Quant aux autres tribus, elles échouèrent dans leurs efforts de conquête.
Manassé: Il ne déposséda pas Beith-Che‘an et les villages de son ressort, ni Ta‘anakh et les villages de son ressort, ni les habitants de Dor et des villages de son ressort, ni les habitants de Yivle‘am et des villages de son ressort, ni les habitants de Meguiddo et des villages de son ressort et le Cananéen voulut habiter dans ce pays-là.
Cela avait déjà été précisé dans Josué 17,11 et suivants. Mais, ainsi que le fait remarquer Malbim, cette tribu ne «pouvait» pas s’en emparer du vivant de Josué, tandis qu’à présent elle aurait pu le faire mais ne l’a pas voulu.
Ephraïm: Contrairement à Manassé, qui avait soumis à un tribut les Cananéens installés sur son territoire, Ephraïm s’en abstint. C’est ainsi que les Cananéens originaires de Guézèr continuèrent de vivre au milieu de cette tribu sans être assujettis à aucune obligation (Malbim ad 1,29).
Il est à remarquer, à ce sujet, que ces Cananéens, à l’époque de Josué, versaient tribut en nature, sous forme de corvées, à Ephraïm (Josué16,10 et Radaq ad loc.). Probablement ont-ils cessé de le faire par la suite.
Zabulon: «Il ne déposséda pas les habitants de Kitron, ni ceux de Nahalol ces Cananéens demeurèrent avec lui, mais payèrent tribut» (1,30).
La tribu de Zabulon aurait dû occuper Katath, autre nom de Kitron (Malbim), et Nahalol (Josué19,14 et 15). Or, ces deux villes faisaient partie de la liste des quarante-huit attribuées aux lewiim (Bamidbar35,7).
On peut donc dire que la tribu de Zabulon n’a pas seulement désobéi à l’ordre de conquête, mais aussi à la législation sur les cités lévitiques.
Aser: «Il ne déposséda pas les habitants de ‘Ako, ni ceux de Sidon, ni Akhlav, ni Akhziv, ni ‘Helba, ni Afiq, ni Re‘hov» (1,31).
Cette tribu s’est distinguée par deux manquements: Elle n’a pas conquis Re‘hov, ville de lewiim (Josué21,31). Elle a en outre, tout comme celle de Naftali, habité «au milieu» des Cananéens (1,32 et 33), ce qui revient à dire, comme le soulignent Metsoudath David et Malbim, qu’elles se sont accommodées d’une situation où elles vivaient en étrangères sur leur propre sol.
Naftali: On peut lui adresser le même reproche qu’à Zabulon, à cette nuance près qu’il a soumis les habitants de Beith-Chémèch et de Beith-‘Anath (Metsoudath David: qui n’étaient pas des Cananéens) qui devinrent ses tributaires (1,33).
Dan: Nous consacrerons le moment venu de plus amples développements à cette tribu. Disons ici qu’elle a été soumise à de fortes pressions de la part des Amorréens qui cherchaient à la repousser vers les hauteurs montagneuses de son territoire, sans doute pour s’approprier ses terres fertiles. Grâce au soutien que lui apporta la «maison de Joseph» (probablement la tribu d’Ephraïm, sa voisine), elle parvint à se maintenir à ‘Hérès, à Ayalon et à Che‘alvim, également convoités par cette peuplade cananéenne (1,34 et 35).
Une place à part est à réserver aux «enfants du Qeini, beau-père de Moïse» (1,16). Les descendants de Yithro, beau-père de Moïse, avaient fait sécession des Midianites, leur peuple d’origine, et ils s’étaient joints aux enfants d’Israël. Au moment du partage de la Terre promise, la «ville des palmiers» – c’est-à-dire Jéricho (voir Devarim34,3) – leur avait été attribuée pour une durée de quatre cents ans. Les érudits parmi eux quittèrent cette ville pour se joindre à ‘Othniel dans le désert de Judée, au sud de ‘Arad, où ils se sont adonnés à l’étude de la Tora (Rachi ad loc.).
Rappelons que Jéricho, après qu’elle fut prise par Josué, a été vouée à l’anathème (Josué 6,18) et détruite par le feu (ibid. 6,24). Après son anéantissement, Josué prononça contre elle l’adjuration suivante: «Maudit soit devant Hachem l’homme qui se lèvera et bâtira cette ville de Jéricho! Il la fondera sur son premier-né, et en posera les portes sur son plus jeune fils» (ibid.6,26). Il est donc très probable que les descendants de Yithro, parmi lesquels ont figuré les Rekhavites, qui consacraient leur existence à l’élevage (voir Jérémie35,1 et suivants), ne se sont pas installés à Jéricho même, mais dans sa région.
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Le deuxième chapitre du séfèr Choftim se compose de deux parties bien distinctes.
Les cinq premiers versets énoncent l’apparition, à Bokhim, d’un «ange de Hachem» venu adresser des remontrances aux enfants d’Israël, leur reprochant de n’avoir pas achevé la conquête d’Erets Yisrael et de n’avoir pas détruit les autels des peuples cananéens.
Cet «ange», qui n’était autre que Pin‘has (Rachi ad2,1), leur annonça que Hachem «ne chassera pas ces peuples de devant eux, et que leurs dieux leur seront un piège» (2,3). Le peuple se mit alors à pleurer, d’où le nom de Bokhim («pleurs») donné à l’endroit.
A partir du verset6, en revanche, et jusqu’à la fin du chapitre, le texte revient sur la période ayant suivi immédiatement la mort de Josué. Il rappelle que les enfants d’Israël «servirent Hachem tous les jours de Josué» et qu’après le décès de celui-ci, survenu à l’âge de cent dix ans, une nouvelle génération apparut «qui ne connaissait pas Hachem, ni l’œuvre qu’Il avait faite pour Israël». Nous avons analysé plus haut cette seconde partie du deuxième chapitre dans la section consacrée aux «idées maîtresses du séfèr Choftim».
(à suivre)
Jacques KOHN