S’il fallait encore prouver la gravité de la moquerie et des persiflages, on pourrait citer cet enseignement de nos Sages : « La moquerie est particulièrement funeste, car elle débute dans les tourments et s’achève dans la destruction » (Avoda Zara 18/b).

Cette sentence fait en fait écho à une prophétie explicite : « A présent, trêve à vos railleries, elles renforceraient vos chaînes ! Car c’est un arrêt de destruction que j’ai entendu prononcer par l’Eternel » (Ichaya 28, 22). Ces quelques mots reflètent à la perfection l’extrême gravité de cette attitude funeste.
Aux moqueurs, Il oppose la moquerie
L’un des exemples types du moqueur, qui méprisa par ses railleries des messages d’une extrême importance, fut Pharaon, le roi d’Egypte. Lorsque Moché et Aharon se présentent à lui pour lui communiquer l’ordre divin : « Voici ce qu’a dit l’Eternel, D.ieu des Hébreux : ‘Renvois Mon peuple pour qu’il célèbre Mon culte’ » (Chémot 5,1), Pharaon ne se contente pas de leur répondre par la négative, il a besoin de les tourner en dérision : « Qui est donc cet Eternel auquel je devrais obéir ? Je ne connais pas l’Eternel, et je ne renverrai pas Israël ! »
Cette réaction n’est pas anodine. Les Sages nous apprennent en effet que l’immense pouvoir que détenait Pharaon lui était monté à la tête et, saisi par l’ivresse des grandeurs, il s’était autoproclamé : « Mon fleuve est mien et je me suis moi-même créé » (Yé’hezqel 29, 3). La folie qui s’était emparée de Pharaon ne lui permettait plus d’admettre une quelconque autorité, il fallait donc qu’il fût un dieu, qu’il se soit lui-même créé et qu’il détienne tous les pouvoirs au monde. A cet égard, il n’hésita pas à répondre à Moché : « Qui est donc cet Eternel auquel je devrais obéir ? »
Et puisque tels étaient les arguments de Pharaon, le Saint béni soit-Il a donc réagi à son encontre dans la même mesure : « Aux moqueurs, Il oppose la moquerie » (Proverbes 3, 34). En effet, si Pharaon avait réagi de manière rationnelle, on aurait pu lui opposer des arguments du même ordre. Mais face à la folie qui l’habitait, seule la manière forte, faisant usage de plaies et de fléaux, pouvait lui prouver son erreur. Parce qu’il avait déclaré : « Qui est donc l’Eternel ? », D.ieu lui répondit : « Par ceci tu sauras que Je suis l’Eternel » (6, 17). Et après que les premières plaies restèrent sans effet sur ses convictions, D.ieu l’accabla de nouveaux fléaux « afin que tu saches que nul n’est comme l’Eternel notre D.ieu » (8, 6), puis encore : « Pour que tu saches que Je suis l’Eternel, au sein de la terre » (8, 18).
Les sévices pour les moqueurs
Il serait une erreur de croire que Pharaon est un personnage appartenant à l’histoire ancienne et dont les actions ont été effacées depuis longtemps. Les dispositions dont fit preuve Pharaon existent toujours bel et bien encore aujourd’hui, et dans certaines situations, elles ne manquent pas de fleurir.
La Torah raconte que même après les six premières plaies qui frappèrent sauvagement le pays du Nil, certains Egyptiens continuèrent à mépriser les avertissements de Moché et n’en tinrent pas compte. Lorsque le prophète hébreu annonça qu’une grêle terrible allait s’abattre sur l’Egypte – en soulignant bien que les troupeaux qui ne seraient pas mis à l’abri n’y survivraient pas –, un grand nombre d’Egyptiens restèrent insensibles à cette annonce, et sacrifièrent tous leurs biens par faute de leur entêtement.
Certes, il ne fait aucun doute que ceux qui, parmi les Egyptiens, mirent leur bétail à l’abri, n’étaient pas pour autant des Justes. Néanmoins, ils eurent le mérite de réfléchir raisonnablement, et refusèrent de prendre un risque inutile. Ils avaient en effet constaté que toutes les prédictions de Moché s’étaient avérées justes, et ils jugèrent bon d’en tenir désormais compte. Surtout qu’avec peu d’efforts, ils purent se mettre à l’abri de cet avertissement.
Pourtant, en dépit de ces évidences, certains individus continuèrent à s’entêter, comme en témoigne la Torah : « Ceux qui ne tinrent pas compte de la parole de l’Eternel… » – par mépris de la parole divine, ces gens agirent comme si rien n’était et en subirent d’ailleurs les conséquences… A la lecture de ces versets, nous ne pouvons qu’être stupéfaits par un tel entêtement. Mais après réflexion, il conviendrait que nous nous posions la question inverse : sommes-nous vraiment à l’abri de cette tendance au mépris et à la raillerie, qui peut occulter à nos yeux l’évidence ? Des événements plus formidables les uns que les autres arrivent en permanence dans le monde. Mais sommes-nous réceptifs à leur message, et cherchons-nous à nous améliorer en conséquence ?
Tenir compte de la parole divine
Certains pourraient arguer qu’une réaction aussi absurde n’existe que chez des êtres éloignés des valeurs morales. Mais c’est absolument faux. Rav Chimchon Pinkus rapportait à ce sujet la prophétie de Jérémie : « Les dépositaires de la Torah ne Me connaissent plus ! » (2, 5), pour dire que même ceux qui, d’après le prophète, maintiennent la Torah peuvent être frappés de cécité intellectuelle – traduite par lui comme une « méconnaissance de D.ieu ».
Lorsque Moché faisait paître les troupeaux de son beau-père, la vision du Buisson ardent lui apparut. Il est dit alors : « Je veux m’approcher, je veux examiner ce grand phénomène : pourquoi le buisson ne se consume pas ? » A la vue de ce prodige, Moché aurait pu rester indifférent, et ne pas chercher à en savoir davantage. Et assurément, s’il avait eu cette réaction, il n’aurait jamais mérité des sauver le peuple juif. C’est donc bien en accordant toute leur importance aux événements qui nous entourent et en y méditant, que nous pourrons faire jaillir la délivrance qui nous sortira tous de l’exil. Adapté par Y. Bendennoune à partir d’un article du rav Moché Reiss, pour Hamodia en hébreu.