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En pratique, chacun de ces systèmes de défense suffit par lui-même à atténuer le risque d’altération au minimum, voire à s’assurer qu’aucune déformation ne s’ingérera. À plus forte raison si nous réussissons à mettre en place une partie où les sept mécanismes agiront simultanément : les enfants prononceront le mot en transmettant l’objet désigné ; répartis en dix rangées, ils répéteront quotidiennement le terme à cinquante reprises pendant dix jours, après que nous aurons suscité chez tous une haute motivation en leur faisant miroiter une récompense et en les menaçant de sévères châtiments, en leur montrant la noblesse de la tâche, son importance et ses enjeux. De surcroît, il leur aura été transmis un petit billet contenant une allusion au mot ou les grandes lignes du message à communiquer. Dans de telles conditions, une méprise devient réellement impossible… Eh bien, nous verrons que la Torah a été transmise de génération en génération, sous la haute garde de ces sept systèmes (et d’autres encore) de défense empêchant toute dénaturation. La Torah est transmise d’une génération à la suivante au fil d’une chaîne historique ininterrompue. La continuité historique, comme nous l’avons dit, constitue l’élément clé de la recherche annaliste. Des événements rapportés de manière incessante sont considérés comme des faits avérés. La biographie d’une grande figure comme Alexandre le Grand se transmet d’une génération à la suivante comme une histoire qui s’est déroulée en présence de multitudes. Si ce personnage était le fruit d’une invention et donc que nul ne l’avait vu, il serait difficile d’expliquer comment on a pu imaginer l’homme et sa chronologie et convaincre les foules de leur tangibilité. Prenons l’histoire de Mahomet selon laquelle il vit l’ange Gabriel alors qu’il était seul dans le désert, et qui circule de génération en génération, au fil d’une constance historique soutenue. Nous savons, certes, que l’homme a existé – des multitudes l’ont vu ! Nous ne savons cependant rien quant à l’authenticité de son récit, du fait que même d’après leur version, personne hormis lui-même ne le vit rencontrer l’ange Gabriel… Nous savons donc qu’a existé un dénommé Mahomet, nous savons également qu’il a assuré avoir vu l’ange Gabriel. Mais l’a-t-il vraiment vu ? À cela, il faut croire d’une foi aveugle dont l’objet ne peut être prouvé, puisque, encore une fois, personne n’était présent pour pouvoir l’attester. Évidemment, n’imaginons pas que n’importe quel récit lié à un événement survenu en présence d’une multitude puisse être recueilli d’un cœur entier par les masses et être transmis tel quel d’une génération à la suivante. La Torah nous est parvenue jusqu’à nos jours suivant une continuité historique intensive qui ne trouve sa pareille dans les annales d’aucune autre nation. Personne au monde ne peut nommer, parmi les diverses générations, des individus ayant eu pour mission et objectif de transmettre l’histoire d’Alexandre le Grand. La continuité historique marquant les récits qui lui sont liés est absolument indéterminée. La Torah parcourt quant à elle une chaîne chronologique nominative et détaillée. Le fil historique de sa diffusion est rigoureusement daté ; nous savons qui étaient les chefs spirituels de chaque génération à avoir transmis la Torah à la suivante. Nous connaissons leurs époques de gloire et d’influence, nous savons à quel moment chacun est décédé et a transmis le sceptre de l’autorité aux dirigeants suivants de la postérité. Une succession historique aussi dense et claire voue à l’échec toute tentative de “transplanter” un récit fictif. Les noms des dirigeants de la nation – qui furent les chefs de la transmission de la tradition – nous sont connus pour chaque génération. Nous savons aussi de nombreux détails à leur sujet, sur leur caractère, sur les paroles qu’ils avaient coutume d’émettre, sur les événements qui se produisirent à leur époque – y compris ceux qui marquèrent leur vie privée. Des descriptions de leur visage et de leur corps ont même été parfois conservées. Face à une telle profusion de détails, il n’y a aucune raison de supposer qu’un système éminent comme la Torah ait pu subitement être introduit sans laisser d’empreinte. Cette Torah transmise est elle aussi détaillée à l’extrême. Quiconque prétend que quelqu’un a inventé le récit ne tient pas compte du fait qu’une telle personne aurait dû assumer une mission fort ardue : cet homme aura dû convaincre tous ses auditeurs de l’exactitude de chaque détail. Généralement, les récits historiques reconstitués se caractérisent par des dates “rondes”. Lorsqu’on parle d’anciennes dynasties égyptiennes “reconstituées” par les chercheurs, on avance des chiffres tels que 2000 ou 3000 ans avant l’ère chrétienne, etc.[2]. En effet, comment peut-on venir si longtemps après et accéder à des informations précises jusqu’au chiffre des unités ? La Torah, en revanche, regorge de nombres exacts ; elle rapporte le décompte précis des hommes d’armée de chaque tribu, quand le peuple hébreu entra dans le désert puis en sortit[3]… Si toutes ces données n’avaient pas été consignées au moment des événements et si elles n’avaient pas été fournies à des personnes qui connaissaient les détails et les nombres précis, comment celles-ci ont-elles convaincu les multitudes de les accepter et de s’y fier ?
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