Les Haftarot
Le séfèr Choftim a fourni trois haftarot au canon synagogal :
Parachat Bechala‘h :
Le point culminant de cette paracha est constitué par le « Cantique de la mer » (Chirath ha-yam) entonné par Moïse après la traversée de la mer Rouge par les enfants d’Israël (Chemoth 15, 1 à 19). A ce cantique fait pendant dans le séfèr Choftim le cantique de Devora (5, 1 à 31).
Deux différences importantes, au moins, séparent toutefois les deux cantiques : Tandis que Moïse entonne seul le « Cantique de la mer », sa sœur Miryam ne participe pas à son chœur, mais elle exprime sa gratitude à Hachem en prononçant un hymne distinct (Chemoth 15, 20 et 21). Devora, en revanche – bien que femme – émet son cantique (5, 1) à l’unisson avec Baraq.
D’autre part, alors que le « Cantique de la mer » a été entièrement prononcé sous inspiration divine, celui de Devora, selon certaines sources, ne l’a été que partiellement (voir plus loin dans le chapitre consacré à Devora).
Cette nuance mise à part, il subsiste de grandes ressemblances entre les deux cantiques. C’est ainsi qu’ils expriment l’un comme l’autre la reconnaissance des enfants d’Israël envers Hachem, et qu’ils reflètent tous les deux l’épouvante qu’ont ressentie les peuples de la région.
Parachat Nasso :
L’un des principaux sujets traités dans la parachat Nasso concerne le nazir, c’est-à-dire celui qui a fait vœu d’abstinence (Bamidbar 6, 1 à 21). Son pendant dans le séfèr Choftim est constitué par les circonstances de la naissance et de la vie de Samson, et sa haftara est empruntée au chapitre 13 qui retrace les événements ayant précédé la naissance de ce « juge ».
De multiples nuances différencient toutefois l’état de nazir tel qu’il est réglementé par la Tora et le destin de Samson :
– En premier lieu, selon la Tora, les principales interdictions qui s’imposent au nazir sont les suivantes :
1°. Interdiction de consommer du vin ou des boissons à base de raisins.
2°. Interdiction de se couper les cheveux.
3°. Interdiction de se rendre impur par contact avec un mort.
Dans le cas de Samson, cependant, seules étaient applicables les deux premières interdictions, et celui-ci, en de multiples circonstances, a tué des Philistins – et s’est donc rendu impur – sans encourir aucun reproche (voir Radaq ad 14, 19).
– En deuxième lieu, l’état de nazir, selon la Tora, est provisoire – normalement trente jours (Michna Nazir 1, 3) – et celui qui a fait vœu d’abstinence est tenu, à la fin du temps imparti, d’apporter un sacrifice expiatoire, et ce pour avoir « péché contre son âme » (Bamidbar 6, 11). En effet, expliquent les rabbins, il a eu le tort de rejeter les biens terrestres que Hachem lui a accordés et dont il aurait profité s’il n’avait pas prononcé son vœu. Se mortifier inutilement est aller à l’encontre de Sa volonté (voir notamment Ta‘anith 11a).
Samson, au contraire, a été un « nazir perpétuel » (« dès le ventre [de sa mère] » – 13, 5).
– Enfin, alors que l’état de nazir ne s’impose normalement qu’à celui qui a fait vœu de le devenir, sans aucune incidence sur sa famille, la mère de Samson elle-même a été invitée à s’abstenir, avant même la conception de son fils, de tout vin et boisson forte, et de tout aliment impur (13, 4 – 7 – 13 – 14).