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(ב) שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק הָיָה מִשְּׁיָרֵי כְנֶסֶת הַגְּדוֹלָה. הוּא הָיָה אוֹמֵר, עַל שְׁלשָׁה דְבָרִים הָעוֹלָם עוֹמֵד, עַל הַתּוֹרָה וְעַל הָעֲבוֹדָה וְעַל גְּמִילוּת חֲסָדִים: Simon le Juste était l’un des derniers membres de la Grande Assemblée. Il disait: «Le monde tient sur trois choses: l’étude de la Thora, le service pour D.ieu, et la bienfaisance.» (Chapitre 1, Michna 2) Pour comprendre le sens des paroles de Simon le Juste, il nous faut développer certains concepts concernant la création du monde… Nous continuons cette semaine l’interprétation de cette Michna. Dans son commentaire (Roua’h ‘Haïm ibid.) et dans son ouvrage Nefech Ha’haïm (4 – 10 11), Rabbi ‘Haïm de Volozhine nous éclaire sur le sens de cette maxime. Pour mieux comprendre son explication, une petite introduction s’impose. L’axiome fondamental de la création et de l’existence de l’univers matériel dans lequel nous vivons est le suivant: La parole divine créée un rayonnement dans les sphères célestes. Ce rayonnement est reconverti, puis retransmis ensuite, étape par étape, à travers d’autres sphères d’un niveau inférieur, jusqu’à notre univers où il se matérialise. C’est donc la parole divine qui crée et permet la vie à chaque instant. Dans son ouvrage, Rabbi Sim’ha Sissel Broïde zatsal fait une remarque intéressante: autrefois, les esprits cartésiens devaient avoir une foi profonde dans les enseignements de nos maîtres pour accepter le concept que nous venons d’expliquer. Aujourd’hui, les découvertes de la science moderne ont prouvé que ce que nous considérons comme les différents éléments de la matière ne sont en fait que le résultat de masses d’énergie dont seules des recherches très sophistiquées peuvent dévoiler la teneur et la nature. Mais l’origine de cette énergie reste encore inconnue. Nous pouvons donc mieux comprendre ce que nos maîtres nous dévoilent: c’est une véritable chaîne qui relie la réalité que nous palpons à des émanations de sphères supérieures (Sam Dére’h volume 1, p. 309, note n°3). Chacun son ange Et c’est selon l’abondance (chéfa) créée dans les sphères supérieures que se forme la profusion et l’équilibre dans notre monde. L’abondance dans notre univers dépend donc de l’abondance qui vient des sphères célestes, et cela concerne toutes les créatures. C’est ainsi qu’il faut comprendre, d’après Rabbi ‘Haïm, le mots du Midrach: «Il n’est pas un seul brin d’herbe qui n’a pas dans les cieux un ange qui le frappe et lui enjoint de pousser» (cf. Na’hmanide Genèse 1 11 – 2 8- 3 22 et Dére’h Hachem du Ram’hal 1 5) Rabbi ‘Haïm de Volozhine précise plus encore le processus: Dans Nefech Hah’aïm, il cite le Midrach (Michlé Rabba 9) qui interprète le verset suivant: «La sagesse s’est bâti une maison, elle en a sculpté les sept colonnes» (Proverbes 9 1). Le Midrach explique qu’il s’agit de la Thora qui a créé tous les univers. Et Rabbi ‘Haïm de poursuivre: la Thora, c’est la parole divine, et elle est à l’origine de la création de notre univers. Lorsque Simon le Juste affirme que la Thora est le premier pilier du monde, il reprend l’idée développée par le prophète Jérémie: «Ainsi parle le Seigneur: ‘Si ce n’était Mon alliance, le jour et la nuit, je n’aurai pas créé les lois du ciel et de la terre’» (Jérémie 33 25). D’après nos maîtres, dans ce verset, ‘Mon alliance le jour et la nuit’ signifie la Thora, faisant allusion à l’ordre de D.ieu à Josué: «Tu la méditeras jour et nuit» (Josué 1 8) Dans le Talmud (Pessa’him 68b et Nédarim 32a), Rabbi Eliezer déduit de ce même verset: «Ne serait-ce l’étude de la Thora, le ciel et la terre n’aurait pas eu d’existence.» Car c’est la Thora qui est à l’origine du monde. La Thora, dans son état originel, transcende toutes les sphères célestes, car elle est l’expression même de la volonté du Créateur et a été «le plan» de la création du monde. Au moment de la révélation, pour pouvoir être transmise à l’homme, elle a été exprimée sous une forme accessible par l’esprit humain, conservant cependant sa teneur sacrée. Rayonnement lointainC’est ainsi que l’on comprendra les termes employés par nos maîtres pour définir les deux premiers millénaires de la terre, appelés Alpayim Tohu (deux mille ans de néant). Pendant cette longue période, c’est seulement le rayonnement lointain de la Thora qui permit la vie de l’univers. Du fait de cet éloignement, la vie