Qora‘h partage avec Balaq l’honneur d’avoir donné son nom à une paracha, et ce malgré l’hostilité que leur témoigne la Tora.
La raison en est, suggère le Birkath Avraham, que le texte l’appelle, ainsi que ses sympathisants, « qeriei mo‘èd, anchei chem » (littéralement : « appelés de l’époque, hommes de nom » (Bamidbar 16, 2).

La Guemara (Sanhédrin110a) comprend l’expression : qeriei mo‘èd comme signifiant qu’ils étaient experts en calendrier, et qu’ils savaient fixer le moment de la nouvelle lune et décider de l’intercalation d’un mois supplémentaire.
Quant aux mots : anchei chem, ils signifient qu’ils jouissaient d’une célébrité dans le monde entier.
C’est pourquoi, malgré leur rébellion et la punition qui leur a été infligée, leur savoir et leur célébrité leur ont valu de voir conférer un tel honneur à leur chef.Les textes talmudiques et midrachiques fournissent un nombre considérable de détails sur la vie et la personnalité de Qora‘h. Nous n’en citerons ici qu’une faible partie :
Le souvenir des immenses richesses de Qora‘h a traversé les siècles, donnant lieu à des expressions emblématiques comme celle, en yiddish, de « reikh wie Qora‘h », ou « riche comme Crésus »
Sur l’origine de cette opulence, nous disposons de plusieurs sources :Selon Pessa‘him 119a, la profusion de richesses qu’avait accumulées Joseph et qu’il avait mises à la disposition de Pharaon (Berèchith 47, 14) ont été – et seront – révélées en trois étapes : passée, présente et future. Une première partie l’a été à Qora‘h, une deuxième à Antonin fils de Sévère, probablement un Empereur romain de l’époque talmudique, et une troisième sera révélée aux Justes des temps à venir.
Les richesses de Qora‘h étaient si importantes qu’il lui fallait trois cents mules pour transporter rien que les clés des coffres dans lesquels elles étaient entassées (Sanhédrin100a), et rabbi Lévi va plus loin encore dans l’hyperbole en assurant que ces clés n’étaient pas en métal, mais en cuir, matériau beaucoup plus léger (Ibid.).
Une autre source (Bamidbar rabba 18, 15) rapporte que Qora‘h a servi fidèlement Pharaon et que, devenu son ministre des Finances, il a tenu entre ses mains les clés du trésor royal.
Il existe dans la Tora une allusion discrète à cette richesse matérielle, lorsqu’elle précise que la terre a englouti, non seulement Qora‘h et ses affidés, mais aussi « toute leur fortune » (Bamidbar 16, 32), marquant ainsi la part que celle-ci avait prise dans la préparation du complot.Haftarath parachath Qora‘h– « Renouveler la monarchie »
Dans le premier verset de la haftara, Samuel demande au peuple de « renouveler la monarchie » (I Samuel 11, 14).
Que signifie cette expression : « renouveler la monarchie » ?
Comme l’expliquent les commentateurs (Voir notamment Radaq et Metsoudath David), l’élection de Saül avait été mal accueillie par une partie de la population. Certains de ses membres l’avaient méprisé et ne lui avaient pas fait allégeance (I Samuel 10, 27).
Par la suite cependant, le courage du roi et ses succès militaires avaient rehaussé son prestige auprès de ses sujets(11, 7).
Il fallait à présent, par ce discours de Samuel qui éta   it en fait son testament spirituel, raffermir le pouvoir de Saül, et en même temps le rassurer : En assurant que ses fils étaient aux côtés du peuple (12, 2), Samuel garantissait qu’ils ne chercheraient pas, après sa mort, à prendre sa suite et à se poser comme prétendants au trône.
La crainte que les fils de Samuel veuillent succéder à leur père et s’attribuer ses pouvoirs était d’autant plus prégnante que celui-ci les avait établis comme « juges sur Israël » (I Samuel 8, 1).
Rappelons encore que le désir des Hébreux de se voir gouverner par un roi avait été, au début, très mal accueillie par Samuel (8, 6). Il fallait par conséquent que l’autorité royale de Saül soit solennellement confirmée et que soient oubliées les réticences qui avaient marqué son accession au trône.

Jacques KOHN zal