« Voici les noms des fils d’Israël, venant en Égypte ; ils y accompagnèrent Yaacov, chacun avec sa famille » (Chémot 1, 1). Ils refusèrent d’adopter les normes nationales des autochtones qu’ils fréquentèrent pendant 210 ans, et se conduisirent comme des touristes. Le verset insiste sur l’adverbe « venant » en Égypte, et non pas « venus » en Égypte. La familiarité et la routine étant des facteurs de l’assimilation, les Hébreux se sentirent toujours comme des étrangers qui venaient de débarquer et gardèrent ainsi distance de la culture égyptienne, et la prière du patriarche fut exaucée.

Dans la ville de Lomza, un jeune homme exerçait le métier de cho’het qui ne suffisait pas à nourrir sa famille. Dans son temps libre, il côtoyait le vénéré rabbin de la ville, le Gaon rabbi Yéhochoua Leib Diskin zatsal. Ce dernier recevait un intense courrier dans lequel il était assailli par des problèmes à résoudre. Il reçut un jour une demande d’envoyer un cho’het à une communauté en Amérique. Il s’exclama à haute voix « Ils pensent vraiment que je vais envoyer un cho’het dans un tel désert spirituel ? » Le jeune homme entendit l’exclamation du rav et subtilisa subrepticement l’enveloppe. Il savait ce qu’il allait faire…Quelques jours plus tard, sa femme en pleurs vint annoncer au rav que son mari avait disparu sans laisser de traces. Le rav lui demanda s’il avait pris ses téfilines et elle répondit par l’affirmative. Par intuition, le rav chercha parmi ses papiers et il s’aperçut que la fameuse lettre avait disparu. Il annonça alors à la misérable que son mari était parti pour l’Amérique. Peu après, elle reçut une lettre de son mari, dans laquelle il racontait sa bonne fortune dans le nouveau continent, et l’invitait à venir le rejoindre avec les enfants. En cas de refus, il opterait pour le divorce.
Le rav fut mis au courant de l’ultimatum et dit à la femme : « Vous n’avez pas le choix. Rejoignez-le. Je me sens responsable de ce drame, car je n’aurais pas dû lire la fameuse lettre à haute voix. De même que je prie chaque jour à chaudes larmes qu’il conserve sa foi en D.ieu dans le désert spirituel, je ferai de même pour vous et que D.ieu vous garde ».
Des dizaines d’années passèrent, pendant lesquelles le rav s’installa à Kovna, puis à Brisk, et enfin, à Jérusalem. Le cho’het lui aussi décida de finir ses jours à Jérusalem. Il se rendit alors chez rabbi Diskin. La rabbanite le reconnut et lui demanda : « Comment vont la femme et les enfants ? » Le cho’het qui connaissait bien la rabbanite répondit : « Tous sont orthodoxes religieux, et ils ont fondé des familles modèles, grâce à D.ieu ». La rabbanite se précipita alors dans la pièce de son mari, lui annonça la bonne nouvelle, en lui disant que dorénavant, il ne devra plus prier quotidiennement pour cette famille…    Par Chalom C.,