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Page 4 sur 5 Michna 1
Quelques mots essentiels«Moïse reçut la Thora de Celui qui lui est apparu au Mont Sinaï, il la transmit à Josué, Josué aux Anciens, les Anciens aux Prophètes, et les Prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée. Ceux-ci disaient trois choses: Soyez circonspects dans le jugement, élevez de nombreux disciples et faites une haie autour de la Thora.» (Chapitre 1, Michna 1) La Thora: élitiste ou populaire? En quelques mots, nos Maîtres nous dévoilent leur approche, toujours aussi actuelle. «Elevez de nombreux disciples»: cette deuxième maxime énoncée par les membres de la Grande Assemblée, aussi concise qu’elle parait, est d’une importance capitale quand à la pérennité de la Thora, et donc du peuple juif. Ces trois mots (en hébreu: vehaamidou talmidim harbé) résument une approche très complète pour garantir cette pérennité. Mais quels sont les messages cachés entre ces quelques mots? Rabbénou Ovadia (ibid.) propose deux interprétations au terme harbé (nombreux). Dans son commentaire Rabbénou Yona (l’un des géants de l’époque des Richonim, contemporain de Na’hmanide), rejoint la première de ces interprétations. Pour bien comprendre leur idée, citons d’abord deux textes. Le premier se trouve dans «Avoth derabbi Nathan»: «L’école de Chamaï disait: ‘Il est conseillé d’enseigner la Thora seulement à un élève intelligent, humble, d’illustre ascendance, et qui jouit d’une tranquillité financière.’ L’école de Hillel n’avait pas la même opinion: ‘Il faut enseigner la Thora à tout homme qui le désire. Les résultats justifient cette approche, puisque de nombreux fauteurs, pour s’être approchés de l’étude de la Thora sont devenus des hommes justes, pieux et vertueux’» (2 9). Une lumière extraordinaireLe deuxième texte nous vient du Talmud: «Le jour où Rabban Gamliel a été révoqué de sa position de maître, à cause de sa rigidité excessive avec ses disciples, Rabbi Eleazar ben Azaria fut nommé à ce poste. Sa première décision fut de permettre à tous d’entrer dans le Beth hamidrach, lieu d’étude, et de renvoyer le portier qui contrôlait les entrées. Jusque-là, les consignes de Rabban Gamliel étaient de ne laisser s’introduire que les élèves dont l’intégrité totale était vérifiée («to’ho kebaro»). D’après Abba Yossef, quatre cent nouveaux bancs ont été ajoutés le jour même dans le Beth hamidrach les ‘ha’hamim affirmant pour leur part que ce sont sept cent bancs qui ont été ajoutés! (Talmud Bera’hot 28a). A la lueur de ces deux textes, on discerne deux approches très différentes quant à la sélection des étudiants en Thora. Mais comment comprendre l’approche de Beth Chamaï? L’enseignement de la Thora doit-il être réservé seulement à ceux qui sont bien nés? Le ‘Hida (Rabbi ‘Haïm Yossef David Azoulay), dans son commentaire sur Pirkei Avoth nous offre un premier éclairage et nous explique la pensée du maître. Pour former de véritables érudits en Thora et obtenir des résultats, il faut que l’élève ait des capacités intellectuelles suffisantes, et qu’il soit humble. S’il ne possède pas la première de ces qualités, il ne pourra pas atteindre un niveau dans l’étude. Et s’il est orgueilleux, son savoir ne subsistera pas. Nos maîtres nous ont appris que ‘le sage qui s’enorgueillit, sa sagesse le quittera’. Il s’agit évidemment de la sagesse de la Thora, qui nécessite une aide divine particulière que ne méritera pas celui qui fait preuve d’orgueil. Par ailleurs, il faut qu’il soit d’illustre ascendance car le mérite de ses ancêtres et l’éducation qu’il a reçue vont faciliter sa perception de la parole divine. Il doit également jouir d’une aisance financière, pour ne pas dépendre des autres et pouvoir ainsi étudier en toute tranquillité. Au plus grand nombreL’école de Beth Hillel n’est pas de cet avis, pensant que cette sélection risque de limiter et donc diminuer la diffusion de la Thora au sein du peuple juif, faisant ainsi baisser le niveau de toute la communauté. Pour répondre aux réticences de Beth Chamaï, Beth Hillel explique que la lumière extraordinaire de la Thora peut élever l’homme le plus éloigné de la sainteté, et le préserver des tentations. Cette lumière illumine l’âme, et ouvre le cœur et l’esprit. Il faut donc accorder à tous des chances égales. Il suffit de déceler chez les candidats une réelle volonté d’étudier. Le ‘Hida cite ensuite le Rachbats (Rabbi Chimchon ben Tsema’h) qui fait l’analogie entre l’avis de Beth