L?Admor de Botochane, zatsal?
L’Admor de Botochane, zatsal…
Un nom dont le souvenir fait frémir le coeur de beaucoup de Juifs,
et en particulier des Français qui ont eu le mérite de le côtoyer.
Rabbi Morde’hai Frenkel est décédé à Pourim de Moukafine
(Pourim à Jérusalem), voilà 25 ans à Marseille. Hamodia retrace
ici les principales étapes de sa vie hors du commun.
NÉ EN 5675 (1914) à Botochane en Roumanie,
rabbi Mordé’haï Frenkel,
zatsal était affilié à la célèbre dynastie
de Roujine, Sanz et Kossov-Viznits.
Il perdit son père dans sa jeunesse et étudia
chez le fameux Daméssek Eliézer,
zatsal, avec une soif de Torah et une assiduité
exemplaire. L’immersion
dans un mikvé tous les matins
lui était très chère, y compris au
prix de briser la glace en hiver
pour se purifier avant la prière. Il
fut présenté devant le Tsaddik de
Shtéfénest qui promit à sa mère
que sa flamme « éclairerait les
cieux ».
Pendant la Shoah, il fut déporté
dans plusieurs camps et malgré
ses propres souffrances, il fut le
soutien spirituel de nombreux
déportés. Il veilla alors à ce
que la flamme juive continue à
rayonner dans les pires conditions et il réussit
à raviver la émouna chez de nombreux
Juifs.
Après la guerre, il se maria et revint à Botochane
où il rassembla autour de lui les Juifs
de Moldavie et de Roumanie en leur insufflant
l’amour de la Torah et des mitsvot. À
l’époque, il s’agissait d’un véritable défi,
surtout face aux autorités communistes qui
voyaient dans tout acte religieux un geste
« contre-révolutionnaire » sévèrement puni.
Par la suite, il se rendit à Bucarest où il continua
à être par lui-même un centre spirituel
du judaïsme aux côtés du Admor de Skoulène,
zatsal. Ce dernier fut d’ailleurs libéré
de son emprisonnement grâce à la caution
versée par l’Admor, zatsal, après une marche
à pied de quelques heures. Il fut lui-même
emprisonné maintes fois pour avoir diffusé
le judaïsme. Face aux juges, il rayonnait de
confiance en D.ieu sachant qu’ « Il ne l’abandonnerait
pas ». Il reconnut une fois l’un des
juges, un Juif assimilé qui avait auparavant
étudié chez lui. Il l’interpella en lui disant :
« Boris ! »… Ce dernier le reconnut alors, et
tout honteux de voir son maître sur le banc
des accusés, il ordonna sa libération immédiate.
Sa conduite sans peur face aux communistes
était aussi très spectaculaire. Le Chabbat,
il déambulait dans les rues de Bucarest,
suivi par ses enfants vêtus comme les Juifs
d’avant-guerre avec un kaftan et un schtreimel,
longues papillotes au vent… ce qui
n’était pas monnaie courante à l’époque !
Les Juifs admiraient son courage et voyaient
en lui la réalisation vivante du verset de la
Méguila d’Esther : « Et Morde’haï ne s’agenouille
pas et ne se prosterne pas ».
Face au Aman communiste d’alors, rabbi
Mordé’haï releva fièrement le défi et continua
à veiller à l’éducation juive, à la cacherout
et aux mikvaot.
Après avoir enfin reçu l’autorisation de
quitter la Roumanie en Eloul 5720 (1960), il
monte en Israël et choisit le mont Carmel, à
‘Haïfa, pour édifier son Bet Hamidrach. Rapidement,
il devient l’un des phares spirituels
de la « ville rouge ». Il s’emploie aussi à combattre
la laïcité de ‘Haïfa avec sa douceur et
avec le rayonnement de sainteté qui émanent
de sa personnalité. Avec douceur et tendresse,
il réussit ainsi à augmenter la sainteté du
Chabbat : beaucoup ferment leurs magasins
après avoir aperçu face à leurs vitrines son
saint visage torturé par le ‘hiloul chabbat.
Il reçut à ‘Haïfa la visite de beaucoup d’Admorim
qui vinrent lui rendre hommage, tels
que les Admorim de Satmar, de Gour, de
Ribnitz…Il vivait très pauvrement, sacrifiant
tout ce qu’il possédait pour réactiver le judaïsme
et la tradition. Ainsi, lorsque la ‘hassidout
de Gour décida d’ouvrir une yéchiva
à ‘Haïfa, une salle d’étude fut trouvée, mais
il n’y avait pas de dortoir adjacent. Il offrit
alors de la façon la plus naturelle son propre
appartement, se contentant d’un petit cagibi
pour lui-même. Et c’est ainsi que pendant
quelques mois, il hébergea les ba’hourim...
Ouverts à tous les problèmes et à tous les
Juifs, ses conseils et ses bénédictions firent
rapidement sa réputation et il n’était pas rare
de voir dans la queue devant sa porte des
Juifs d’apparence laïque venus entendre ses
conseils.
Il fut invité à plusieurs reprises en France par
des sommités rabbiniques, car en plus de son
envergure rayonnante et spirituelle, il parlait
bien le français. Il se rendit ainsi plusieurs
fois à Marseille puis à Paris. Ses discours
étaient très prisés par une grande foule qui
venait écouter ses paroles touchantes et sincères.
Il recevait ensuite en privé les gens qui
désiraient recevoir une bénédiction. Il insistait
toujours sur le fait que la bera’ha ne peut
s’accomplir que si la personne qui la demande
accepte de respecter le chabbat ou autre mitsva.
Il réussit ainsi à rapprocher de nombreuses
âmes errantes au sein du foyer juif.
Beaucoup de miracles sont jusqu’à ces jours
sur les lèvres de ceux qui l’ont côtoyé. Il distribuait
des pièces de monnaie pour la réussite
ou bien des restes du poisson du repas de
Chabbat qui ont d’ailleurs restitué la parole
à des muets (comme une carpe…)
Son décès à Marseille le 15 Adar - Pourim
de Moukafine - a affligé la population juive
locale qui a amèrement pleuré la perte de
rabbi Mordé’haï, zatsal, à Pourim.
Des milliers de gens participèrent au convoi
funèbre jusqu’à l’aéroport, avec à leur tête
les rabbins de France. Il fut ensuite inhumé
au mont des Oliviers à Jérusalem.
Que son âme continue à nous inspirer et à
nous sauvegarder jusqu’à la Rédemption
prochaine ! Amen.
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