L’une des particularités de la fête de Chavouot est précisément l’absence de mitsva particulière. En revanche, cette fête regorge d’usages et de coutumes, aux origines toujours très intéressantes…

Les plantes et les arbres

Une très ancienne coutume veut que l’on décore les synagogues et les maisons avec des plantes et des fleurs pour la fête de Chavouot (Rama 494, 3), pour rappeler que le mont Sinaï s’était couvert de verdure lors du Don de la Torah. Visiblement, cette coutume remonte même à l’époque du Premier Temple. En effet, parmi les différentes accusations que porta Haman aux oreilles du roi Assuérus contre le peuple juif, il lui déclara : « Le mois de Sivan, les Juifs célèbrent deux jours de fête. Ils se rendent dans les synagogues, ils lisent le chéma, ils prient et lisent dans les livres de leur Torah et dans les prophètes. Ils maudissent ensuite le roi et les princes du royaume, et ils appellent ce jour ‘Atséret’. Ils se rendent ensuite sur les toits des synagogues, ils répandent par terre des roses et des pommes. En allant ensuite les ramasser, ils proclament : ‘De la même manière que nous cueillons ces roses et ces pommes, ainsi que les fils des nations soient tués et non nos fils » (targoum chéni sur Esther 3, 8). Comme dans le reste de ce long plaidoyer, Haman accusent les Juifs de torts totalement chimériques, en s’appuyant cependant sur des faits et coutumes bien réels. Il est donc avéré qu’en ces temps déjà, les Juifs répandaient des fleurs et des plantes dans leurs synagogues.
Une coutume parallèle veut qu’on place dans les synagogues des arbres, pour rappeler qu’en ce jour, nous sommes également jugés sur les « fruits de l’arbre » (Maguen Avraham 494).
Certains décisionnaires considèrent cependant qu’il est préférable de ne plus suivre cette coutume de nos jours, dans la mesure où elle a été adoptée par les nations du monde pour célébrer leurs propres festivités (Gaon de Vilna ibid.).
Certains ont également l’habitude de décorer le Séfer Torah à l’aide de fleurs (Kaf ha’Haïm ibid. 59). On s’abstiendra cependant d’utiliser des branches d’arbres fruitiers, pour ne pas enfreindre l’interdit de « bal tach’hit ».
La veillée de Chavouot
Une coutume, répandue parmi toutes les communautés juives, consiste à veiller pendant toute la nuit de Chavouot. D’ailleurs, les décisionnaires soulignent que ceux qui observent cette coutume auront l’assurance de ne subir aucun préjudice jusqu’à la fin de l’année (Béer Hétev au nom du Chaar Hakavanot). Dans les communautés tunisiennes, cette nuit est même appelée la « nuit de la protection », pendant laquelle une étude commune est organisée en présence des Rabbanim de la communauté.
Pendant cette nuit, certains ont la coutume d’étudier librement, alors que d’autres préconisent la lecture d’un « tikoun », qui consiste en une suite de textes extraits des différentes sections de la Torah (Tanakh, Michna, Zohar, etc.), composé par Rabbi Moché Cordovéro et le Ari Zal.
On raconte à ce sujet que pendant une nuit de Chavouot, le Gaon de Vilna récitait le tikoun, pendant que le Maguid de Doubno, à quelques bancs de lui dans la même synagogue, étudiait habituellement. Intrigué, le Gaon de Vilna lui demanda pour quelle raison avait-il choisi d’étudier simplement, plutôt que de réciter le tikoun du Ari Zal. Comme à son habitude, le Maguid de Doubno lui répondit par une parabole…
Il expliqua que ceci est semblable à une devanture de magasin, que tout commerçant veut orner avec les plus beaux articles dont il dispose. Or, pour un marchand dont les entrepôts sont déjà remplis de toutes sortes de produits, le fait de décorer sa vitrine est assurément un atout, qui lui permettra de mettre son commerce en valeur. En revanche, à quelqu’un qui débute dans la profession, on lui conseillera plutôt d’acquérir d’abord la marchandise et de remplir ses entrepôts, avant de se soucier de ces détails esthétiques.