Chamaï et l’approche de Rabban Gamliel au sujet du Beth hamidrach. Toutefois, il précise que le Talmud établit une règle claire en ce qui concerne un élève dont la conduite et la réputation sont mauvaises: «Celui qui enseigne la Thora à un élève d’un bas niveau moral est comparé à celui qui jette une pierre à l’idole Markolis (c’est de cette façon que l’on montrait sa soumission à cette statue), et il mérite le Géhinom» (Talmud ‘Houlin 133a). Et le ‘Hida de conclure que lorsque Beth Hillel (dans le texte de Avoth derabbi Nathancité plus haut) parle des fauteurs qui sont revenus dans le droit chemin grâce à l’étude de la Thora, il s’agit seulement de cas particuliers dans lesquels on a pu observer, dès les premières tentatives, un changement positif dans leur comportement. Si l’on ne peut faire une telle constatation, il faut, de l’avis de tous, les repousser. Revenons à présent à l’interprétation de Rabbénou Ovadia et de Rabbénou Yona. Le terme nombreux (harbé), employé par l’auteur de la Michna, souligne un fait décisif: La loi (hala’ha) a été fixée selon les positions de Beth Hillel et de Rabbi Eleazar ben Azaria. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le message des hommes de la Grande Assemblée qui exhortent les maîtres d’Israël à transmettre leur enseignement au plus grand nombre, seul moyen de garantir la pérennité de la Thora. Rabbénou Yona ajoute que c’est toujours et quoiqu’il en soit, un faible pourcentage de ceux qui s’engagent dans l’étude qui atteint le niveau des grands maîtres. Mais, plus le nombre d’étudiants augmente, plus on augmente les chances pour qu’un nombre suffisant de maîtres soit formé. Car l’on ne sait jamais à l’avance de façon sûre qui se distinguera de la masse. Le dernier souffleLe Midrach Chmouel ajoute que la profusion d’étudiants permet également des échanges profitables aux maîtres et aux élèves. La deuxième interprétation de Rabbénou Ovadia rejoint celle du Gaon de Vilna qui voit dans le mot harbé, un appel lancé aux maîtres, qui ont d’ores et déjà formé de nombreux disciples, et sont arrivés à un âge avancé. Ils n’ont pas le droit de se retirer et doivent continuer à transmettre leur enseignement jusqu’à leur dernier souffle (Talmud Yébamoth 62b). Le terme harbé se rapporte donc non seulement au nombre d’élèves mais aussi à l’enseignement qui ne doit jamais s’interrompre. Cela explique le choix du mot harbé, plutôt que rabim qui aurait été plus approprié si l’on ne parlait que des élèves. Le ‘hassid Rabbi Yossef Yaavetz, l’un des grands maîtres expulsés d’Espagne, ajoute une note supplémentaire: «Le choix du mot harbé exprime que l’étude de la Thora ne peut être limité à un nombre d’années déterminé. Acquérir la science de la Thora exige de ceux qui l’étudient un investissement illimité. Seuls ceux qui y consacrent de longues années de travail pourront véritablement l’acquérir. Se tenir deboutRevenons quelque peu en arrière. La Michna utilise le terme véhaamidou pour dire vous enseignerez. Or, la racine de ce mot est omed, ce qui signifie debout. C’est pour cette raison que la traduction française est: vous élèverez. Mais par ce choix, la Michna fait également allusion à des enseignements supplémentaires: D’après le Tossafoth Yom Tov, c’est de la qualité de l’enseignement dont il est question. Les Maîtres doivent chercher à former des élèves jusqu’au stade où ils pourront, par leur stature morale et leurs connaissances, «se tenir debout», et devenir à leur tour de véritables maîtres en Thora. Il ne suffit donc pas de transmettre un enseignement: il faut «former» des disciples. Le Midrach Chmouel (contemporain du Ari zal) décèle une autre intention dans le choix de ce terme. Pour lui, cet appel des membres de la Grande Assemblée ne s’adresse pas seulement aux maîtres mais à la communauté toute entière: «Ceux qui le peuvent, doivent aider financièrement ceux qui étudient la Thora. Véhaamidou doit être compris dans le sens d’un soutien qui permet littéralement de se tenir debout. Cet appel exhorte à créer des associations telles que Yssa’har et Zevouloun, deux frères dont l’un étudiait la Thora, soutenu par l’autre qui assurait sa subsistance. On le voit, les membres de la Grande Assemblée, en trois mots, on livré un message profond, traitant de plusieurs aspects de la pérennité de la Thora : programme précis dont l’exécution est vitale pour la conservation de la Thora au sein d’Israël.
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