L’une des tâches qui incombaient aux Léviim était de chanter lors des libations offertes avec les sacrifices quotidiens du matin – tamid chel cha’har et celui de l’après-midi – tamid chel ben haarbaïm.


Les mots qui accompagnaient ce chant étaient adaptés à chaque jour de la semaine – chir chel yom, un Psaume que nous récitons chaque jour à la fin de la prière, débutant par hayom yom… En effet, la prière du matin – cha’harit remplace aujourd’hui le tamid chel cha’har, et le chir chel yom est récité à la fin de la prière, au moment où l’on offrait la libation de vin sur l’autel, accompagnée par la symphonie des Léviim.
De même, les korbanot tsibbour – sacrifices communautaires étaient également accompagnés par le chant des Léviim.

Il y a toutefois une controverse en ce qui concerne les sacrifices personnels que l’on apportait, s’ils étaient également accompagnés du chant des Léviim.
Certains décisionnaires affirment que les Léviim ne participaient pas à ce service.
D’autres affirment que les Léviim chantaient aussi pour ces korbanot.

Ainsi, le Yalkout Réouvéni rapporte au début de Vaykra au nom du Brit Ménou’ha que lorsqu’un fauteur amenait un korban ‘hatate – sacrifice expiatoire pour avoir transgressé un interdit de la Torah, le Cohen chargé de sacrifier le korban demandait au fauteur quelle faute avait-il commise et il transmettait au Lévi cette information, afin que ce dernier entonne un chant adéquat à cette faute. Le Cohen qui se trouvait sur le Mizbéa’h – l’Autel, observait de près la fumée qui se dégageait du sacrifice. Si elle s’élevait tout droit, comme un bâton, cela signifiait que le fauteur regrettait sincèrement son dérapage. Or, si la fumée qui se dégageait du sacrifice zigzaguait vers le ciel, cela indiquait que le fauteur ne s’était pas suffisamment repenti et le Cohen faisait signe au Lévi que le chant entonné n’avait pas d’effet sur le fauteur. Le Lévi entamait alors une mélodie plus poignante que la précédente, et c’est alors que se parachevait la Téchouva, avec la fumée qui s’élevait tout droit vers le ciel.

Ce commentaire du Brit Ménou’ha est également rapporté à deux reprises par l’illustre rabbi Klonimous Kalman Halévi Epstein zatsal de Cracovie, dans son commentaire Maor Vachémech (Vaykra 9, 22), confirmant ainsi l’avis que les Léviim étaient au service de chacun qui amenait un korban.

La musique au Bet Hamikdach
L’initiation à cet art était très longue, et elle durait cinq ans. À l’âge de vingt-cinq ans, le Lévi novice débutait son étude de la liturgie, et ce, jusqu’à trente ans. C’est alors que son maître décidait s’il était apte au service divin. Certains élèves étaient alors refusés et enjoints de passer à un autre genre de service, concernant l’ouverture et la fermeture des portes. Quant à ceux qui avaient été acceptés dans la chorale des Léviim, ils avaient droit de se joindre à leurs frères qui étaient debout sur l’estrade qui séparait la Ezrat Israël de la Ezrat Nachim et parfois sur les quinze marches qui menaient de l’Ezrat Nachim – la cour des femmes à l’Ezrat Israël – la cour des hommes. Ces quinze marches symbolisaient les quinze Psaumes débutant par les mots Chir Hamaalot – Cantique des degrés (Psaumes 120-135). Selon la Michna (Erkhin 2, 6), il y avait au moins douze Léviim en permanence : neuf violons, deux lyres et une cymbale. Sous les escaliers se trouvaient les dépôts dans lesquels les Léviim gardaient précieusement leurs instruments. Les règles de cet art nous sont aujourd’hui inconnues, car à l’époque de la destruction du Temple, les Léviim refusèrent de transmettre leur savoir, afin qu’il ne soit pas utilisé à des fins profanes. Leurs oppresseurs tentèrent en vain d’extorquer de leurs prisonniers les secrets de la liturgie des Léviim. « Aux saules qui les bordent, nous suspendîmes nos harpes ; car là nos maîtres nous demandaient des hymnes, nos oppresseurs des chants de joie. ‘Chantez-nous [disaient-ils], un des cantiques de Sion !’ » (Psaumes 137, 2-3). Les Léviim s’amputèrent du pouce, afin qu’ils ne puissent plus jouer de la lyre ou du violon (Rachi Kidouchin 69b). Ils emportèrent leur secret dans la tombe, mais il nous reste toutefois des détails éparpillés à travers le Talmud qui relatent la puissance spirituelle de cette musique. Les cordes du cœur de celui qui écoutait cette musique du Gan Éden vibraient avec chaque note. Les accords étaient réalisés avec une telle subtilité qu’ils élevaient l’auditeur sur des vagues d’harmonie jusqu’à des sommets spirituels, lui ouvrant des horizons de sainteté et de pureté jusqu’alors inconnus. D’autre part, la profonde symphonie remplissait le cœur du fauteur d’un repentir profond et sincère, et comme le rapporte le Rambam, le fauteur ému et rongé par les remords les plus sincères, s’engageait à ne plus récidiver, au point que même Hachem pouvait attester de son repentir.