De la même manière concernant l’étude de la veillée de Chavouot : lorsqu’une personne possède déjà un sérieux bagage en Torah, il est tout à fait approprié pour elle d’« orner » son étude avec la lecture d’un texte tel que le tikoun. En revanche, pour une personne aux connaissances encore modestes, il est préférable de se remplir d’abord de « marchandises » solides et concrètes. Le Maguid expliqua ainsi qu’il se considérait lui-même, à côté du Gaon de Vilna, comme un jeune commerçant débutant…
Toutefois, le ‘Hida se montre très strict à ce sujet, au point de blâmer vertement ceux qui ne se consacrent pas à sa lecture pendant cette nuit. Il remarque notamment que le principe même de cette veillée provient des enseignements de la Cabale et du Ari Zal. Par conséquent, pourquoi ne pas s’en remettre également à leurs enseignements pour déterminer la manière dont il convient de passer cette veillée ?
Mais quoi qu’il en soit, l’essentiel reste évidemment de ne pas passer la nuit simplement réveillé, en perdant son temps dans des futilités…
La coutume des mets lactés
Une coutume très répandue consiste à consommer des mets lactés pendant Chavouot (Rama ad loc.). Différentes explications sont données à son sujet : le fait de consommer à la fois du lait et de la viande le même jour rappelle les Deux pains approchés en ce jour dans le Temple (Rama). D’autres invoquent l’idée que pendant les sept semaines séparant Pessa’h du Don de la Torah, les enfants d’Israël étaient semblables à une femme qui se purifie de son cycle menstruel grâce aux « sept jours pureté ». Or, le sang que ces jours viennent purifier se change, au moment d’une naissance, en lait. La consommation de lait rappelle donc cette idée, et suggère aussi le passage de l’Attribut de Rigueur – symbolisé par le sang – à celui de la Miséricorde – que rappelle le blanc du lait (Maguen Avraham). D’autres enfin rapportent la coutume de manger à la fois du lait et du miel, pour rappeler qu’il est dit de la Torah (Chir Hachirim 4, 11) : « Du miel et du lait sous ta langue » (‘Hok Yaacov au nom du Kol Bo).
Beaucoup de communautés ashkénazes ont l’habitude de consacrer la totalité du repas du soir aux plats lactés. Cependant, de nombreux décisionnaires semblent désapprouver cette habitude, dans la mesure où un repas de fête digne de ce nom doit être obligatoirement accompagné de viande. C’est pourquoi ils préconisent de garder ces mets pour le kidouch du matin, en prenant cependant soin de séparer convenablement les plats lactés de la viande du repas de fête (Darké Téchouva 89).
Notons enfin que pour Chaouvot, certains avis permettent exceptionnellement de ne pas séparer la consommation de viande et de lait d’une attente de six heures, pour pouvoir consommer des plats lactés pendant l’après-midi de fête (‘Hok Yaacov au nom du Kol Bo). Mais visiblement, cette autorisation n’a absolument pas été retenue pas les décisionnaires.
Autres coutumes
Concluons par quelques autres coutumes intéressantes concernant la fête de Chavouot. Beaucoup de communautés ashkénazes ont l’habitude de manger des kreplakh – sorte de raviolis – dont la forme à trois angles rappelle que la Torah est composée de trois parties – Torah, Prophètes, Hagiographes –, et qu’elle fut donnée à un peuple divisé en trois campements – Cohen, Lévi et Israël (cf. Chabbat 68). D’autres ont la coutume d’assaisonner leurs plats avec du safran, dont la couleur rappelle le miel. Enfin, certains confectionnent de longs pains, dont les extrémités se divisent en deux, de sorte à former quatre angles. De la sorte, on rappelle les Deux pains approchés au Temple pour Chavouot. En outre, ce dédoublement des pains rappelle que le mois de Sivan est placé sous le signe astrologique des Gémeaux (‘Hok Yaacov).
Par Yonathan Bendennnoune, en partenariat avec Hamodia.fr