et il la mit soudainement à la rue en plein hiver, ignorant les supplications de cette mère éplorée et l’indignation de toute la communauté.
Après cet incident, notre homme continua sa vie tout à fait normalement, dans la prospérité et l’aisance.
Le ‘Hafets ‘Haïm, quand à lui, restait persuadé que les mots de la Thora allaient s’accomplir:
«Ne faites pas souffrir la veuve et l’orphelin. Car leur plainte s’élèverait vers Moi, et assurément Je l’entendrai.
Et mon courroux s’enflammera et Je vous ferai périr par le glaive, et vos femmes deviendront veuves et vos enfants orphelins.» (Nombres 22 21-23)
De longues années plus tard, cet homme fut mordu par un chien enragé, et ce cruel propriétaire mourut dans d’atroces souffrances. Fin tragique, personne ne voulut s’occuper de sa sépulture, par peur de la contagion.
C’est ainsi qu’il faut comprendre les mots de Nitaï d’Arbèle.
Celui qui se lie aux méchants…
Rabbénou Yona trouve un sens différent à cette injonction.
D’après lui, même si une personne n’est pas influencée dans son comportement par les agissements d’un racha, le fait même d’entretenir une relation d’amitié avec quelqu’un qui haït D.ieu, peut provoquer que cette personne, même si elle est juste, subisse le même sort que celui du racha.
A l’appui de ses propos, il cite un extrait de ‘Avoth de Rabbi Nathan’:
«Celui qui se lie aux méchants, même s’il n’agit pas comme eux, sera châtié comme eux» (30 3)
Rabbénou Yona poursuit son explication en disant que le Roi voit les amis de ses ennemis comme ses propres ennemis.
C’est la même idée que le prophète exprima au roi Yéhochafath de Judée qui était un juste. Il s’allia par la suite avec Ahazyahou, roi idolâtre d’Israël. Le prophète lui ditalors :
«Parce que tu t’es allié avec Ahazya, le Seigneurruinera ton entreprise. C’est la raison pour laquelle les navires firent naufrage et ne parvinrent pas à Tarsis» (Chroniques II 20 37)
On le comprend, ce genre de punition concerne particulièrement l’alliance avec des ennemis déclarés de D.ieu.
C’est dans ce sens que Rabbénou Yona interprète la suite de la Michna.
Il explique que ‘ne désespère pas du châtiment divin’ s’adresse à celui qui croit pouvoir se lier au racha et se séparer de lui avant que ce dernier ne soit frappé par le châtiment divin.