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Les juges III
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Page 2 sur 2 Le nom du livre Le séfèr Choftim (en français : « Juges » ; en latin : iudices) porte un titre susceptible d’être mal compris. On pourrait penser qu’il concerne des affaires de tribunal ou de justice. Mais le mot « juge » qui figure pour la première fois au chapitre 2 de ce livre (versets 16 à 18) n’évoque pas une fonction judiciaire. Les « juges » sont des personnages que Hachem a choisis pour sauver ou délivrer le peuple d’Israël dans des situations difficiles. En fait, lors de sa première occurrence dans ce livre, le mot chofèt apparaît en parallèle avec le verbe hochi‘a (« sauver ») : « Hachem suscita des juges (Choftim) ; ils les délivrèrent (wayochi‘oum) de la main de ceux qui les pillaient » (2, 16). L’activité des « Juges » a consisté à diriger le peuple d’Israël, et non à trancher des litiges, fonction attribuée au dayan plutôt qu’au chofèt. Plus exactement, leur travail judiciaire à proprement parler n’a été qu’accessoire. N’oublions pas, en effet, que la fonction de gouverner et celle de juger sont l’une et l’autre, pour la Tora, des charges déléguées par Hachem, et que celle-ci ignore le principe de la séparation des pouvoirs en honneur dans les sociétés modernes. On voit mal, d’ailleurs, comment une « juge » comme Devora aurait pu se consacrer à arbitrer des conflits entre justiciables, alors que le Choul‘han ‘aroukh (‘Hochèn Michpat 7, 4) pose pour principe qu’une femme ne peut être juge. Il est vrai que, selon Rabbi Ye‘hiel Mikhel Epstein (‘Aroukh ha-Choul‘han [ibid.]), elle peut trancher des litiges portant sur des sommes d’argent (dinei mamonoth). Le Targoum Yonathan traduit le mot chofèt par « naguid » (« prince », ou « représentant de Hachem »), terme souvent employé plus tard par les prophètes comme synonyme de « roi » (voir notamment I Samuel 9, 16 ; I Samuel 13, 14 ; I Rois 14, 7). On peut rapprocher le mot hébreu « chofèt » de celui de « suffète » (également d’origine sémitique) qui désignait, dans la Carthage antique, la sommité – comparable au « consul » romain – investie de tous pouvoirs pour diriger la cité, et notamment pour faire la guerre. Or, les consuls romains, personnages essentiellement politiques, étaient également désignés sous le nom de iudices (« juges »). à suivre... Jacques KOHN
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