Les dirigeants de la communauté juive d’Italie ont demandé aux autorités de leur pays de retirer le nom du roi Victor-Emmanuel III des bâtiments officiels.

Cette démarche a été entreprise en raison du silence observé par le souverain pendant la Seconde Guerre mondiale lorsque le gouvernement fasciste de Mussolini, sous la pression d’Hitler, a adopté des lois antisémites qui ont entraîné la persécution et la déportation de nombreux Juifs qui ont été assassinés dans les camps de la mort nazis.

Selon les responsables de la communauté juive, ‘l’adoption des lois antisémites allait à l’encontre du serment prêté par le roi Victor-Emmanuel III lors de son entrée en fonction et de son engagement envers la constitution italienne’. Ils ont en outre rappelé que de nombreux Italiens avaient risqué leur vie pour sauver leurs compatriotes juifs, laissant entendre que cela mettait en exergue l’attitude impardonnable de leur souverain.

La controverse a débuté le mois dernier lorsque la dépouille du monarque, décédé en exil en 1947, a été ramenée en Italie pour y être enterrée. Il faut préciser que le retour des corps du roi et de son épouse Hélène de Savoie en Italie avait été interdit par la République italienne jusqu’en 2002. Cette année-là, la loi sur l’exil a été abrogée et leur rapatriement a alors été envisagé.

Noemi Di Segni, présidente de l’Union des communautés juives italiennes, avait alors réagi dans un communiqué en indiquant ‘qu’à une époque marquée par la perte progressive de la mémoire (historique) et des valeurs fondamentales, cette initiative ne pouvait qu’engendrer une profonde inquiétude’.

Elle avait ajouté : « Victor-Emmanuel III était un complice du régime fasciste et il n’a jamais cherché à entraver la violence qui s’est alors manifestée ouvertement dès les premiers mois ».

Les leaders de la communauté juive de Rome ont déclaré: « Il faut le dire haut et fort: Victor Emmanuel III était complice du régime fasciste dont il n’a pas empêché la montée et la violence au cours des premiers mois ». Ils ont précisé par ailleurs ‘qu’il n’avait jamais été jugé par un tribunal pour ces graves exactions’. Ils ont donc estimé ‘qu’il ne fallait accorder aucun hommage public à un homme qui avait assumé la responsabilité de décisions qui avaient couvert d’opprobre tout le pays’. Et de conclure : « L’Italie ne peut pas et ne doit pas oublier ».

Claire Dana-Picard