La joie à Souccot
Cette musique servait aussi à exprimer la joie spirituelle qui animait ceux qui participaient à la Sim’hat Bet Hachoéva, pendant la fête de Souccot. La Ezrat Nachim était alors réservée aux hommes, tandis que les femmes prenaient place sur des balustrades qui entouraient cette cour. Les Léviim prenaient place sur leur estrade et c’est sur eux que pesait la responsabilité d’élever le public à un degré de sim’ha chel mitsva – pure joie spirituelle, qui se transformait en danses.
Cette danse en question n’était pas du tout liée à un effort physique, comme nous sommes habitués à le concevoir. Elle était surnaturelle, comme en témoigne l’extrait suivant, adapté d’une explication de l’illustre rabbi Nissan Nemanov zatsal, l’inoubliable Machpia de la yéchiva de Brunoy pendant plus de cinquante ans. « La danse est en fait une position du corps humain très spécifique, lorsque les pieds se rapprochent de la tête. Il y a toutefois une différence fondamentale qui distingue deux danseurs, et elle réside dans la réponse à la question suivante : qui se rapproche de quoi ? Autrement dit, est-ce la tête qui s’est abaissé jusqu’aux pieds, ou bien les pieds se sont-ils élevés vers la tête ? Celui qui étudie la Torah avec ferveur pendant plusieurs heures s’imprègne de la sainteté de l’étude, et cette sainteté déborde de la tête et immerge tout le corps, jusqu’aux pieds. C’est alors que les pieds ressentent qu’ils ont enfin un lien spirituel avec la tête, et cela leur donne l’envie de danser, car les pieds expriment ainsi leur élévation. Or, il existe aussi une situation inverse, dans laquelle le fainéant refuse de fatiguer ses méninges, et il veut se reposer spirituellement, en passant les rênes aux pieds. C’est alors qu’il tourne en rond dans une danse folle, dans laquelle la tête s’est abaissée et avilie jusqu’aux pieds…»
Les Léviim étaient à Souccot les catalyseurs de la sim’ha chel mitsva, de la joie qui élevait le matériel vers le spirituel. L’esprit prenait le dessus sur la matière, et le conflit habituel entre ces deux antagonistes était annihilé. Les pieds s’élevaient vers la tête et tout le corps était en transe spirituelle.

Les instruments des Léviim
Les instruments utilisés par les Léviim étaient différents de ce que nous connaissons. Ils avaient le violon à sept cordes, qui correspond aux sept dimensions du monde ici-bas. Ils jouaient également avec un instrument de huit cordes, qui sera d’usage courant lorsque le Machia’h viendra, rapidement et de nos jours. Selon les kabbalistes, le chiffre huit est associé au surnaturel, ce qui explique que son usage est réservé aux temps messianiques. Cet instrument est rapporté dans les Psaumes (6, 1 et 12, 1). Puis, dans le monde futur, l’instrument utilisé sera doté de dix cordes, comme le prévoit le roi David : « Je veux, ô D.ieu, Te chanter un cantique nouveau, Te célébrer sur la lyre à dix cordes » (Psaumes 144, 9).
Rabbi Moché Wolfson chlita, le Machguia’h de Torah Védaat rapporte dans une de ses drachot que la musique de nos jours est effectivement basée sur le chiffre sept, ainsi que les instruments du roi David qui avaient sept cordes. Nous avons aussi sept notes dans la gamme, mais il souligne aussi deux faits édifiants. La Torah dresse la liste des animaux autorisés à la consommation et elle en cite sept : « le cerf, le chevreuil, le daim, le bouquetin, l’antilope, l’auroch et le zémer » (Dévarim 14, 5). Le septième est donc le zémer, mot qui signifie également la musique en hébreu. Dans ce sillage, il souligne que nos Sages établissent une liste de sept mers, et la septième, c’est Kinéret, le lac de Tibériade qui a la forme d’une harpe, ce qui lui a valu son nom.

Les Léviim et le temps
Le Sfat Émet (Béhaalotekha 5653) rapporte lui aussi les différents instruments musicaux des Léviim qui évoluent en fonction de l’époque. Il commente cette mutation grâce à une analyse exemplaire.
Le monde se trouve sous l’emprise de trois vecteurs, comme rapporté dans le Séfer Yétsira : Olam, Chana et Néfech – l’espace, le temps et l’âme. Le peuple juif doit parfaire ces trois composantes, afin d’amener le tikoun hachalem – le monde à sa perfection. Les tâches ont été distribuées aux trois éléments du peuple juif : les Cohanim, les Léviim et les Israélim. Ces derniers ont reçu leur lot dans la terre d’Israël afin que chacun d’eux perfectionne l’espace reçu, grâce aux mitsvot liées à la terre.
Quant aux Cohanim et aux Léviim, ils n’ont pas reçu de lopin de terre, car la mission qui leur incombait était différente. Les Cohanim devaient perfectionner l’âme, et exercer pour cela le Service divin en sacrifiant les korbanot, permettant à l’être humain de se rapprocher de D.ieu et d’élever spirituellement son âme grâce à cette proximité.
Les Léviim, quant à eux, étaient chargés de faire le tikoun du temps. Cela explique d’ailleurs pourquoi leur service n’est valable que jusqu’à l’âge de cinquante ans, car leur mission sur terre se trouve sous l’égide du temps. Pour cela, ajoute le Sfat Émet, chaque jour avait son propre chir chel yom – chant du jour. Le Chabbat, quant à lui, est élevé à un niveau plus haut que les jours de la semaine. Il est à l’image du monde futur et cela justifie que le chant qui lui est dédié est joué sur un instrument à dix cordes, à l’instar de la musique relative au Monde futur. « Mizmor chir léyom hachabbat…Alé assor véalé navel… – Psaume et cantique pour le jour du Chabbat… avec la lyre à dix cordes et le luth, aux sons harmonieux de la harpe…» (Psaumes 92, 1-4)
C’est avec ferveur que nous attendons la réalisation de la prière du Moussaf récitée lors des fêtes : « Véhachev Cohanim laavodatam, ouLéviim léchiram oulézimram, véhachev Israël linvéem » – Ramène les Cohanim à leur service, et les Léviim à leurs chants et leurs louanges et Israël à son Temple. Amen.
Par Chalom Chainere