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Page 5 sur 5 Michna 1
Une haie de sagesse(א) משֶׁה קִבֵּל תּוֹרָה מִסִּינַי, וּמְסָרָהּ לִיהוֹשֻׁעַ, וִיהוֹשֻׁעַ לִזְקֵנִים, וּזְקֵנִים לִנְבִיאִים, וּנְבִיאִים מְסָרוּהָ לְאַנְשֵׁי כְנֶסֶת הַגְּדוֹלָה. הֵם אָמְרוּ שְׁלשָׁה דְבָרִים, הֱווּ מְתוּנִים בַּדִּין, וְהַעֲמִידוּ תַלְמִידִים הַרְבֵּה, וַעֲשׂוּ סְיָג לַתּוֹרָה: «Moïse reçut la Thora du Sinaï, il la transmit à Josué, Josué aux Anciens, les Anciens aux Prophètes, et les Prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée. Ceux-ci disaient trois choses: Soyez circonspects dans le jugement, élevez de nombreux disciples et faites une haie autour de la Thora.» (Chapitre 1, Michna 1) Les Sages d’Israël ont établi une haie protectrice autour de la Thora pour nous éviter de transgresser la parole divine. Respecter les lois qu’ils ont instituées nous permet également d’atteindre le but ultime de la création: la crainte de D.ieu «(…) et faites une haie autour de la Thora»: la troisième et dernière maxime énoncée par les membres de la Grande Assemblée implique que les Maîtres en Thora doivent fixer des nouvelles interdictions, qui s’ajoutent à celles de l’Ecriture. Le but de ces interdictions étant d’éloigner l’homme de tout risque de transgression des lois de la Thora écrite. Les commentateurs de la Michna nous indiquent que cet appel des membres de la Grande Assemblée fait référence au versetdu Lévitique: «Soyez donc fidèles à Mon observance (ouchmartem eth michmarti)» (Lévitique 18 30). Le Talmud (Yébamoth 21a) interprète cette formule par: «Ajoutez une garde (michmeret) à ma garde (michmarti)». Deux textes de nos maîtres approfondissent le sens de cet appel de la Thora. Amour inconditionnelLe premier est le commentaire de Rabbénou Yona sur les mots de notre Michna: «La haie autour de la Thora est une institution d’une importance capitale. Cette barrière, érigée autour des mitsvoth permettra à celui qui craint D.ieu de ne pas faillir. C’est la raison pour laquelle celui qui respecte à la lettre les consignes des Sages (‘ha’hamim) montre son attachement inconditionnel à D.ieu et sa véritable crainte envers Celui qui nous a donné l’ordre d’accomplir les mitsvoth. En effet, accomplir seulement les mitsvoth de la Thora ne prouve pas que l’homme craint véritablement D.ieu. Car s’il ne prend pas les précautions pour éviter de succomber à la tentation, il prouve que l’accomplissement des mitsvoth ne tient qu’à son bon vouloir. Il ne sera pas bien triste s’il transgresse ces lois. Si des brèches se créent dans son attachement à la Thora, il n’en fera pas grand cas. Les interdictions et les institutions de nos maîtres sont donc des racines qui permettront à la crainte du Ciel, comme à un arbre, de se développer et de grandir. Faire grandir cette crainte est le principal but de l’homme dans ce monde et la plus belle vertu qu’il peut atteindre. C’est le sens véritable des paroles de nos maîtres sur le verset dans le Cantique des Cantiques (1 2): ‘Car tes marques d’amour sont plus délicieuses que le vin (ki tovim dodé’ha miyayin)’. Le vin exprime ici l’essence de la Thora, les marques d’amour faisant allusion aux paroles de nos maîtres. On comprend donc que les paroles des Sages, sous un certain aspect, transcendent presque la Thora elle-même. »(Midrach Chir Hachirim Rabba 1 2) Un deuxième texte nous vient du Ram’hal dans le «Sentier de rectitude»: «Parlons à présent des unions interdites (arayoth). Celui qui veut éviter de transgresser ces interdits, devra effectuer un travail personnel important. Car ces interdits ne concernent pas seulement l’acte lui-même. Est également interdit tout ce qui peut rapprocher l’homme de ces unions. L’Ecriture le précise explicitement: «N’approche point d’elle pour découvrir sa nudité» (Lévitique 18 19). Dans le Midrach, nos maîtres interprètent: «D.ieu dit: ‘Ne pense pas que l’interdiction se limite à l’union, ni que les autres formes de proximité ne sont pas une transgression de la volonté divine.’ Le Nazir (genre d’ascète), qui a fait le vœu de s’abstenir de boire du vin, se voit également interdire la consommation de toute forme de raisins (frais ou secs) ainsi que tous les produits de la vigne. De la même façon, une femme qui n’est pas la tienne, il te sera interdit de la toucher. Celui qui touche une femme autre que la sienne transgressera l’interdit de la Thora et prendra le risque de devenir passible de mort (s’il cède ensuite à la tentation).» (Midrach Chemoth Rabba 16 2) Ce texte du Midrach nous révèle le sens véritable de l’interdiction, pour le Nazir, de consommer toutes formes de raisins. La Thora, en ajoutant à l’interdiction de base du Nazir tous les produits de la vigne, montre la voie aux Sages (‘ha’hamim), quand ils devront élever des barrières protectrices autour des mitsvoth. Le principe donné par la Thora est qu’il faut interdire tout ce qui ressemble, ou tout ce qui est en rapport direct avec l’objet de l’interdit de base. C’est d’après ce principe que la Thora veut que les Sages instituent les interdits appelés ‘miderabbanane’. Et c’est dans cet esprit qu’ils ont interdit tout contact direct entre un homme et une femme qui ne sont pas mariés» (‘Sentier de rectitude’, chapitre 11). Voir loin Toutefois, une question se pose: Ceux qui précédaient la Grande Assemblée ignoraient-ils ces enseignements? Pourquoi a-t-il fallu attendre jusque-là pour dévoiler cet aspect a priori intrinsèque à la Thora elle-même? Rabbi Yaakov Kaminesky zatsal nous éclaire sur ce sujet dans son commentaire sur Pirkei Avoth (Emeth leYaakov Avoth p.318). Le principe de la haie protectrice était certes déjà connu depuis la révélation au Sinaï, mais le niveau très élevé des générations depuis Moïse permettait que chacun puisse fixer pour lui-même cette barrière, l’adaptant ainsi à son tempérament et à ses propres faiblesses. Les hommes étaient alors capables de se connaître véritablement, et de définir seuls les domaines où leur mauvais penchant (yetser hara) pouvait les faire trébucher. C’est seulement à l’époque de la Grande Assemblée que la Yéridath hadoroth (baisse des générations) a rendu inévitable la nécessité de fixer des règles générales qui seront instituées par les maîtres de chaque génération. Ces décisions des Sages (takanoth) deviennent alors universelles et engagent toute la communauté d’Israël. Pour parvenir à les instituer, il fallait une science qui cerne tous les aspects psychologiques de la nature humaine et ses subtilités et qui définisse les situations à risque par lesquelles l’homme peut être amené à fauter. Il fallait par ailleurs que ces interdictions ne soient pas trop difficiles à suivre pour le commun des mortels. Aujourd’hui, plus que jamais, les excès de la société occidentale, ne font que confirmer combien nos maîtres ont vu loin, et juste. Le monde moderne a voulu détruire toutes les barrières, ne se fiant qu’aux idées élémentaires ambiantes. Mais on constate qu’une fois ces barrières franchies, plus aucune limite n’existe, et les pires aberrations voient le jour et sont considérées comme la norme. Et pour reprendre les mots de Rabbénou Yona: «Respecter à la lettre les consignes de nos maîtres, qui ont établis la haie protectrice de la Thora, est l’expression véritable de la crainte de D.ieu, but sublime de la création de l’homme.» 
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