Après que le patriarche Avraham quitte sa famille et son lieu de naissance, sur l’ordre divin, il arrive en Eretz Israël, puis suite à une famine se rend en Égypte où il est miraculeusement protégé avant de revenir en Terre d’Israël.

Il livre alors bataille à une coalition de quatre rois, les défait et parvient à délivrer son neveu Lot. Avraham est donc un personnage célèbre dans plusieurs pays de la région. Il est reconnu comme un authentique fidèle d’Hachem, ce qui lui donne une force physique et une puissance militaire hors du commun. De manière générale, les Tsadikim, les justes, craignent les situations de gloire et de succès. Ils savent très bien que la véritable récompense pour leur piété et leur sagesse ne doit pas être octroyée au cours de leur existence en ce monde. Elle sera la substance de leur vie future. Ce monde-ci présente normalement des difficultés et des épreuves. Au demeurant, les justes ne sont pas attirés par les succès et par la gloire ; ils savent que ce ne sont pas les vraies valeurs à rechercher sur terre. Le Daat Sofrim explique que, comblé de gloire, Avraham craignait d’avoir été ainsi récompensé pour tous les mérites qu’il avait acquis et d’arriver au monde futur les mains vides.

Il était inquiet des conséquences de la bataille qu’il avait livrée contre les quatre rois. Il n’était pas persuadé que ses ennemis méritaient d’être abattus. Peut-être y en avait-il parmi eux qu’il aurait pu inspirer à vénérer Hachem ? De plus, il craignait une opération de représailles que déclencheraient ses ennemis d’antan. Pouvait-il s’attendre à être de nouveau secouru miraculeusement par Hachem ? Et surtout, alors qu’il répandait partout son intime conviction qu’Hachem aime la paix et la bonne entente entre les hommes, exhortant les foules à se conduire dans la voie du ‘Hessed, sa bataille n’allait-elle pas donner l’impression scandaleuse qu’il prêchait des principes qu’il ne respectait pas lui-même ? Une telle contradiction pourrait susciter un ‘Hiloul Hachem, une profanation du Nom Divin. Avraham a donc l’impression d’être tombé bien bas, à la suite de cette bataille qu’il avait livrée pour délivrer son neveu Lot. C’est justement à ce moment-là qu’Hachem lui parle pour lui inspirer une analyse toute différente et pour lui faire reprendre courage. Le Rambane, (Rabbi Moché ben Na’hman, 1194 -1270) explique que cette apparition d’Hachem à Avraham est en fait une prophétie en plein jour. Hachem transmet à Avraham un message de réconfort et d’encouragement. Il lui dit : « Ne crains pas, Avram, Je te réserve une récompense immense ». (Beréchit 15, 1). Abraham reçoit ainsi la confirmation de son approche initiale, qui considérait sa bataille contre les quatre rois comme un idéal héroïque. Le midrach précise que l’autocritique d’Avraham dans sa trop rigoureuse introspection ne se justifiait nullement.

Avraham reprend courage, mais exprime alors ses véritables soucis : il était sans enfant. À qui profiteraient les récompenses qu’Hachem lui a annoncées ? À son esclave Eliézer ? Avraham comprend qu’Eliézer n’est ni digne, ni capable de devenir son héritier spirituel, ainsi que l’avenir le montrera clairement. Hachem avait annoncé à Avraham qu’il deviendrait un grand peuple, et malgré son âge, il pouvait encore espérer avoir des enfants. Mais pourrait-il encore, à son âge, donner à ses enfants l’éducation, sans laquelle ils seraient incapables de devenir ses héritiers spirituels ? À ce point ultime de sa prière, Hachem le rassure et lui annonce qu’il serait béni d’une descendance capable de recevoir et d’assumer son héritage spirituel. Et sur place, Hachem conclut avec lui la fameuse alliance « ben habétarim », (entre les morceaux) aux termes de laquelle Hachem fit don de tout Eretz Israël à Avraham et à sa descendance. Dans cette même révélation, Hachem a informé Avraham que sa descendance vivra sous le joug de l’esclavage pendant quatre siècles, avenir qui se prolongerait ensuite en une histoire glorieuse de cette même descendance comme peuple libre et conscient de son rôle d’héritier spirituel d’Avraham. Il est intéressant de noter que les perspectives merveilleusement optimistes qu’ Hachem offre là à Abraham, se situent précisément au moment où Abraham se sentait on ne peut plus pessimiste, d’un point de vue spirituel.

Dans notre histoire, Hachem nous a souvent extraits des pires dangers, pour nous élever aux niveaux les plus élevés, comme ce fut le cas lors de la Sortie d’Égypte. Si nous vivons actuellement des moments où les nations deviennent de plus en plus menaçantes pour notre survie physique et pour notre existence spirituelle, il nous appartient d’espérer en une délivrance tout à fait extraordinaire. Mais n’oublions surtout pas que, face à la promesse de Hachem, Avraham a réagi par une émouna parfaite et par une confiance sans réserve. Saurons-nous créer en notre génération une espérance sans faille en la délivrance divine que nous attendons ? Notre génération est particulièrement riche en familles pratiquantes, en familles qui ont accompli une téchouva éblouissante, en yéchivot, en kollelim et en séminaires pour jeunes filles. L’étude de la Torah et la pratique des mitsvot ont atteint un niveau admirable. Même s’il reste encore beaucoup de progrès à accomplir, nous avons déjà le droit, et donc le devoir, de prier Hachem de nous envoyer Sa délivrance, en nous préparant à reconnaître en la délivrance son caractère divin et miraculeux. Notre époque est riche en épreuves, religieuses, politiques et économiques. Ne doutons jamais d’Hachem. C’est Lui qui nous envoie nos problèmes. C’est vers Lui que nous devons nous orienter, avec toute notre pensée, dans l’attente de Sa délivrance.

Nous devons perpétuer l’inébranlable foi de notre ancêtre Avraham, dont toute la vie fut jalonnée d’épreuves sans qu’il ne doute jamais d’Hachem. En tant que descendants d’Avraham, apprenons à avoir une émouna aussi évidente que possible, qui ressemblerait au moins un peu, dans la mesure de nos moyens, à celle de notre ancêtre. Si nous vivons actuellement des moments où les nations deviennent de plus en plus menaçantes pour notre survie physique et pour notre existence spirituelle, il nous appartient d’espérer en une délivrance tout à fait extraordinaire. Les justes ne sont pas attirés par les succès et par la gloire ; ils savent que ce ne sont pas les vraies valeurs à rechercher sur terre.

Par le Rav Hayim Yaacov Schlammé