Après que Eliézer a conclu avec la famille de Rivka qu’elle le suivrait pour se marier à Its’hak, le verset dit : « Son frère et sa mère dirent : ‘Que la jeune fille reste avec nous une année ou quelques mois, après quoi elle partira !’ » (24, 55). On note d’emblée que contrairement aux discussions précédentes, le père de Rivka fait tout à coup défaut. Rachi explique qu’en vérité, Béthouel comptait empêcher le départ de Rivka et c’est pourquoi un ange vint pendant la nuit le mettre à mort.

Dans le Midrach Rabba, nous découvrons une précision supplémentaire : Béthouel avait en fait mis du poison dans le plat d’Eliézer, et l’ange le tua en inverser simplement les assiettes. Ceci mérite réflexion : que Béthouel veuille s’opposer au départ de Rivka, soit. Mais qu’est-ce qui a bien pu le motiver à attenter aux jours d’Eliézer ? En effet, du propre aveu de ce dernier, il avait envisagé que la jeune fille (ou sa famille) refuse cette union…
La réponse tient peut-être d’une Halakha propre aux lois du mariage. Il est stipulé que lorsqu’un homme envoie un délégué avec pour mission de lui prendre une épouse, si ce dernier vient à mourir, cet homme ne peut désormais plus se marier avec aucune femme au monde. En effet, il y a lieu de craindre qu’avant de mourir, le délégué ait mené sa mission à bien, et qu’il ait sanctifié pour le premier une certaine femme, quelque part dans le monde. Par conséquent, il existe désormais un doute sur chaque femme au monde, qui pourrait être la sœur ou une proche parente de cette inconnue (l’inceste étant une interdiction valable pour l’ensemble de l’humanité).
C’est la raison pour laquelle Béthouel voulait attenter aux jours d’Eliézer : non content de refuser une union avec le patriarche, il voulait en plus priver celui-ci de la possibilité même de se marier et d’avoir une postérité. De la sorte, l’unique héritier d’Avraham serait désormais lui-même, Béthouel, et toute sa richesse lui reviendrait. C’est à ce titre qu’en arrivant chez les parents de Rivka, Eliézer déclara qu’il « refusait de manger avant d’avoir parlé », parce qu’il avait compris que Béthouel pouvait nourrir de tels desseins. Par Yonathan Bendennnoune, en partenaria avec Hamodia.fr