L’examen des deux versets susmentionnés permet cependant de dégager un certain nombre d’enseignements:
Chamgar ne porte pas le titre de chofèt, mais tout comme Ehoud celui de «sauveur». On peut donc supposer, comme nous l’avons fait pour Ehoud, que Chamgar a également été un dirigeant politique du peuple d’Israël.
A noter cependant ce qu’écrit Radaq à propos du verset: «Les enfants d’Israël firent de nouveau ce qui est mauvais aux yeux de Hachem et Ehoud était mort» (4, 1):
Ce verset, qui fait suite à celui rapportant l’exploit de Chamgar, n’aurait-il pas dû évoquer la mort de celui-ci, et non celle de Ehoud, son prédécesseur?
En réalité, commente Radaq, Israël n’a pas été entièrement libéré par Chamgar et, n’ayant pas cessé de faire le mal aux yeux de Hachem, le pays n’a pas connu la paix. Peut-être trouvons-nous ici l’origine du titre conféré à Chamgar: Il a été un «sauveur», en ce qu’il a allégé le poids des souffrances imposées à son peuple par les Philistins, mais il n’a pas été un chef charismatique digne de porter le titre de chofèt.
Malbim propose une autre interprétation à l’emploi, à propos de Chamgar, du mot «sauveur» au lieu de celui de chofèt: Sa victoire ayant été incomplète, il n’y avait pas lieu de lui attribuer un tel titre.
Chamgar, nous apprend le texte, a frappé six cents Philistins avec un aiguillon à bœufs. On remarquera à ce sujet:
1°– Il a seulement «frappé» les Philistins, mais il n’a pas remporté sur eux de véritable victoire (Ramban ad Berèchith49,16). Et d’ailleurs, si les Philistins, dans le séfèr Choftim, ont été souvent «battus», ils n’ont jamais été «vaincus».
2° – Il les a frappés avec un aiguillon à bœufs (porpointe en français médiéval – Rachi sous Osée10, 11 «agoulaï» [«aiguillons»?] – Ralbag sous 3,31). Il a, en d’autres termes, remporté à mains presque nues une victoire éclatante et miraculeuse sur les Philistins, ce peuple très militarisé que Samson affrontera plus tard avec des moyens tout aussi dérisoires. L’emploi d’un aiguillon à bœufs n’est d’ailleurs pas sans ressembler à l’utilisation par Samson de la mâchoire d’âne avec laquelle il a frappé mille Philistins (Choftim15, 15).
L’hostilité de ce peuple ne se démentira pas pendant des siècles, et c’est seulement sous le règne de A‘haz, roi de Juda, qu’aura lieu leur dernier affrontement avec les enfants d’Israël relaté dans la Bible, lorsque les Philistins s’empareront de Beith-Chémech, Ayalon, Guedéroth, Sokho, Timna et Guimzou (II Chroniques 28, 16 à 18).