Avimelekh partie 2 : La harangue de Jotham



Avimélèkh
ou « le buisson d'épines » devenu roi
La harangue de Jotham


En réponse à cette élévation de son demi-frère à la dignité royale, Jotham va prononcer, avec la parabole dite du « buisson d'épines », l'une des plus éloquentes plaidoiries contre la tentation monarchique.

Du haut du mont Guerizim, l'une des montagnes qui surplombent Chekhèm, il harangua les habitants de cette ville.

Le Midrach (Yalqout Chim‘oni Choftim 9 §65) s'interroge sur la préférence donnée par Jotham au mont Guerizim -prédestiné à la bénédiction - sur le mont ‘Eval, qui symbolise la malédiction (Devarim 11, 29).

Voici, explique-t-il, ce qu'a voulu notifier Jotham aux habitants de Chekhèm : « Un jour viendra où vous revendiquerez la propriété du mont Guerizim au motif que les bénédictions en sont issues. Mais vous aurez oublié qu'en réalité, les malédictions se dirigent vers lui, puisqu'elles sont prononcées sur le mont ‘Eval qui lui fait face ! C'est donc cette montagne, dont vous prétendrez qu'elle vous appartient, qui sera marquée par l'empreinte de ma malédiction ! »

Voici la harangue prononcée par Jotham :

Les arbres voulurent un jour se choisir un roi. Ils s'adressèrent d'abord à l'olivier et lui dirent : « Règne sur nous ! » L'olivier répondit : « Je ne quitterai pas le soin de mon huile pour régner sur vous ! » Le figuier, également sollicité, rétorqua qu'il préférait ses figues aux charges du pouvoir suprême. Vint ensuite la vigne, qui affirma sa prédilection pour ses raisins. Enfin les arbres s'adressèrent au buisson d'épines qui répondit : « Je serai votre roi, et je vous offre mon ombre. Et si vous ne voulez pas de moi, le feu jaillira de mes piquants et dévorera les cèdres du Liban ! »

Cette parabole énumère trois sortes d'arbres : Jotham évoque en premier lieu l'olivier (9, 8), puis le figuier (9, 10) et la vigne (9, 12). Ces trois espèces, qui font partie de celles qui caractérisent Erets Yisrael (Devarim 8, 8), représentent les agriculteurs d'Israël qui cultivent leur terre avec amour et qui jouissent des fruits de leur labeur.

Sont également cités les cèdres du Liban (9, 15), symboles de la morgue des habitants de Chekhèm (9, 20).

Enfin le buisson d'épines, cet arbuste qui ne produit pas de fruits et qui ne se distingue pas par sa beauté : Il représente le métissage d'Avimélèkh, qui n'a hérité ni de la dignité de sa lignée paternelle, ni de la noble extraction de celle de sa mère. C'est lui qui, dans sa médiocrité, accepte d'accéder à la royauté, invite tous les autres à « s'abriter sous son ombre » (9, 15), attitude que les arbres précédents avaient refusé d'adopter, alors qu'elle est totalement outrecuidante de la part d'un simple arbrisseau.

Rachi, reprenant le Midrach Yalqout Chim‘oni déjà cité, projette sur la parabole de Jotham un autre éclairage :

L'olivier incarne ‘Othniel, fils de Qenaz, qui était issu de la tribu de Yehouda, laquelle est appelée « olivier », selon une prophétie de Jérémie la concernant (11, 16) : « Olivier verdoyant, remarquable par la beauté de son fruit... »

Le figuier personnifie Devora, qui refuse de renoncer à sa douceur, représentée par le miel de l'« abeille » (devora).

Quant à la vigne, elle symbolise Gédéon, descendant de Yossef, à propos de qui il est écrit : (Berèchith 49, 22) « fils fertile », rendu par Onqelos par : « comme une vigne qui se dresse... »

Reste le buisson d'épines, à savoir Avimélèkh : De même que le buisson d'épines est improductif et ne porte que des piquants, de même n'y avait-il pas de bonnes actions chez Avimélèkh.

La morale de la fable est facile à dégager : L'accession d'Avimélèkh au pouvoir n'est que le résultat de son ambition effrénée et d'une recherche immodérée de prestige. Aussi sera-t-elle vouée à l'échec.

(à suivre)

Jacques KOHN

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