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Moché parla aux chefs des tribus des enfants d’Israël. (30, 2)

Moché, explique Rachi, « a fait l’honneur d’enseigner la loi aux princes en premier, et aux enfants d’Israël ensuite. […] Et pour quelle raison a-t-il livré ici cet enseignement ? Pour nous apprendre que la rupture de vœux peut être réalisée par un seul juge qualifié. »
Cette explication de Rachi réclame des éclaircissements. Pourquoi les phylarques sont-ils mentionnés au début de cette paracha qui traite des vœux, de leur législation, des modalités et conditions requises pour leur annulation ? se demande le Admor de Sokhatchov, dans son Chèm mi-Chemouel. Les vœux eux-mêmes ne dépendent pas des chefs des tribus pour prendre effet, mais uniquement leur abrogation. Or, comme ces dirigeants sont mentionnés dès les premiers mots de la paracha, on pourrait croire que de tels engagements verbaux et leur mise en application dépendent essentiellement d’eux.
Le concept même de nédèr, de « vœu », par lequel l’homme peut s’imposer des abstinences ou s’interdire volontairement des jouissances même permises est très étonnant, voire prodigieux. En effet, ce que l’on se défend par vœu ressemble à ce qui est expressément prohibé par la Tora ! Comment l’homme dispose-t-il d’un tel pouvoir, et est-il apte à susciter des interdictions d’une telle vigueur ?
En réalité, il n’en va pas ainsi. Ces deux types de prohibitions sont profondément dissemblables. Ce qui est interdit par la Tora ne sera jamais autorisé, alors que le nédèr peut être révoqué et annulé. Si donc la Tora permet à l’homme de s’imposer spontanément certaines privations, c’est uniquement parce qu’elles ne ressemblent pas à celles émanant de ses prescriptions, et qu’il est possible de s’en délier.
La force d’un vœu dépend donc bel et bien des chefs des tribus, habilités à l’abolir.

Moché parla aux chefs des tribus des enfants d’Israël. (30, 2)

Explication de Rachi : « Il a fait aux princes l’honneur de leur enseigner la loi en premier, et aux enfants d’Israël ensuite. »
Au moment d’entrer en guerre contre les ‘Ammonites, Yifta‘h (Jephté) prononça un vœu : « La première créature qui sortira de ma maison, au-devant de moi, sera vouée à Hachem, et je l’offrirai en holocauste » (Chofetim 11, 30). Comme nous le savons, son engagement tourna en une véritable tragédie, puisque la « première créature » qui se présenta fut… sa propre fille…
Selon l’enseignement de nos Maîtres, rappelle le Admor de Gour – le Beith Yisrael – il aurait pu alors faire annuler son vœu en se rendant chez Pin‘has. Mais il se dit : « Je suis le roi. Sied-il au souverain de se rendre, lui, chez le prophète ? » Quant à Pin‘has, il se dit : « Je suis grand prêtre, fils de grand prêtre. Est-ce à moi de me rendre chez cet ignorant ? »
Or, comment Pin‘has a-t-il pu s’exprimer de la sorte ? S’agissant du sauvetage d’une vie humaine, il aurait dû faire fi des honneurs qui lui étaient dus !
Le sage peut employer son pouvoir d’annuler un vœu uniquement lorsque celui qui l’a prononcé se soumet à ce ‘hakham. Quand Pin‘has a vu que ce n’était pas le cas, et que Yifta‘h ne se pliait pas à son autorité, il s’est considéré dans l’impossibilité d’intervenir et de le défaire de ce vœu absurde.
Mais s’il en a été réellement ainsi, pourquoi nos Sages lui reprochent-ils sa passivité, et l’accusent-ils d’avoir causé, par son orgueil, la perte de la fille de Yifta‘h ?
Ils estiment que s’il s’était rendu auprès de ce dernier, cela l’aurait influencé positivement. En constatant l’attitude modeste et humble de Pin‘has, Yifta‘h aurait été touché au plus profond de son cœur, et aurait été incité à se soumettre à son autorité. Nous voyons par exemple que Moché Rabbeinou s’est rendu en personne chez Dathan et Aviram pour les admonester (Bamidbar 16, 25), car il pensait que, peut-être, ce déplacement contribuerait à les fléchir. Cela n’a malheureusement servi à rien, et ces deux scélérats se sont maintenus dans toute leur impiété. Mais sur d’autres hommes qui ne sont pas de tels impies, le tsaddiq peut exercer une heureuse influence par ce témoignage d’humilité.
Autrement dit, par la soumission avec laquelle le Juste s’annule littéralement devant Hachem et fait fi de sa personne, sachant que tout ce qu’il a vient de Lui, il peut influencer son entourage et l’inciter à se plier à son autorité.
Telle est la signification du commentaire de Rachi sur notre verset : « Moché a fait aux princes l’honneur de leur enseigner d’abord la loi… » – de manière qu’ils se soumettent à Hachem – « … et ensuite à tout Israël » – qui obéiraient ainsi aux phylarques.


