Lorsqu’un Juif, à l’époque du Temple, offrait à Hachem les prémices de sa récolte, il prononçait une déclaration dans laquelle il Lui exprimait sa reconnaissance :
« Tu diras à haute voix devant Hachem, ton Dieu : Un Araméen voulait détruire mon ancêtre, il est descendu en Egypte, il y a résidé avec peu de gens […] Hachem nous a fait sortir d’Egypte avec une main forte et avec un bras étendu […] et Il nous a fait venir vers cet endroit-ci… » (Devarim 26, 5 à 9).

Cette déclaration, qui figure dans la parachath Ki thavo, et qui est reproduite partiellement dans la Haggada de Pessa‘h, rappelle uniquement notre sauvetage des mains de « l’Araméen », c’est-à-dire de Laban, et notre libération d’Egypte, sans dire un mot des autres miracles dont nous avons bénéficié de la part de Hachem, comme le sauvetage de Jacob des mains d’Esaü, la traversée de la Mer rouge, la victoire sur ‘Amaleq, la fourniture aux enfants d’Israël d’une alimentation et d’une eau miraculeuses pendant les quarante ans qu’a duré leur traversée du désert.Pourquoi n’en est-il pas fait mention ?
L’obligation d’offrir les prémices, comme l’explique Rachi, n’a commencé qu’après la conquête d’Erets Yisraël et son partage entre les tribus. C’est dire qu’elle ne correspond pas seulement à l’expression de notre gratitude pour l’avoir reçu, mais aussi pour la possibilité qui nous a été offerte d’y habiter de façon permanente dans la tranquillité et de profiter de ses fruits dans la paix.

Voilà pourquoi nous rappelons dans cette action de grâces d’autres endroits où nous avons résidé de façon permanente pendant de longues années : vingt ans chez Laban et deux cent dix ans en Egypte. Aussi insistons-nous sur la durée de ces deux séjours, pendant lesquels nous avons été privés de la paix et de la tranquillité que nous ont refusées les populations au sein desquelles nous avons habité.
Contrairement à ces deux miracles, tous ceux dont nous avons bénéficié en d’autres temps ne sont pas liés à une résidence permanente dans un lieu particulier, raison pour laquelle ils ne sont pas mentionnés, puisqu’ils sont sans rapport avec la paix et la tranquillité que nous a procurées jadis notre présence en Erets Yisraël (D’après VEDIBARTA BAM).

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Haftarath parachathKi thavo– « Eclaire ! »
Le premier verset de cette haftara a été compris de diverses manières par nos commentateurs.
S’ils s’accordent presque tous à dire que le mot אורִיdoit obligatoirement être compris comme un impératif (« Eclaire ! »), il existe entre eux des différences d’interprétation significatives, notamment entre le Targoum Yonathan et Ibn Ezra.

Selon le premier, le prophète en appelle à Jérusalem pour qu’elle resplendisse, le moment de sa libération étant arrivé.
Pour le second (Voir son commentaire sur Daniel 9, 24), l’expression כִּיבָאאורֵךְne traduit pas la venue de l’aurore, mais le coucher du soleil, comme dans השמשכי בא(Berèchith 28, 11 : « [Jacob] atteignit l’endroit, il y passa la nuit car le soleil s’était couché… »). En d’autres termes, la lumière naturelle de ce monde va s’éteindre, et elle sera remplacée par la lumière de la délivrance.

Contrairement à ces commentateurs, il est un Midrach qui comprend le mot אורִיnon pas comme un impératif, mais comme un substantif (« Ma lumière »), comme si le Saint béni soit-Il disait à Israël : « Mes enfants ! Puisque Ma lumière est votre lumière, et que votre lumière est Ma lumière, allons ensemble la donner à Sion ! » (Pessikta de-rav Kahana).

Selon ce Midrach, le processus de notre libération sera une œuvre commune de Hachem et des humains. C’est par notre participation au processus qu’Il aura décidé que le monde sera sauvé.

Jacques KOHN zal’