L’une des parties de la Haggada les plus difficiles à comprendre est le chant connu sous le nom de Dayènou . Nous y affirmons que si Hachem nous avait fait sortir d’Egypte, mais n’avait pas jugé les Egyptiens, cela nous aurait suffi. De même, s’Il avait jugé les Egyptiens, mais n’avait pas détruit leurs idoles, cela aussi nous aurait suffi. Et ainsi de suite?

Que vient nous apprendre ce chant? N’est-il pas pour nous une façon de déprécier les bontés du Créateur?
Rabbi Eliyahou ha-kohen de Smyrne l’explique de la façon suivante:
Pour chacun des prodiges et des miracles énumérés dans Dayènou , on aurait pu soutenir que Hachem eût pu agir d’une autre manière. Si nous Le remercions, ce n’est pas seulement pour ces prodiges et ces miracles, mais aussi pour attester qu’Il a pris en compte tous les arguments en faveur et contre ce qu’Il a fait chaque fois, et qu’Il n’a agi que pour notre bien et pour la gloire de Son Nom.
On aurait pu dire, par exemple, que s’Il nous avait fait sortir d’Egypte mais n’avait pas jugé les Egyptiens en les faisant disparaître presque complètement, Son Nom s’en serait trouvé davantage glorifié. Les Egyptiens, en effet, auraient survécu pour se rappeler ?en même temps qu’ils auraient dit au monde? comment Il les avait humiliés. Mais on aurait pu dire aussi que leur humiliation aurait été moindre, car ils auraient pu dire: «L’Egypte a perdu une bataille, mais elle n’a pas perdu la guerre!»
Voilà pourquoi Hachem les a jugés avec une telle sévérité. Mais on aurait pu dire alors que s’Il s’était contenté de les juger, sans détruire leurs idoles, celles-ci auraient servi de témoins, rappelant à jamais la puissance divine. Mais certains auraient alors pu prétendre que Hachem n’avait pas été assez puissant pour faire disparaître les divinités égyptiennes.
C’est ainsi que Hachem a détruit les idoles égyptiennes. Mais, aurait-on pu avancer, s’Il avait détruit ces idoles sans faire mourir les premiers-nés, ceux-ci auraient été bien placés pour attester aux yeux du monde de la grandeur de Hachem . Il était en effet d’usage, chez les anciens Egyptiens, de consacrer leurs fils aînés au service d’une de leurs divinités. Celles-ci ayant disparu à jamais, les premiers-nés, désormais privés de leur principale activité, seraient devenus les témoins de la puissance divine. Mais on aurait pu aussi alléguer que Pharaon était lui-même un premier-né: Si les premiers-nés n’avaient pas été frappés, on aurait dit que c’est grâce au mérite et au pouvoir de ce roi qu’ils avaient été épargnés.
Voilà pourquoi Hachem a mis à mort les premiers-nés.
Jacques KOHN zal’