« Hakol kol Yaacov, vehayadaym, yédé Essav – La voix est celle de Yaacov, tandis que les mains sont celles de Essav. » (Béréchit 27, 22) Nos Sages expliquent que même lorsqu’un juif est dans un piètre niveau spirituel, et que ses mains sont celles d’Essav, son essence spirituelle ne s’éteint pas, et sa voix reste celle de Yaacov.

En sortant de la pièce où il étudiait, Rabbi Barou’h Ber zatsal, l’illustre Roch Yéchiva de Kamenits, rencontra un ouvrier qui réparait quelque chose. Le Roch Yéchiva le salua en lui lançant cordialement « Dzień dobry, pania », seuls mots qu’il connaissait en polonais. L’ouvrier se courba avec respect et bredouilla quelque chose avec un large sourire. Rabbi Barou’h Ber se tourna vers la rabanit en guise de traductrice et elle lui expliqua que l’homme prétendait que malgré les apparences, il était juif et le rav pouvait s’adresser à lui en yddish.
Le rav blémit d’avoir offusqué quelqu’un et il se tourna vers l’ouvrier et s’excusa de ne pas avoir remarqué qu’il était un coreligionnaire.
« Ne vous faites pas de mauvais sang, j’ai effectivement l’air d’être un goy, et vous ne m’avez pas du tout vexé car cela ne change pas grand-chose pour moi… »
A ces mots, le rav tourna son regard vers le pauvre homme, qui était prêt à renoncer si facilement à son affiliation, et avec beaucoup de verve et de pathos, lui expliqua dans un long monologue qui étaient nos ancêtres, puis le don de la Torah, le peuple élu, la transmission de père en fils…Il se tourna alors vers l’ouvrier et lui demanda s’il avait compris, et ce dernier acquiesça avec la tête, tout ému de ce qu’il venait d’entendre pour la première fois.
Le rav lui demanda alors pardon de l’avoir pris pour un goy.
« Mais enfin, vous vous êtes déjà excusé, il y a quelques minutes. »
Le rav lui raconta la parabole suivante. Une dame hérita de sa belle-mère un collier de diamants, qu’elle croyait être de la pacotille. Sa voisine lui emprunta une fois le collier, et lorsqu’elle vint s’excuser le lendemain qu’elle l’avait égaré, elle lui pardonna de tout cœur, croyant que c’était de la camelote. Elle raconta à son mari, et ce dernier, tout furieux, lui révéla que c’était un joyau familial d’une immense valeur qui se transmettait de père en fils depuis des siècles…
Le pardon accordé auparavant n’a aucune valeur, puisque la belle-fille ignorait le prix du collier. La voisine devra demander à nouveau des excuses pour son inadvertance.
« Vois-tu, dit le rav, tu m’as pardonné tout à l’heure, alors que tu croyais qu’être juif, cela n’a pas de signification. Maintenant que tu réalises ce que cela veut dire, tu dois ressentir l’insulte et je dois donc m’excuser à nouveau…» Par C. Chalom, en partenariat avec Hamodia.fr