Gédéon : Les dernières années

 Le livre des « Juges »

 

Les dernières années de Gédéon

Rentré victorieux dans ses foyers, Gédéon se vit proposer la royauté sur Israël.

 Cependant, le mot mélèkh («roi») ne fut pas prononcé, et le texte indique qu’on lui a demandé de «dominer» (mechal), cette domination devant être transmise «à son fils et au fils de son fils» (8,22), ce qui constitue l’essence même d’une dévolution monarchique.

Apparemment, cette démarche a constitué le premier mouvement vers l’établissement d’une monarchie permanente, ainsi que vers la reconstitution de l’unité nationale des enfants d’Israël, durement mise à mal depuis la mort de Josué. C’est uniquement sous l’autorité de Samuel et avec l’investiture de Saül que ce projet monarchique se réalisera effectivement (ISamuel, chap.8 et suivants).

Gédéon refusa la couronne royale: Seul Hachem, répondit-il, détient le pouvoir (8,23). Cependant, il demanda sa part de butin: les anneaux d’or pris aux Midianites. Il en reçut pour mille sept cents chéqels d’or, sans parler des «petites lunes, des pendants d’oreille, des vêtements de pourpre dont étaient couverts les rois de Midian, et des colliers qui étaient aux cous de leurs chameaux» (8,26).

De ces trophées, Gédéon «fit un éfod, et le mit dans sa ville, dans ‘Ofra et tout Israël se prostitua là après celui-ci et cela devint un piège pour Gédéon et pour sa maison» (8,27).

Il est possible que cet éfod, du vivant de Gédéon, ait été un simple symbole, apte à procurer à celui qui l’avait confectionné l’affection et la déférence des foules et à lui assurer leur allégeance.

Cependant, s’il est vrai que Gédéon, selon les commentateurs traditionnels (Rachi, Radaq, Metsoudath David), n’entendait nullement faire de cet ornement – légalement réservé au kohen gadol (Chemoth28,4) – un objet d’adoration, il l’est devenu après sa mort.

Selon la formule du Midrach, «Samson a suivi ce qui excitait les regards de ses yeux et a jugé Israël, Gédéon a fait un éfod et a jugé Israël. Malheur à la génération dont les juges doivent être jugés!» (Yalqout Chim‘oni Ruth).

Gédéon n’est certes pas considéré avec la même sévérité que celle qui s’applique par exemple à Jéroboam, le premier des rois d’Israël, qui a institué un culte véritablement idolâtre (voir IRois12,26 et suivants). Mais il n’en a pas moins provoqué la débâcle religieuse qui a suivi sa mort. Il eut beaucoup de femmes, qui lui donnèrent soixante-dix fils, ainsi qu’une concubine dont le fils, appelé Avimélèkh («mon père est roi») (8,30 et 31), fera, à la mort de son père, exécuter ses frères afin de s’assurer le pouvoir.

Quoi qu’il en soit, le pays, désormais débarrassé de ses ennemis, connut une période de repos de quarante ans (8,28).

Cependant, Gédéon n’eut pas droit, après sa mort, à la reconnaissance des enfants d’Israël, lesquels recommencèrent de se livrer au culte de Ba‘al, «oubliant le bien que leur avait fait Gédéon» (8,32 à 35).

Le souvenir de ce «juge» et de sa prodigieuse victoire s’est imprimé durablement dans la mémoire collective des enfants d’Israël, comme en témoignent les citations suivantes:

«Car tu as cassé le joug qui pesait sur elle, et la verge de son épaule, le bâton de son oppresseur, comme au jour de Midian» (Isaïe 9, 3).

«Hachem des armées suscitera contre lui un fouet, comme Midian a été frappé au rocher de ‘Orèv et son bâton [sera] sur la mer, et il le lèvera à la manière de l’Egypte» (Isaïe 10, 26).

«Fais-leur comme à Midian, comme à Sissera, comme à Yavin au torrent de Kichon, qui ont été détruits à ‘Ein-Dor, qui sont devenus du fumier pour la terre. Fais que leurs nobles soient comme ‘Orèv et comme Zeèv, et tous leurs princes comme Zéva‘h et Tsalmounna» (Psaumes 83, 10 à 12).

(à suivre)

Jacques KOHN


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