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Page 1 sur 7 III CROYANCE ET ACTION : LES CRITERES POUR UNE DECISION RESPONSABLE Section 1 La Torah se présente sous la forme d'un système pourvu de nombreuses qualités : elle est magnifique, elle inspire et pose un défi tout à la fois, elle est morale et profonde, elle sensibilise, et ainsi de suite; et elle est aussi l'expression de la vérité. Or, je ne veux traiter ici que de l'aspect "vérité"; le reste est tout aussi fondé, mais je ne n'en parlerai pas : chacun d'entre nous a la responsabilité de rechercher la vérité, et c'est ce que je veux essayer de faire ici. Une remarque pour commencer : lorsque nous parlons de la Torah comme étant vraie, il nous faut nous limiter aux parties de la Torah qui sont descriptives, c'est-à-dire aux portions de la Torah qui décrivent des faits : comment le monde a vu le jour; les événements historiques, y compris peut-être ceux de nature miraculeuse; les prophéties, révélations, guerres, famines et migrations; la nature de l'être humain et celle de l'âme; les prédictions qui concernent l'avenir, comme par exemple la venue du Messie et ce qui se passe après la mort; les forces qui affectent l'Histoire; la manière dont D.ieu interagit avec l'Homme, et ainsi de suite. Dans tous ces cas, nous serons à même de trouver des affirmations présentées comme des descriptions de faits. Notre question sera donc la suivante : quelles sont les raisons que nous avons d'accepter ces affirmations comme vraies ? L'expérience m'a toutefois enseigné qu'il est stérile de débuter une discussion quant à la vérité du Judaïsme avant de convenir au préalable de critères quant à son évaluation. Si je présente des idées, des preuves, des arguments ou des justifications, et que les standards par lesquels la validité de tous ces arguments doit être évaluée ne font l'objet d'aucun consensus, nous n'aboutirons certainement qu'à un dialogue de sourds. Quel est l'étalon à choisir pour évaluer une preuve ? Il y a un standard pour mesurer la connaissance que nous devons à Descartes, et qui fait l'objet de beaucoup de discussion. D'après Descartes, je ne peux prétendre savoir quelque chose qu'à la seule condition d'être capable de rejeter catégoriquement toute autre alternative que je serais en mesure d'imaginer. Si je dis être sûr de A, la seule manière de conforter mon affirmation est pour moi d'être en mesure de réfuter définitivement toute autre alternative. Donc, si je prétends connaître A, vous pouvez me contredire en proposant n'importe quelle explication différente B. Il suffit que B soit dans le domaine du possible : si je ne peux éliminer B, et l'éliminer totalement, alors il me faut retirer mon affirmation de savoir A. Tel est le standard cartésien. Or, il nous va falloir rejeter ce critère, et ce sur la base de deux arguments. Ce point est crucial, parce que nous tous avons tous été plus ou moins influencés par la norme cartésienne, et que nous l'utilisons de manière presque instinctive. Lorsque quelqu'un affirme savoir quelque chose et propose un argument pour conforter sa théorie, la réponse naturelle est d'essayer de le réfuter sur la base de Descartes ("N'est-il pas toujours possible qu'une explication différente soit la bonne ?"). Donc, il est important que nous nous entendions dès le début pour rejeter le critère cartésien. La première raison pour rejeter Descartes est que si l'on vit réellement en fonction de ce standard, on ne sait plus rien du tout ! Toute prétention de savoir quelque chose peut être réfutée en utilisant un critère cartésien rigoureux. Descartes lui-même était gêné par cela. Comment savez-vous que vous n'êtes pas en train de rêver à cet instant précis ? De quelle façon pourriez-vous vous prouver, de manière catégorique, que vous ne dormez pas maintenant ? En vous pinçant ? Ne pourriez-vous pas vous pincer dans un rêve ? Etes vous en mesure de vous prouver à vous-même que vous n'allez pas vous réveiller dans 3 minutes au 22ème siècle, en train de penser : "Ah, voilà ce que j'obtiens à lire des livres historiques. J'ai rêvé que je vivais il y a plus de 100 ans, dans un endroit bizarre où l'air conditionné ne marchait pas correctement", etc. Or, d'après le critère de Descartes, vous ne savez pas que vous êtes éveillé du moment qu'il y a une alternative imaginable qu'en réalité vous dormez. [Bien sûr, Descartes pensait qu'il pouvait prouver que (la plupart du temps) nous ne dormons pas. Mais aujourd'hui personne ne reconnaît sa preuve comme valide - nous ne pouvons pas prouver que nous ne dormons pas.] L'exemple de Bertrand Russell consistait à demander si vous savez si l'Univers est en réalité vieux de plus de 5 minutes. Cinq minutes. Vous pouvez argumenter : "bien sûr, je me souviens de ce qui est arrivé hier". Mais je peux toujours suggérer que votre existence a commencé il y a cinq minutes avec tous ces souvenirs enregistrés dans votre cerveau. Si vous dites "et bien, j'ai une cassette du concert des Grateful Dead, et c'est une cassette de 45 minutes, donc forcément que le concert qui a été enregistré a duré au moins 45 minutes", la réponse est que le monde a débuté il y a cinq minutes, avec la cassette et les impressions magnétiques déjà dessus. "Tenez, on trouve des dépôts d'uranium en partie décomposés, et juste à côté les sous-produits provenant habituellement de cette décomposition, dans des proportions correctes." Là encore, on peut répondre que tout n'est apparu qu'il y a cinq minutes, y compris l'uranium et les sous-produits de décomposition. Donc, nous avons une explication alternative potentielle. Vous pensez que l'Univers a des millions ou des milliards d'années, mais on peut défendre l'hypothèse qu'il n'a que cinq minutes, étant apparu avec toutes les caractéristiques dont vous pensez qu'elles indiquent un âge plus élevé. Vous ne pouvez catégoriquement l'exclure. Donc, d'après Descartes, vous ne savez pas que l'Univers a plus que 5 minutes ! Vous pouvez continuer ainsi avec tout ce en quoi vous croyez, et si vous avez une imagination suffisamment inventive, vous pourrez toujours conjurer une alternative quelconque que vous ne pourrez réfuter définitivement, et par là même rejeter toute prétention à une connaissance. Ainsi, le critère de Descartes est stérile. Il est sans espoir. Il nous prive de tout ce que nous pensons savoir. Depuis que Descartes a commencé ce petit jeu, il y a 350 ans, tout le monde a essayé de trouver un différent standard, un autre étalon pour mesurer la connaissance. Il n'y a pas de réponse définitive à Descartes si ce n'est la certitude qu'il a certainement tort, et qu'un jour quelqu'un trouvera un critère acceptable. Ceci est la première raison pour rejeter le standard cartésien. [Certains considèrent la suggestion de Descartes "je pense, donc je suis" comme une certitude absolue. Mais même cette déduction a ses détracteurs. Pourquoi Descartes assume-t-il l'existence d'un sujet ? Lorsque nous disons "il pleut", le mot "il" ne renvoie à personne ! De la même façon que "il pleut" signifie que la pluie est en train de tomber, peut-être que "je pense" veut simplement dire qu'une pensée existe. La déduction de quelque chose appelé "je" est sans aucune fondation. En fait, même les mathématiques et la logique ont leurs opposants. Il semblerait que rien ne soit absolument établi.]
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