La paracha ‘Hayé Sarah débute par le décès de Sarah et le premier verset nous indique qu’elle a vécu cent vingt-sept ans. Toutefois, la formulation utilisée est inattendue puisque le texte se lit ainsi : « Et les jours de la vie de Sarah étaient : cent ans et vingt ans et sept ans.

Le Midrach Rabba – cité par Rachi – voit dans la répétition du mot chana, annnée, un indice de perfection. À l’âge de cent ans, elle n’avait pas plus de fautes sur sa conscience qu’à vingt ans. Or, il faut savoir qu’avant vingt ans, le tribunal céleste ne condamne pas. Et à vingt ans, Sarah avait toute sa beauté, comme à l’âge de sept ans. De telle sorte que l’on comprend que notre première matriarche fut parfaite tout au long de sa vie.

Dans son livre, Noam Elimélè’h, rabbi Elimélè’h de Lizensk (décédé en 1786), se penche sur le terme de « beauté » et explique que s’il s’agissait là de sa beauté physique, la Torah ne nous le relaterait certainement pas.

Le Noam Elimele’h suggère plutôt de considérer que l’être humain présente deux sortes de comportements dans sa vie. Durant son enfance, puis dans sa jeunesse, il concentre généralement tous ses efforts dans l’étude de la Torah. Lorsqu’il ne perd pas son temps, alors il parvient à la beauté, en ce sens que c’est son style de vie que Hachem trouve vraiment beau.

Par la suite, à partir de l’âge de vingt ans, l’être humain a une intelligence plus développée, et il s’efforce de connaître D.ieu. C’est l’âge où il est capable de faire une introspection ; il cherche à parfaire tous les dédales de sa vie intérieure. Il essaie d’être animé par le service divin dans ce qu’il pense, dit et fait. Il découvre alors que ce qu’il avait réalisé dans son enfance et dans sa jeunesse, visait souvent la satisfaction de son amour-propre, ou tout autre agrémment que lui offrait l’étude. Plein de remords, il travaille sur soi afin que désormais tout ce qu’il réalise et tout ce qu’il étudie ne résulte que de sa volonté de servvir Hachem, et non pas pour en tirer une satisfaction ou un plaisir personnel.

Dans le Séfer ‘Hovot Halevavot’ (les Devoirs des coeurs), le rav Ba’hya ibn Pakouda (1161) explique que tout progrès en piété est toujours particulièrement puissant à ses débuts. On s’investit alors de toutes ses forces. Tout est nouveau, tout est beau. Mais bien souvent, avec le temps, l’effort s’émousse ; on se fatigue à la longue.

Il faut donc interpréter dans cette répétition du mot chana que tel n’a pas été le style de la piété de Sarah. À l’âge de cent ans, elle n’avait pas plus de péchés qu’à l’âge de vingt ans. Elle continuait encore à sonder son for intérieur, pour voir comment rehausser encore et améliorer sa volonté de servir D.ieu. De même, à vingt ans, elle était comme à sept ans, pleine d’énergie pour tout faire le mieux possible pour Le servir. C’est ainsi que toutes les années de sa vie furent riches et pleines d’effervescence.

Faut-il croire que dans une telle existence, on est privé de tout plaisir, de toute jouissance ? Il n’en est rien. Bien au contraire. Car celui qui vise la jouissance, que ce soit au plan alimentaire, au niveau financier, ou autre, ne peut jamais se sentir satisfait. Plus il en a, plus il en veut. Comme l’exprime le Midrach Kohhélet (1/34) : Mi chéyech lo mana rotsé matayim. Celui qui possède une pièce de cent, en veut deux. En fait, cela signifie que plus on en a, plus on en manque. Inverssement, celui qui s’efforce de tout faire par amour de Hachem, jouit sans réserve de ce qu’il mange et de ce qu’il possède. Ceci est vrai dans tous les domaines de la vie. Que ce soit dans le dévouement au service divin, au service d’autrui ou de la communauté. On est toujours gagnant.

C’est une idée qu’il faut commencer à développer dès l’enfance. Un enfant s’apprête à se délecter avec une gourmandise. Il serait bon de lui faire comprendre que son plaisir ne peut être complet lorsque son ami démuni l’observe avec tristesse. Au contraire, s’il offre son chocolat à son camarade, il tirera de sa générosité un plaisir moral, infiniment plus gratifiant que celui de sa consommation.

Le témoignage de la Torah sur cettte conclusion de la vie de Sarah, nous offre donc un enseignement dont les principes sont précieux dans toutes les facettes d’une existence juive.
Par le Rav Haim Yaacov Schlammé, avec l’accord exceptionnel d’Hamodia-Edition Française