sur terre était précaire, c’est ce que nos maîtres ont signifié en l’appelant Tohu. C’est seulement avec la révélation de la Thora aux hommes, que l’on passe à un autre stade: l’effort intellectuel des hommes qui méditent et approfondissent la parole divine, ainsi que les mots de Thora prononcés sur terre créent une lumière qui engendre le chefa (abondance) dans les sphères célestes. C’est cette abondance qui, tel un «carburant», va être retransmise à notre monde, lui permettant d’exister et de fonctionner. Rabbi ‘Haïm conclut en affirmant qu’il est clairement sous-entendu dans les paroles du prophète que si un seul instant, la voix de la Thora ne se faisait plus entendre sur aucun point du globe, il ne fait aucun doute que le monde reviendrait à son état initial de Tohu vavohou. On le voit, la Thora est le pilier qui a permis la création du monde, et permet sa pérennité. Et depuis sa transmission au peuple juif, c’est son étude qui créé le «carburant» de notre univers. Nourrir l’humanitéLe deuxième pilier, celui du service divin (avoda) joue un rôle différent (cf. Dvar Thora année 5762 Parachat Vayikra). C’est ce qu’explique Rabbi ‘Haïm: Le service divin vient rattacher le monde matériel aux sphères célestes, permettant ainsi à l’abondance (chéfa) de nourrir l’humanité. L’action du service divin au temple complète l’étude de la Thora. L’étude de la Thora agit directement dans le monde de l’esprit alors que le service divin rattache notre monde matériel au divin. C’est la raison pour laquelle les offrandes sont constituées de l’ensemble des éléments qui forment notre univers. Le monde inerte est représenté par le sel le végétal par les farines, l’huile, le vin et les encens; le monde animal par les parties des bêtes déposées sur l’autel. Ces éléments, déposés et brûlés sur l’autel de D.ieu peuvent ainsi être élevés, et donc rattachés aux sphères célestes. De cette manière, le lien est créé entre le monde matériel et les mondes supérieurs. Evidemment, au-delà des gestes, les sacrifices exigeaient des kavanoth (intentions de l’acte), auxquels devaient parvenir les prêtres au moment où ils accomplissaient leur rôle. Les secrets de la créationCette fonction nécessitait une connaissance des secrets de la création. Ainsi, ils pouvaient relier chaque élément du monde matériel au Créateur. Depuis la destruction du temple, le monde ne jouit plus du privilège de pouvoir utiliser les sacrifices pour faire fonctionner notre univers. Nos maîtres nous ont appris que le rôle extraordinaire qu’accomplissaient les Prêtres au Temple a été remplacé par les prières du peuple d’Israël. Rabbi Eliahou Lopian explicite encore plus le processus décrit par Rabbi ‘Haïm. L’étude de la Thora est, on l’a vu, le carburant de notre univers. Mais seule, elle ne suffit pas, car il manque l’élément qui va permettre d’orienter l’Abondance vers le monde matériel. Et les prières seules, aussi intenses qu’elles soient, ne peuvent créer l’abondance, leur rôle étant seulement de lui permettre de parvenir jusqu’à notre monde. C’est seulement lorsque l’étude de la Thora et le service divin complètent leur action que le monde peut jouir de la bénédiction divine. Rabbi ‘Haïm ajoute (Nefech Ha’haïm 4 11 et 4 25) une précision importante: L’état idéal de l’univers, c’est de jouir spirituellement et matériellement du rayonnement divin. Cet état idéal peut être atteint lorsque le peuple juif dans son ensemble est attaché à l’étude de la Thora ou au soutien de ceux qui étudient. A certaines périodes de l’histoire du peuple juif, cet objectif a été presque atteint. Mais lorsque l’intensité et la qualité de l’étude diminuent, le rayonnement qui fait vivre l’univers diminue parallèlement. Et les conséquences de cette baisse de régime se font sentir dans le spirituel comme dans le matériel. Ce sont donc des individus, qui à travers leur étude et sa qualité, remplissent le rôle qui aurait dû être celui de toute la communauté. Chaque personne, qui s’investit dans la Thora et qui étudie sans intérêt personnel (lichma) peut donc être considérée à juste titre comme l’un des piliers du monde. La semaine prochaine, nous tenterons de comprendre la fin du message de Simon le Juste. Nous expliquerons également comment Alexandre le Grand est devenu l’un des protecteurs et admirateurs d’Israël le plus convaincu de tous les temps, lui qui en a presque été l’oppresseur.
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