|
Page 2 sur 2 Dans son cantique, Devora rappelle que les voyageurs, à l’époque de Chamgar, évitaient de circuler sur les «chemins» (en quelque sorte les routes nationales d’antan), auxquels ils préféraient les «sentiers détournés», et ce, expliquent Rachi, Ralbag et Metsoudath David, à cause de la présence des ennemis sur ces «chemins». On peut penser que cette insécurité, qui n’est pas sans ressembler à une intifada avant la lettre, a gravement modifié les conditions d’existence des enfants d’Israël, probablement obligés de se réfugier dans les villes et de déserter les campagnes. Il est probable que cette situation, dans une société dont les ressources étaient essentiellement agricoles, a dû comporter des conséquences économiques et sociales extrêmement douloureuses, comme une pénurie de produits alimentaires et une paupérisation accélérée de la population. Comme le fait observer Radaq, cette insécurité sur les routes signifiait que la victoire de Chamgar n’avait pas été complète. Quant à l’allusion à Yaël, ajoute ce commentateur, elle est destinée à nous convaincre que si cette femme, de même que Chamgar, a remporté des succès, ceux-ci n’ont été que des signes avant-coureurs de la véritable victoire – celle obtenue par Devora elle-même, qui «s’est levée comme une mère en Israël» (5,7). Si l’on rapproche le verset 3,31 du suivant (4,1), il ressort que Chamgar, même s’il a succédé à Ehoud, ne lui a pas nécessairement survécu. C’est en effet la mort de Ehoud qui a conduit directement à l’histoire de Devora. Selon certains commentateurs (voir notamment Metsoudath David ad3,31), la judicature de Chamgar a eu lieu l’année où Ehoud est décédé, et lui-même est mort cette année-là. Voilà peut-être pourquoi Rabbi Yehochoua’ ben Léwi considère que c’est à ces deux choftim que fait allusion le verset: «Mais, même leurs “juges”, ils ne les écoutèrent pas…» (2, 17), le second ayant succédé au premier avant la mort de celui-ci (Midrach Ruth Rabba 1). Il est indiqué qu’il a «aussi» sauvé Israël («Et lui aussi [Chamgar] sauva Israël», verset 3,31), mais sans précision quant au nombre d’années de paix qu’il lui a procurées. Cela signifie, explique Ralbag (ad loc.), que sa judicature a eu lieu pendant les vingt années d’oppression par Yavin et Sissera. L’exploit de Chamgar n’est pas sans ressembler à celui de Chamma, l’un des héros de David, dont il est indiqué que, «les Philistins s’étant assemblés en troupe, dans un champ plein de lentilles, et le peuple ayant fui devant l’ennemi, il se plaça au milieu du champ, et le sauva (de l’incendie [Metsoudath David]) et frappa les Philistins… (IISamuel 23,11 et 12). Signalons enfin que Chamgar, selon le Séfèr ha-Liqoutim, Choftim14, aurait été la réincarnation de Guerchom, fils de Moïse, dont le nom est une anagramme du sien (guimel, rèch, chine et mèm). (à suivre) Jacques KOHN
|
|
|