Celles-là sont les étapes des enfants d’Israël. (33, 1)

Pourquoi la Tora énumère-t-elle les lieux du désert où sont passés les enfants d’Israël directement après avoir relaté l’installation des tribus de Reouvèn et de Gad dans le territoire conquis de Si‘hon et de ‘Og, en Transjordanie ?
Le Tosséfèth Berakha répond à cette question en citant l’interprétation midrachique du verset (Chemoth 13, 17) : « Dieu ne les conduisit pas par le pays des Philistins » : « A quoi cela ressemble-t-il ? A un roi qui avait douze fils, et possédait dix provinces. Il se dit : Si je les leur lègue, je les incite à la dispute, car dix patrimoines ne peuvent être attribués intacts à douze personnes. Je vais donc attendre d’en acquérir encore deux. Ainsi, les douze régions pourront être partagées équitablement, et chacun en obtiendra une entière. C’est ainsi que le Saint béni soit-Il S’est dit : “Si dès maintenant, à peine sortis d’Egypte, Je les fais entrer en Erets Yisrael, les douze tribus ne pourront obtenir des parts égales. Mieux vaut donc que Je les fasse d’abord séjourner dans le désert. De cette manière, elles prendront possession de la Transjordanie, que se partageront les tribus de Gad et de Reouvèn. Et ensuite seulement, Je les introduirai dans le Pays, qui suffira alors pour toutes.” »
Voilà pourquoi il est écrit [littéralement] : Dieu ne les conduisit pas par le pays des Philistins car il était proche. Autrement dit : S’Il avait fait passer les enfants d’Israël par ce chemin, ils se seraient trouvés en Terre promise trop tôt pour pouvoir la lotir.
C’est après que les Gadites et les Reouvénites eurent acquis la rive orientale du Jourdain que le moment était arrivé d’entrer en Erets Yisrael. Le pays a pu être alors dûment partagé entre les autres tribus. Voilà pourquoi la Tora énumère ici les étapes parcourues par nos ancêtres dans le désert jusqu’à leur entrée en Terre promise.

Celles-là sont les étapes des enfants d’Israël. (33, 1)

Chaque année, cette paracha est lue dans la période appelée bein ha-métsarim, c’est-à-dire dans les « trois semaines » de deuil s’écoulant depuis le dix-sept tamouz jusqu’au neuf av.
Cela pour nous apprendre, explique le Admor de Skoulen, que toutes les étapes et les pérégrinations traversées par notre peuple dans le désert avaient un seul et même but : arriver en Erets Yisrael. De même devons-nous savoir et bien garder à l’esprit que tous nos déplacements et nos peines que nous traversons dans cet exil long et amer sont dirigés vers un seul objectif : nous purifier et nous rendre méritants pour nous permettre d’accéder à la Rédemption complète et finale.

Celles-là sont les étapes des enfants d’Israël qui sont sortis du pays d’Egypte, selon leurs armées, par la main de Moché et Aharon. (33, 1)

C’est une chose connue, explique le Kethav Sofèr, que si nos ancêtres avaient quitté l’Egypte volontairement et de leur plein gré, ils n’auraient pas subi tant d’infortunes et n’auraient pas été tellement retenus « en chemin ». C’est bel et bien parce que « ils avaient été chassés de l’Egypte » (Chemoth 12, 39) – leur départ leur ayant été imposé – qu’ils s’en sont plaints, et ont même revendiqué : « donnons-nous un chef et retournons en Egypte ! » (supra 14, 4), et qu’ils se sont trouvés si longtemps « en route » vers la Terre promise.
Voilà ce que signifie notre verset : Celles-là sont les étapes des enfants d’Israël… Et si tu veux savoir pourquoi ils ont dû passer par tant de lieux, et ont subi de si longues tribulations, c’est parce qu’ils sont sortis du pays d’Egypte, selon leurs armées, par la main de Moché et de Aharon – à savoir d’une « main » forte et contre leur gré. Voilà pourquoi ils ont dû procéder à tous ces déplacements, à ces volte-face et campements dans le désert…

Pourquoi le verset parle-t-il des « étapes des enfants d’Israël » ? se demande le Alchikh.
Et ce Maître de répondre : La Chekhina voulait les faire entrer rapidement en Erets Yisrael. Sur le verset (Devarim 1, 2) : « onze jours depuis le ‘Horev [= Sinaï]… », nos Sages enseignent que les enfants d’Israël parcouraient le trajet de onze jours en trois. Mais eux-mêmes, par leurs péchés, se sont imposé un séjour de quarante ans dans le désert. C’est notre peuple qui s’est infligé toutes ces pérégrinations !\r\nVoilà pourquoi il s’agit bel et bien des « étapes des enfants d’Israël »

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