La mitswa de la conquête d’Erets Yisrael est formulée à deux reprises dans la Tora.
Une première fois dans Chemoth23,29 à 31: «Je ne chasserai pas [les Cananéens] de devant toi en une seule année, de peur que le pays soit une désolation, et que se multiplient contre toi les bêtes des champs. Peu à peu Je les chasserai de devant toi, jusqu’à ce que tu fructifies et que tu hérites du pays. Je fixerai ta limite depuis la mer des Joncs jusqu’à la mer des Philistins, et depuis le désert jusqu’au fleuve, car Je livrerai en tes mains les habitants du pays, tu les chasseras de devant toi.»
Et dans Devarim7, 22: «Hachem, ton Dieu, fera tomber peu à peu ces nations-là de devant toi, tu ne pourras pas les détruire rapidement, de peur que se multiplient contre toi les bêtes des champs».
De fait, Josué exécuta pour l’essentiel l’ordre divin, puisqu’il conquit les territoires cananéens «depuis le Néguèv jusqu’à Ba‘al-Gad dans la vallée du Liban, au pied de la montagne du ‘Hermon» (Josué11,16 et 17).
Restait cependant à conquérir, après sa mort, une partie importante du pays: «Hachem lui dit: Tu es devenu vieux, tu avances en âge, et il reste une très grande partie du pays à conquérir» (Josué 13,1).
Le premier chapitre du séfèr Choftim est tout entier consacré à la façon dont les tribus se sont acquittées de cette tâche.
Deux d’entre elles se sont distinguées par leur zèle: Juda et Siméon. Les autres – à savoir Manassé, Ephraïm, Zabulon, Aser, Naftali et Dan – se sont surtout signalées par leur mollesse. C’est précisément cette mollesse qui sera à l’origine de tous les malheurs qui accableront les enfants d’Israël tout au long de la période embrassée par notre livre.
Quant aux tribus transjordaniennes – à savoir Ruben, Gad et la moitié de celle de Manassé – le texte n’en parle pas, probablement parce que leur destin territorial avait été déjà scellé du vivant de Moïse.
Les deux premiers chapitres sont consacrés à la continuation de la conquête d’Erets Yisrael, telle qu’elle s’est poursuivie après la mort de Josué.
On peut constater, dès les premiers chapitres, une différence importante dans la stratégie des enfants d’Israël par rapport à celle qui avait été pratiquée par le successeur de Moïse.
Les opérations militaires rapportées par les récits précédents étaient relatives à des actions menées par l’ensemble des Hébreux. Celles dont il sera question dans le séfèr Choftim seront menées par des tribus agissant en ordre dispersé.
Les enfants d’Israël, peut-être désemparés après la mort de leur guide qui n’avait pas désigné de successeur, commencèrent par interroger Hachem (au moyen des ourim et des toummim [Ralbag ad 1,1]) sur ce qu’ils devaient faire. Et c’est Juda qu’Il désigna pour mener les opérations.
La tribu de Juda va faire appel à celle de Siméon, dont le territoire était enclavé dans le sien (Josué19,1), et avec laquelle elle entretenait probablement, vu leur voisinage, des rapports plus étroits qu’avec les autres. Elles vont s’emparer de toute la partie du pays qui s’étend au sud de Jérusalem (1,1 à20).
En particulier, Juda vainquit Adoni-Bézeq, roi de Bézeq, à qui il coupa «les pouces des mains et des pieds» (1,6), pratique sans doute largement pratiquée dans l’Antiquité (1,7) et destinée à inspirer de la crainte aux rois des alentours (Ralbag).
Cette pratique était cependant aussi, comme le fait remarquer Malbim (ad1,7), considérée comme un crime de guerre. Tsevi Binyamin Wolff fait d’ailleurs remarquer, dans son commentaire du séfèr Choftim, que la pratique normale en usage consistait à prendre des otages parmi les enfants des princes (voir IIRois14,14 et Rachi ad loc.), mais sans les traiter avec cruauté.
Quant à Jérusalem, alors appelée Yevous, dont la plus grande partie devait échoir à Benjamin (Zeva‘him53b Metsoudath David ad 1,21), elle ne put être conquise (1,21). En effet, comme le signale Rachi (ad loc.), le serment qu’Abraham avait prêté à Avimélèkh de ne le déposséder ni lui, ni son fils, ni son petit-fils (Berèchith21,23), était encore en vigueur, et il le restera jusqu’à l’époque de David (ISamuel5,6).
La «maison de Joseph» s’empara de Beith-El (1,22 à 25), autrefois appelée Louz (verset23 voir aussi Berèchith28,19). Comme le signale Rachi, le mot «Louz» signifie «noisetier» (en français médiéval: coldre). On y accédait par une grotte, à l’entrée de laquelle se dressait un noisetier.
Elle fut conquise grâce à un habile stratagème des assaillants. Ayant aperçu un homme qui en sortait, ils lui promirent la vie sauve s’il leur montrait comment y entrer.